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formule 1 samedi 24 mars 2012

Le «truc» de Mercedes pour aller vite

Le «truc» de Michael Schumacher et Mercedes: ramener une partie de l’air aspiré à l’arrière jusqu’à l’aileron avant de la monoplace. (AFP)

Le «truc» de Michael Schumacher et Mercedes: ramener une partie de l’air aspiré à l’arrière jusqu’à l’aileron avant de la monoplace. (AFP)

La marque de Stuttgart mise gros sur le Championnat du monde 2012. Michael Schumacher entend revenir au sommet. Une astuce technique va l’y aider

Mercedes a toujours fait rêver en sport automobile. Aucune autre écurie ne bénéficie de l’aura de la marque allemande sur les circuits. Une réputation qu’elle doit à son parcours aussi atypique que dramatique. Rappels.

Mercedes se lance en Formule 1 en 1954, en débauchant Juan-Manuel Fangio. En l’espace de douze Grands Prix, entre 1954 et 1955, l’écurie à l’étoile confisque neuf victoires et dix-sept podiums. Une légende est née.

Malheureusement, aux 24 Heures du Mans 1955, la Mercedes de Pierre Levegh sort de piste et tue 82 personnes. Une tragédie qui pousse les dirigeants de Stuttgart à se retirer du sport automobile à la fin de la saison. Les années passent alors loin des circuits jusqu’en 1993, quand la marque revient à la Formule 1 par la petite porte, en tant que motoriste de l’écurie Sauber – un projet d’écurie complète, basée à l’usine de Hinwil (ZH) avec Michael Schumacher au volant, a avorté un an plus tôt.

Devenue motoriste de l’écurie McLaren, la marque à l’étoile accumule ensuite les victoires, tout en attendant son heure. Les dirigeants de Mercedes savent qu’une écurie complète, châssis et moteur, coûte très cher.

La bonne occasion se présente finalement à la fin de la saison 2009. Ross Brawn, le propriétaire de l’écurie qui porte son nom (qu’il a héritée de Honda), cherche à vendre sa société, après avoir écrasé le Championnat du monde avec Jenson Button et Rubens Barrichello. Mercedes et Michael Schumacher voient là une affaire en or et un moyen simple de bénéficier d’une monoplace, sur l’élan de 2009, dominant facilement le Championnat 2010.

Malheureusement, rien ne fonctionne comme prévu. Ross Brawn avait délaissé le développement de la voiture 2010 pour se concentrer sur le championnat 2009. Les résultats attendus ne sont pas là et Michael Schumacher ne termine jamais sur le podium! 2011 marque un léger progrès, mais les podiums se font toujours désirer.

Cette saison, la nouvelle W03 semble enfin effacer les défauts des modèles de 2010 et 2011. Très efficace, elle pourrait bien permettre à Michael Schumacher de retrouver le chemin du podium, sur lequel il n’est plus monté depuis maintenant près de six ans.

Lors son retour à la Formule 1 après trois saisons d’absence, le septuple champion du monde avait nettement marqué le pas face à son jeune coéquipier Nico Rosberg. En trois ans, le pilotage des monoplaces avait en effet fortement évolué, et s’était notamment compliqué en raison des dispositifs tels le F-duct (améliorant le flux d’air sur l’aileron arrière), le KERS (fournissant de la puissance supplémentaire par un moteur de complément) ou le DRS (le système de réduction de traînée de l’aileron arrière).

Après une première saison laborieuse, Michael Schumacher se montrait déjà plus incisif l’an dernier, et surtout plus proche des chronos de Nico Rosberg. Désormais, cette année, il fait carrément mieux que le jeune Allemand: en Australie, le vétéran des pilotes s’est qualifié en deuxième ligne, trois places devant Nico Rosberg, tandis que vendredi, au terme de la première journée d’essais du Grand Prix de Malaisie, il hissait sa Mercedes au deuxième temps absolu derrière Lewis Hamilton.

Cette saison, l’efficacité des W03 soulève d’ailleurs quelques sourcils auprès des ingénieurs des équipes concurrentes. Mercedes utiliserait en effet un dispositif aussi redoutable qu’astucieux pour augmenter la vitesse de pointe de ses monoplaces pendant les qualifications: au moment où le pilote actionne le DRS (le dispositif consistant à «ouvrir» une partie de l’aileron arrière pour en réduire la traînée) dans les lignes droites, un conduit placé dans le flanc de cet aileron longe toute la voiture pour ramener une partie de l’air aspiré à l’arrière jusqu’à l’aileron avant de la monoplace. Là, cet air arrivant à haute vitesse est soufflé sous l’aileron avant pour en perturber l’écoulement et, partant, pour en réduire l’efficacité. Ce qui a pour effet de réduire son appui, donc sa traînée, et augmente la vitesse de pointe.

Un système très complexe qui a causé l’émoi dans le paddock de Melbourne, la semaine dernière, lorsque les voitures ont été vérifiées pour la première fois de la saison. En dépit des protestations de certaines autres équipes (qui n’ont toutefois pas porté plainte officiellement), ce système a été jugé légal par le délégué technique de la Fédération internationale de l’automobile (la FIA).

Mercedes en profite donc pour améliorer ses performances au cours des essais et des qualifications – mais pas en course, puisque le système ne fonctionne que lorsque le DRS est activé, ce qui, le dimanche, n’est autorisé que pour doubler.

Une astuce qui démontre en tout cas le niveau de préparation redoutable de l’écurie Mercedes version 2012. A en juger par les performances entrevues vendredi, l’écurie à l’étoile pourrait bien jouer la victoire sur l’un ou l’autre Grand Prix cette saison. Le contrat de Michael Schumacher arrivant à son terme à la fin de l’année, des progrès tangibles sont nécessaires pour qu’il prolonge l’expérience – ce dont il semble avoir envie. Perfectionniste, le septuple champion du monde aimerait bien remporter ce huitième titre mondial après lequel il court depuis 2005. Le décrocher sur Mercedes lui permettrait de boucler sa carrière, démarrée en Formule 1 en 1991 sous la protection – et financée par les deutsche mark – de la marque.

Pour Mercedes, remporter un Grand Prix avec sa propre voiture, 57 ans après sa dernière victoire en F1, à Monza en 1955, constituerait un exploit historique. Cette année, l’étoile de Stuttgart brille déjà plus fort que l’an dernier. Il reste à voir si elle parviendra à devenir une vraie supernova.

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