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états-Unis mercredi 04 avril 2012

La question raciale refait surface

Dans l’affaire du meurtre du jeune Noir Trayvon Martin en Floride, la communauté afro-américaine dénonce une injustice

Trayvon Martin, Noir, 17 ans. Un père et une mère afro-américains. Ambition: aller à l’université. George Zimmerman, 28 ans. Père blanc américain, juge et vétéran du Vietnam, mère d’origine péruvienne. S’identifie-t-il Blanc, Hispanique ou les deux? Souhait: devenir juge ou policier. La rencontre fortuite entre les deux jeunes hommes s’est terminée par une tragédie. Faute d’enquête judiciaire et d’arrestation, les médias se sont engouffrés dans la brèche, menant chacun leur propre enquête. Et rapidement, le spectre d’un crime racial a fait son apparition. Dans la conversation téléphonique enregistrée que le tueur Zimmerman a eue peu avant les faits avec la centrale d’urgence 911, certains ont cru entendre des insultes raciales.

Dans une Amérique qui a élu à sa tête un président et un ministre de la Justice noirs, le tournant historique de l’élection de Barack Obama n’a pas gommé les tensions de nature raciale. George Zimmerman se défend d’avoir agi spécifiquement contre un Noir. Aucune preuve tangible ne permet pour l’heure de l’affirmer. Mais il y a la réalité des faits qu’on ne connaît pas et la perception du drame tel qu’il a été vécu. La communauté afro-américaine s’est mobilisée par milliers à travers le pays pour dénoncer une injustice: un des siens a été tué et l’auteur du meurtre ne fait l’objet d’aucune enquête et n’a été arrêté que très brièvement. Dimanche, le révérend Jesse Jackson, l’une des grandes figures du mouvement civique des années 1960, s’est rallié à une marche de solidarité en hommage à Trayvon Martin. Certains y ont vu voir la renaissance du mouvement civique.

Latinos et Noirs: rivalité?

Le drame de Sanford est presque une métaphore de l’Amérique. Voici peu, les Hispaniques sont devenus la plus grande minorité aux Etats-Unis devant les Afro-Américains. La Floride et la région de Sanford ont connu une très forte immigration de Latinos ces dernières années. Or une étude publiée en 2006 par l’Université Duke en Caroline du Nord révèle que 78% des Hispaniques affirment avoir plus en commun avec les Blancs qu’avec les Noirs, apportant dans leur bagage d’immigrants le même type de hiérarchie ethnique que dans leur pays d’origine où les Blancs dominent les hautes strates de la société. Le contraire n’est pas vrai. Les Afro-Américains considèrent les Hispaniques comme étant travailleurs et fiables. Pour les Noirs, les Latinos sont un groupe ethnique non-blanc, une sorte de soutien implicite. Entre Hispaniques et Noirs, la compétition s’accroît, notamment en matière d’emplois. De fait, les accrochages entre les deux plus grandes minorités se sont multipliés. L’an dernier en Californie, une bande de 51 Hispaniques fut inculpée pour avoir harcelé à coups de cocktails Molotov des Afro-Américains pour les chasser de leur quartier. Les Noirs, qui constituent 12,6% de la population, représentent 70% de toutes les victimes de crimes de haine raciale.

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