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Editorial samedi 03 mars 2012

A quoi servent les succès de l’art contemporain?

L’art prépare les esprits à affronter les temps qui viennent

Il y a une vingtaine d’années, le rêve que portaient depuis près d’une vingtaine d’années de plus quelques amateurs passionnés d’art contemporain genevois a commencé à prendre tournure. Le Musée d’art moderne et contemporain de Genève (Mamco) a été inauguré en septembre 1994. «Quand nous l’avons ouvert, j’ai vu des gens qui pleuraient en disant qu’ils attendaient ça depuis 20 ans», dit aujourd’hui dans le Samedi Culturel Christian Bernard, qui le dirige depuis le début. Il présente en ce moment une rétrospective de l’artiste suisse Thomas Huber qui réconciliera avec l’art contemporain ceux qui doutent (LT du 23.02.2012).

En vingt ans, Genève s’est aussi réconciliée avec lui. Le Mamco a conquis un public fidèle; il rayonne dans la région, en Suisse et à l’étranger. De nombreuses galeries se sont installées dans ses environs, notamment quelques pointures internationales. La Haute Ecole d’art et de design (HEAD) fait venir les meilleurs artistes pour y enseigner et ses étudiants raflent les prix chaque année aux Swiss Awards.

Le succès de l’art contemporain ne se limite pas à Genève. Les musées et les centres d’art se multiplient sur toute la planète. Le prix des œuvres explose sur le marché. Les grandes expositions ont trouvé leur public. Mais ceux qui n’aiment pas l’art contemporain disent qu’il ne s’adresse qu’à une minorité et qu’il ne sert à rien. Et constater une réussite est insuffisant pour s’en féliciter.

A Zurich, le Museum für Gestaltung présente une exposition consacrée à 100 ans de graphisme suisse. A partir du milieu des années 1950, nos graphistes ont inventé des caractères typographiques qui se sont imposés dans le monde entier et qui sont à l’origine des chartes utilisées sur les ordinateurs et les smartphones. Nos affiches ont été imitées. Ce style suisse est né grâce à des artistes-enseignants dont la peinture et la sculpture abstraites ne faisaient pas l’unanimité. Il a pourtant été à l’origine de créations industrielles, d’emplois et de richesses qui concernent toute la population.

Il est naturel que l’art contemporain ne plaise pas à tous car il explore des voies nouvelles. Mais il concerne tout le monde car il prépare les esprits à affronter les temps qui viennent.
ö
Pages 33, 34

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