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classique jeudi 05 avril 2012

Neeme Järvi entend insuffler de la «joie» à l’OSR

Neeme Järvi. Le chef estonien incarne une certaine force physique et un humour tendre et pince-sans-rire. (David Wagnières)

Neeme Järvi. Le chef estonien incarne une certaine force physique et un humour tendre et pince-sans-rire. (David Wagnières)

Souffrant, le nouveau directeur artistique et musical de l’OSR n’a pas pu être présent mercredi. Compositeurs russes et slaves sont déjà à l’affiche de la saison 2012-2013

On l’imaginait déjà avec son charisme, son sourire, défendre sa première saison à l’Orchestre de la Suisse romande (OSR). Hélas, le nouveau directeur artistique et musical Neeme Järvi n’a pas pu être là, mercredi matin à Genève, pour la présentation du programme 2012-2013. Le chef estonien, successeur de Marek Janowski, est immobilisé à Detroit, aux Etats-Unis. «Il a un problème aux hanches, a expliqué Metin Arditi, président de la Fondation de l’OSR. Son médecin ne l’a pas autorisé à faire un voyage transatlantique qui serait trop lourd pour lui.» Metin Arditi a beau avoir cherché à rassurer l’assistance («C’est mécanique, rien de grave»), il y avait comme un malaise dans la salle.

Est-ce de mauvais augure? Neeme Järvi n’est pas tout jeune. A bientôt 75 ans, il commence son mandat à l’OSR à un âge encore plus respectable que celui de Marek Janowski, l’actuel directeur artistique (jusqu’à fin juin). L’OSR a misé sur un homme d’expérience. Neeme Järvi domine un large répertoire. Il aime défricher les œuvres méconnues. Il a toujours été le symbole d’une certaine force physique. Il dégage assurance et aplomb. Il est donc d’autant plus surprenant de l’apprendre malade. «Son absence est une question de quelques jours», a dit Metin Arditi, tout en précisant que Neeme Järvi serait à Genève en juin. Le chef estonien a d’ailleurs deux projets discographiques en route avec l’OSR: un CD d’œuvres du compositeur germano-suisse Joseph Joachim Raff et un autre de Chabrier, qu’il souhaite enregistrer ce mois-là à Genève pour la firme Chandos. De son côté, Marek Janowski achèvera l’intégrale Bruckner avec les Symphonies Nos 2 et 4 en octobre (auxquelles s’ajoute la Messe No 3 en fa mineur).

Dans une lettre adressée à l’assistance, le nouveau chef titulaire a indiqué son souhait de «renouveler le répertoire» de l’OSR, de diriger des œuvres de «compositeurs scandinaves et baltes». Il parle de «passion artistique sur une base technique très solide». Il veut surtout partager sa «joie» de faire de la musique. A l’attitude rigoureuse et contenue – voire contrite – de Janowski succède un chef plus détendu et ouvert.

Changement d’ère, bouffée d’air frais. «Neeme Järvi a envie de communiquer», dit Miguel Esteban, nouveau directeur général qui succède à Steve Roger. Le chef estonien donne deux concerts inauguraux en septembre – hors abonnements – avec Mort et Transfiguration de Strauss et Le Chant de la Terre de Mahler servi par le ténor Paul Groves et le baryton Thomas Hampson. Ce programme sera filmé par Jason Starr avec toute une batterie de caméras et fera l’objet d’un DVD à paraître à la fin de l’année. Un second DVD couplera cet enregistrement filmé à un documentaire sur Le Chant de la Terre. Un cycle Rachmaninov permettra d’entendre toute l’œuvre pour piano et orchestre (avec le jeune virtuose Alexander Gavrylyuk).

L’autre événement, c’est l’arrivée de Kazuki Yamada – pour lequel a été créé le poste de «principal chef invité». Contacté par l’OSR, le Japonais, 33 ans, n’a pas souhaité s’attacher à l’orchestre en tant que chef titulaire. Il a prétexté être «trop jeune» pour assumer une charge pareille. On peut l’interpréter comme un choix tactique. A son âge et avec un talent pareil, il doit faire ses expériences. Il pourrait être courtisé par d’autres orchestres internationaux. L’avenir le dira.

«Qui succédera à Neeme Järvi?» a hasardé avec malice un membre de l’assistance mercredi matin. La question se posera tôt ou tard. Le contrat du chef estonien court jusqu’en juin 2015. Soit Neeme Järvi prolongera son mandat, soit il faudra partir à la recherche d’un autre talent. Kazuki Yamada?…

Entre-temps, Metin Arditi se réjouit de l’arrivée de Neeme Järvi: «Il est là pour être Neeme Järvi, pas pour être Janowski. On attend un autre souffle avec beaucoup d’impatience en étant conscient de tout ce que ce dernier a préparé pour Neeme Järvi.»

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