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Crise de confiance mercredi 12 octobre 2011

Pékin vole au secours des banques fragilisées par les dettes locales

La Chine préfère prévenir que de devoir guérir. L’intervention du fonds souverain est donc surtout symbolique

Endettement public, craintes de défaut de paiement, recapitalisation des banques: on dirait l’Europe…

Sauf qu’à la différence d’une zone euro «réactive, la Chine, elle, prévient», résume Agnès Arlandis, responsable des marchés émergents pour HSBC Private Bank à Genève. Pendant que Bruxelles, Paris et Berlin négocient, envisagent et/ou préparent un plan de soutien aux grandes banques, Pékin prend les devants.

Lundi soir, Central Huijin Investment, filiale du fonds souverain riche de quelque 400 milliards de dollars, a annoncé avoir acheté des actions de quatre grandes banques déjà majoritairement détenues par Pékin. «Cela peut faire office de clin d’œil» aux Européens, s’amuse la spécialiste de HSBC.

Aucune motivation particulière n’a été officiellement avancée par les autorités chinoises. Mais les analystes n’ont pas tardé à conclure qu’il s’agissait d’abord de restaurer la confiance, alors que l’indice de la bourse de Shanghai flirtait avec son plus bas niveau depuis trente mois.

Ces dernières semaines, les craintes se sont focalisées sur l’exposition des banques chinoises à des emprunts à risque. Le grand battage médiatique entourant l’histoire d’une entreprise de la région de Wenzhou, dans la province du Zheijang, a exacerbé les peurs. Incapables d’honorer leurs dettes, les propriétaires ont simplement pris la fuite.

Plus généralement, c’est un rapport gouvernemental daté de juin dernier qui a dévoilé l’ampleur de l’endettement des provinces et municipalités chinoises. Il est question de centaines de milliards de dollars. C’est une conséquence du programme de relance et d’incitation aux crédits entamé par Pékin après la crise financière de 2008. Jusque-là, la dette publique chinoise se limitait à environ 17% du PIB. «La découverte de ces emprunts a fait grimper ce chiffre raisonnable de 27 points de pourcentage (à 44%)», décrypte Agnès Arlandis.

«Pour l’heure, le fonds n’a investi que l’équivalent de 31 millions de dollars (ndlr: 0,5% du volume quotidien à la bourse de Shanghai)», tient à rappeler Agnès Arlandis, qui considère cette intervention comme symbolique. Mais perçoit un message très clair: «le gouvernement va supporter ses banques».

Wang Tao, un économiste d’UBS basé à Hongkong, estime toutefois que les inquiétudes actuelles sont exagérées. «L’hystérie est derrière. Avec l’appui du gouvernement, les restructurations vont avoir lieu dans les prochains mois», prévoit-il.

Après l’intervention de Huijin, les instruments de couverture contre le défaut des banques chinoises (CDS) ont baissé pour retrouver un niveau similaire à celui de mi-septembre. Ces achats ont aussi soutenu le marché. L’indice boursier de Shanghai a gagné 0,16% lundi. Celui de Hongkong 2,43%. Mais l’effet d’annonce pourrait être de courte durée, selon un analyste de Haitong Securities, à Shanghai. «Si d’autres capitaux ne viennent pas et que les investisseurs ne retrouvent pas la confiance, il est peu probable que l’embellie continue», a-t-il déclaré à l’AFP.

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