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tourisme culturel lundi 23 janvier 2012

Nantes, de Jules Verne aux mécaniques géantes

Le Grand Eléphant en route. Huit fois par jour, cette mécanique de 50 tonnes et 12 mètres de haut, à la carcasse irriguée par 3000 litres d’huile hydraulique, embarque une quarantaine de passagers sur son doset dans ses entrailles. Le public en redemande et la municipalité se frotte les mains. (DR)

Le Grand Eléphant en route. Huit fois par jour, cette mécanique de 50 tonnes et 12 mètres de haut, à la carcasse irriguée par 3000 litres d’huile hydraulique, embarque une quarantaine de passagers sur son doset dans ses entrailles. Le public en redemande et la municipalité se frotte les mains. (DR)

Cinq ans après un fameux éléphant automate, un Carrousel des mondes marins doit bientôt voir le jour. La cité portuaire se forge une nouvelle identité autour des «machines de l’île», attractions originales qui déplacent les foules

Il avance d’un pas lourd mais majestueux. Lentement, très lentement. De temps à autre, il remue la tête et semble toiser les petits hommes qui s’agitent à ses pieds. Il les arrose un peu. C’est un éléphant dans les rues de Nantes. Drôle de vision. Pourtant, la bête fait partie du paysage; le pachyderme de bois et d’acier est l’une des «machines de l’île» pensées pour forger une nouvelle identité à la cité ligérienne. Depuis 2007, il traîne son pas pesant autour des anciennes halles des chantiers navals. Nantes, comme un nombre croissant d’autres villes, a cherché l’attraction susceptible de drainer les foules. Pari réussi: les visiteurs sont toujours plus nombreux à se presser autour de ces folles créations mécaniques (306 000 entrées payantes en 2011).

Huit fois par jour, le Grand Eléphant – 12 mètres de haut, 50 tonnes et une carcasse irriguée par 3000 litres d’huile hydraulique – embarque une quarantaine de passagers sur son dos et dans ses entrailles. Voir ce géant se mouvoir doucement a quelque chose de proprement magnétique, il y a toujours un public à terre pour photographier ses allées et venues. Même magie pour la branche de l’Arbre aux hérons, qui lance ses ramilles végétalisées jusqu’à 20 mètres au-dessus du sol. Est-ce parce que l’on se sent redevenir enfant face à ces mondes démesurés?

«Nous savions la fascination des gens pour la grande marionnette, puisque nous l’avions pratiqué au sein de la compagnie de spectacles de rue Royal Deluxe, relève Pierre Orefice, directeur des Machines de l’île et initiateur du projet avec François Delarozière. Il y a également dans les automates une ambiguïté entre le mécanique et le vivant qui interpelle. Le fait d’employer des matériaux nobles comme le cuir, le bois, le bronze et de montrer les rouages fait un peu XIXe siècle. Nous utilisons en même temps l’hydraulique et les nouvelles technologies. Ce choc entre différents univers créés l’émotion.»

Dès cet été, c’est un Carrousel des mondes marins qui prendra place le long de l’estuaire, face à la maison natale de Jules Verne. Joli hommage. Avec près de 25 mètres de haut et 20 de diamètre, le manège accueillera toute une faune sous-marine, des attelages étranges, des évocations abyssales. Parmi les 35 éléments de l’ensemble, un Poisson pirate, un Calamar à rétropropulsion ou un Serpent des mers. Autant d’animaux qui étaient exposés jusque-là dans la Galerie des machines, attraction première de ce quartier de l’île. Ils seront remplacés début février par quelques habitants de l’Arbre aux hérons: un héron de 8 mètres d’envergure, une fourmi, une taupe ou des plantes carnivores. Entre 50 et 80 artistes, artisans et autres intermittents du spectacle œuvrent quotidiennement à la réalisation de ces pièces. Le public peut les voir en activité dans le grand atelier.

Nantes Métropole, premier contributeur du chantier et propriétaire des machines, n’a pas encore validé la construction totale de l’arbre, qui mesurerait à terme 50 mètres de diamètre et 35 mètres de haut. Pour l’heure, les différents projets ont coûté un peu plus de 15 millions d’euros, un investissement majeur mais évident pour les autorités. «Ce lieu contribue à l’image de marque de Nantes, à notre côté avant-gardiste, se réjouit Valérie Demangeau, vice-présidente de la métropole, en charge des questions touristiques. Lorsque Nantes a décliné en tant que ville industrielle et portuaire, nous avons essayé d’autres choses, dans le domaine culturel notamment.» La cité a vu naître nombre de talents. Elle a transformé l’ancienne usine des biscuits LU en un «Lieu Unique» voué à la danse, au théâtre et à la littérature, elle dédie son estuaire à une exposition d’art contemporain. «Avec les machines, nous avons souhaité inventer un autre type de rencontre avec le public que celui proposé par les parcs d’attractions, explique Pierre Orefice. Nous ne voulions pas laisser le monopole de l’imaginaire à Disney.»

Le projet s’inscrit dans la réhabilitation d’un quartier entier, celui de l’île de Nantes. Entamée il y a plusieurs années déjà, la mue vise à transformer «un espace qui était tourné vers des activités portuaires et industrielles en un ­nouveau centre-ville», explique Valérie Demangeau. «Nous souhaitons conserver son ossature historique tout en créant un lieu de vie pour la population. Les machines relèvent de cet esprit; elles perpétuent la tradition technique des chantiers navals tout en apportant une dynamique nouvelle». Un éléphant, qui se balançait…

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