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vie numérique vendredi 30 mars 2012

La maladie d’Internet

La rumeur: l’ancien dignitaire du régime Bo Xilai (photo), purgé par le Parti communiste, et son allié, le chef de la sécurité intérieure Zhou Yongkang, ont tenté de renverser le président chinois… (AFP)

La rumeur: l’ancien dignitaire du régime Bo Xilai (photo), purgé par le Parti communiste, et son allié, le chef de la sécurité intérieure Zhou Yongkang, ont tenté de renverser le président chinois… (AFP)

Folles rumeurs sur un coup d’Etat en Chine, ou comment le mur de feu (la censure chinoise du Net) s’est retourné contre les autorités

On a d’abord entendu des coups de feu dans Zhongnanhai, le siège du pouvoir central, près de la place Tiananmen. Le lendemain, les tanks étaient aux portes de la capitale chinoise. C’est un coup d’Etat! L’ancien dignitaire du régime Bo Xilai, purgé par le Parti communiste, et son allié, le chef de la sécurité intérieure Zhou Yongkang, ont tenté de renverser le président chinois…

C’est en substance ce que diffusaient les sites de microblogs chinois la semaine dernière, pris de convulsions après l’évincement de Bo Xilai – pourtant promis aux plus hautes fonctions – et la censure de son nom sur Internet. Privés d’informations sur ce qui est devenu l’une des plus graves crises politiques en Chine, les internautes ont laissé libre cours à leur imagination.

La «maladie d’Internet» a encore frappé. C’est ainsi que le secrétaire du Parti communiste de la province de Guangdong, Wang Yang, qui devrait accéder au sommet du pouvoir prochainement, qualifie la propagation de rumeurs sur la Toile chinoise.

Il a exhorté les dirigeants du parti à lutter contre ce fléau. Il faut dire que lui-même a fait l’expérience délicate d’une vaste mobilisation sociale coordonnée sur les réseaux sociaux à la fin de l’année dernière, dans le village de Wukan. La fureur fut telle que le dignitaire Wang Yang a décidé d’organiser des élections démocratiques pour calmer les esprits.

Les dirigeants chinois ne souhaitent certainement pas étendre l’expérience au niveau national. Alors ils ont pris des mesures récemment, pour éviter ce qu’ils craignent le plus en cette période sensible de transition: que l’apparente unité du Parti communiste se fissure.

Le réseau de microblogs Sina, le plus populaire du pays, avec près de 300 millions d’utilisateurs, dispose déjà d’équipes de censeurs chargés d’éradiquer les rumeurs avant qu’elles ne se propagent.

Et pour prévenir en amont, le pouvoir chinois a encore durci les règles en obligeant depuis le 16 mars les utilisateurs de microblogs à rendre publique leur identité pour être autorisés à diffuser et retransmettre des messages.

Officiellement, cette mesure vise à «maintenir la stabilité sociale». En fait, il existe un moyen beaucoup plus simple et moins coûteux d’arrêter les rumeurs sur Internet: informer. Précisément ce que Pékin n’est pas près de faire. Mais cette fois, la Grande Muraille pare-feu de Chine – c’est le nom donné au dispositif toujours plus sophistiqué de la censure sur Internet – s’est retournée contre le pouvoir.

Les rumeurs de coup d’Etat en Chine ont été rapportées abondamment, jusque dans les médias étrangers les plus sérieux, dans l’incapacité de vérifier quoi que ce soit. Mais certains d’une chose: quelque chose ne tourne pas rond au sein du Parti communiste chinois.

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