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josée bélanger jeudi 28 avril 2011

Du marketing innovation appliqué aux avocats

Je travaille dans le marketing innovation. Et j’ai travaillé pour des études d’avocats, des bureaux d’ingénieurs et d’architectes. Ca vous choque?

Invitée à voir Mamma Mia!, j’ai revu ce soir-là plusieurs personnes que j’avais croisées lorsque je dirigeais ma première entreprise, une agence de marketing et communication. Celles qui ne m’avaient plus revue depuis plusieurs années étaient curieuses de savoir ce que je devenais. (Après 14 ans d’activité, nous avons vendu cette agence à un grand réseau mondial).

Par respect de la confidentialité que je dois à mes clients, je leur ai simplement dit que je venais de finir un très beau mandat pour un bureau d’architectes. Un de mes interlocuteurs était accompagné d’un ami, architecte de métier. Ce dernier a été surpris et intrigué. Que peut bien faire le marketing de l’innovation chez des architectes? Son collègue l’a vite rassuré en lui disant: «Le marketing ce n’est pas pour les architectes, le marketing c’est beaucoup de vent pour rien».

La soirée était festive, je n’ai pas cherché à aller plus loin et je n’ai pas osé leur dire que j’ai également travaillé pour un bureau d’ingénieurs et pour un cabinet d’avocats: des expériences inoubliables! Ces clients d’origine différente avaient un point en commun: ils voulaient être ceux qui conduisent le changement. Ils ne voulaient pas grossir, mais grandir. Et ils y sont arrivés.

Force est de constater que, soit le marketing a mauvaise presse, soit la réalité du marché n’est pas ressentie. En réalité, tant de choses dans notre environnement ont changé! Et c’est bien là le dilemme. Les personnes présentes à cette soirée étaient des personnalités actives dans un grand nombre d’entreprises, qui connaissent les fondamentaux du marketing, mais que préoccupe moins la conduite du changement que de se le voir imposer.

Prenons l’exemple du métier d’avocat. Selon les chiffres non pondérés, en temps réel – du moins le temps le plus réel possible, il y a aujourd’hui 827 avocats à Genève, et 2162 à Zurich. Rien d’excitant, n’est-ce pas? Allons voir plus loin, de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis 1967, le nombre d’avocats a quadruplé aux Etats-Unis. En 2000, il y avait 3 avocats pour 1000 habitants! Cela devient plus clair?

En 2010, au moins 40’000 personnes ont payé les services d’un avocat en Suisse, pour un seul type de service. En effet, en avril 2011, l’OFS publiait le nombre de divorces. Celui-ci a fait un saut de 11% en 2010. C’est un peu moins que le nombre de gens qui ont bouclé un divorce.

Quel beau résultat, quand on sait que les années 2008-2009 et 2010 n’ont pas été très positives au niveau économique; elles ont été enrichissantes pour les cabinets d’avocats de tous genres: divorces, faillites, recours… Le nombre de cabinets d’avocats n’a cessé d’augmenter. Les cabinets grossissent à vue d’œil, et je vous assure que cela n’est pas près de s’arrêter. Les bancs de l’Université regorgent d’étudiants en droit.

Avec cette prolifération des services juridiques, comme ceux de l’ingénierie et de l’architecture, ce qui était considéré comme une profession, prend une tout autre robe, une toute autre voilure… Le droit est devenu une industrie. L’architecture est également en train de devenir une industrie, l’ingénierie aussi. Bienvenue dans le monde de la concurrence et de la différence! Bienvenue dans le monde du service comme industrie.

Dans l’industrie, la compétition est de plus en plus grande. Il est donc très important de se démarquer, de devenir une référence et ainsi de garder les talents chez soi, ceux qui contribuent à construire et véhiculer cette différence. Oui mais quoi, pourquoi? Où et comment continuer à grandir? Sur quoi et comment demain? Mais surtout: peut-on conserver le plaisir de notre métier?

Pour tous ces cabinets d’avocats, ingénieurs, et architectes, même en Suisse, la bonne vieille méthode du bouche-à-oreille, qui a longtemps été la seule méthode efficace, ne peut plus assurer une activité à la hauteur des prétentions. Votre carnet de commandes peut être rempli, cela n’est plus suffisant!

Il faut publier, avoir son blog, créer du contenu, se différencier, se distinguer mais surtout regagner du plaisir dans ce que l’on fait. Le marketing de l’innovation le permet.

Les journalistes, capables de saisir du contenu et de savoir le diffuser, ont vu la tendance arriver. De la Grande-Bretagne aux États-Unis en passant par le Canada, les blogueurs «juridiques» prennent la parole. Au Canada et aux Etats Unis, «l’investissement des cabinets juridiques a permis l’émergence des médias juridiques». On a revu le plaisir d’échanger et de se mesurer. C’est le retour aux valeurs du métier, c’est le retour du discours, si cher aux avocats.

Il n’est plus question ici de savoir comment le faire mais pourquoi le faire. Je pense que les personnes que j’ai rencontrées ce soir-là comprendront rapidement que le marketing a évolué, du moins dans sa capacité à conduire les changements. Le marketing n’est pas du spectacle, soyez rassurés… Mamma Mia!

PS: Le barreau du Québec a un groupe de discussion. Comme suggère le phénomène du site droit-inc.com, allez voir Slaw et Lawyerist, des blogs juridiques qui parlent et échangent.

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chroniques

Femmes en Affaires Les affaires, côté femmes. Elles sont neuf et ont accepté de tenir une chronique pour letemps.ch, publiée tous les mardis. Elles sont actives, souvent à des postes de responsabilité, dans des secteurs aussi différents que le financement de start-up ou la recherche médicale, les ressources humaines, le droit ou la communication, la philanthropie ou la haute technologie. Comment réagissent-elles à l'actualité économique? Quelles sont les tendances qu'elles détectent lors de leurs voyages d'affaires? Retrouvez chaque mardi les chroniques de nos «femmes en affaires».