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Distinction samedi 03 mars 2012

Anne Perrier reçoit le Grand Prix national de la poésie

La Lausannoise est la première femme à recevoir cette distinction

Le Grand Prix national de la poésie, créé en 1981 par Jack Lang, revient à Anne Perrier pour l’ensemble de son œuvre. La Lausannoise, qui aura 90 ans en juin, est la première femme à recevoir cette distinction qui compte, parmi les lauréats, les plus grandes voix de la poésie contemporaine francophone comme Francis Ponge, Aimé Césaire, André du Bouchet, Jacques Dupin, Jacques Roubaud, Bernard Noël, Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet. Ce prix a été interrompu de 1998 à 2011. Il renaît aujourd’hui avec Silvia Baron Supervielle, présidente du jury, poète et traductrice de poésie. La récompense sera remise le 7 mars à Paris par Frédéric Mitterrand.

Philippe Jaccottet, fervent lecteur d’Anne Perrier, se félicite de la nouvelle «quoi qu’elle arrive bien tard pour elle. Anne Perrier compte parmi les plus belles voix poétiques de Suisse romande, je l’ai toujours défendue. Je la lis avec une admiration sans cesse renouvelée.»

Doris Jakubec, spécialiste des lettres romandes, a beaucoup œuvré pour la reconnaissance d’Anne Perrier: «C’est une magnifique nouvelle, un petit miracle même! C’est sa poésie qui a parlé pour elle et qui l’a sortie de l’ombre. Le fait qu’elle soit la première femme me touche aussi car elle est une belle figure féminine, grande et forte.»

«Elle entre dans la cour des grands, c’est beau et inattendu», se réjouit Marion Graf, responsable de La Revue de Belles-Lettres, traductrice et critique. «Elle s’est toujours tenue à l’écart des écoles, elle n’a pas tenu de grands discours sur la poésie, elle n’est pas une théoricienne. Il faut saluer le fait que ce sont les éditeurs et les critiques de Suisse romande qui l’ont portée et lui ont permis de développer sa voix. Avec ce prix, les Editions de La Baconnière, Payot, Empreintes et La Dogana sont aussi à la fête.»

L’ardeur et la musique

La musicalité est l’un des aspects les plus reconnaissable de la poésie d’Anne Perrier, qui, passionnée de musique, a hésité entre composition et écriture. Elle a publié une dizaine de recueils entre les années 1950 et 1999. Ses œuvres presque complètes sont réunies dans La Voie nomade et autres poèmes (L’Escampette, 2008). En 2011, les Editions Empreintes ont sorti un Poche Poésie avec quatre recueils, «Le Voyage» (1958), «Le Livre d’Ophélie» (1979), «Le Joueur de flûte» (1994) et «L’Unique Jardin» (1999), le dernier. La Voie nomade (La Dogana, 1986) est ressorti en MiniZoé en 2000.

La musicalité, l’ardeur aussi. Ses poèmes, le plus souvent très brefs, se concentrent sur l’expérience profonde de l’être avec des mots simples, des images concrètes. «Il se dégage une grande pureté de ses mots. Sa voix vient de loin», précise encore Doris Jakubec. «C’est une poésie à laquelle on ne s’habitue pas. Elle est toujours étonnée du monde. Et Anne Perrier l’est aussi, vraiment», conclut Marion Graf.


Quelques poèmes

Suspendue au fil

Du lumineux été

La libellule

En gloire semble attester

que vivre est une royauté

Fragile

in Le Livre d’Ophélie (1977-1979)

La solitude

Cette broussaille désolée

Du cœur

D’où monte à la fin du jour

Une salve de colibris

in La Voie Nomade (1982-1986)

Si le temps me touche

Si la mort m’arrête

Alors que ce soit

D’un doigt éblouissant

in La Voie Nomade

L’heure venue

Pousser la porte du jardin

Sans larme traverser l’espace de la rose

Et

doucement glisser

De l’un à l’autre Eté

in L’Unique Jardin (1999)

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