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Nucleaire lundi 20 février 2012

L’Iran menace de cesser ses ventes de pétrole à d’autres pays européens

LT et les Agences

Centrale nucélaire au sud de Téhéran. (AFP)

Centrale nucélaire au sud de Téhéran. (AFP)

Tandis qu’une délégation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est arrivée lundi à Téhéran afin d’éclaircir les zones d’ombre du programme nucléaire iranien, les autorités menacent de stopper les exportations de pétrole vers d’autres pays de l’UE

Le président de la compagnie nationale iranienne du pétrole NIOC Ahmad Ghalebani a affirmé lundi que l’Iran cessera de fournir du pétrole à certains pays européens, en plus de la France et la Grande Bretagne, si l’Europe poursuivait ses «actions hostiles» contre Téhéran. Il a mentionné nommément l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, le Portugal et les Pays-Bas comme susceptibles d’être frappés par cette mesure, qui répond à l’embargo décidé en janvier par l’Union européenne sur l’achat de pétrole iranien dans le cadre d’un renforcement de ses sanctions contre le programme nucléaire iranien controversé. Si Paris et Londres ont quasiment cessé d’importer du brut iranien, l’Italie, la Grèce et l’Espagne pourraient être pénalisées si Téhéran mettait sa menace à exécution.

Une délégation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est arrivée lundi pour une visite de deux jours à Téhéran, afin d’éclaircir les zones d’ombres du programme nucléaire iranien, tandis que l’Iran multiplie les signes d’intransigeance sur ce dossier controversé. Selon l’AIEA, certains aspects de ce programme entretiennent depuis plusieurs années le doute sur les objectifs réels de l’Iran. La délégation, dirigée par le directeur adjoint de l’AIEA Herman Neckaerts, devrait discuter des «solutions diplomatiques à la question nucléaire» lors d’entretiens avec «des responsables de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique et d’autres responsables».

La communauté internationale s’inquiète, en dépit des démentis de Téhéran, d’une possible dimension militaire de ce programme, condamné par six résolutions de l’ONU dont quatre assorties de sanctions ensuite renforcées unilatéralement par les pays occidentaux.

Herman Nackaerts, directeur adjoint de l’AIEA et chef des inspecteurs, avait estimé «bonne» la précédente mission, du 29 au 31 janvier. Il avait cependant souligné qu’il restait «encore beaucoup de travail à accomplir». Selon des diplomates occidentaux à Vienne, les inspecteurs n’avaient alors pas pu rencontrer tous les responsables iraniens qu’ils souhaitaient, ni visiter certains sites suspects. Herman Neckaerts a espéré dimanche avant son départ que cette nouvelle visite permettrait d’obtenir des «résultats concrets», alors que Téhéran et les grandes puissances sont entrés ces dernières semaines dans un cycle de démonstrations de force en prévision d’une possible reprise des négociations nucléaires.

Soufflant le chaud et le froid, l’Iran a souhaité dimanche une reprise rapide des discussions avec le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne), son interlocuteur dans ce dossier, donnant la semaine dernière son feu vert à la proposition des grandes puissances, faite en octobre, de renouer un dialogue au point mort depuis un an.

Les Occidentaux ont cependant durci entre-temps leurs sanctions contre l’Iran à la suite d’un rapport alarmant de l’AIEA, décrétant notamment en janvier un double embargo contre l’achat de pétrole iranien et la banque centrale iranienne. L’Iran a répliqué dimanche en annonçant l’arrêt des livraisons de pétrole à la France et à la Grande-Bretagne, les deux pays les plus en pointe dans les sanctions contre Téhéran. Cette annonce a été perçue par les marchés comme un avertissement aux pays de l’UE dépendant encore du pétrole iranien, essentiellement l’Italie, l’Espagne et la Grèce et a provoqué la hausse immédiate des cours.

Cette réplique à l’embargo européen est venue renforcer les messages de fermeté que les plus hauts dirigeants iraniens ont multipliés ces dernières semaines à l’égard des Occidentaux. Le 11 février, le président Mahmoud Ahmadinejad avait en effet réaffirmé que ni les sanctions, ni les menaces militaires de plus en plus insistantes d’Israël ne feront renoncer l’Iran à ses «droits légitimes» en matière nucléaire. Pour marquer sa détermination, Téhéran a annoncé ces dernières semaines un accroissement de 50% de sa capacité d’enrichissement d’uranium et le démarrage de sa deuxième usine d’enrichissement à Fordo, au sud de Téhéran, deux sujets au cœur de son conflit avec la communauté internationale.

Ces annonces ont été qualifiées de «provocation» par plusieurs capitales occidentales, mais le chef du programme nucléaire iranien Fereydoun Abbasi Davani a réaffirmé lundi, dans une interview à la télévision d’Etat, que «les 5+1 feraient mieux de changer de méthodes, car celles (NDLR: des sanctions) utilisées dans le passé n’ont pas réussi». Les grandes puissances «doivent réaliser le niveau atteint par l’Iran (en matière nucléaire) et savoir que nous allons poursuivre notre chemin», a-t-il ajouté en réaffirmant que le programme nucléaire iranien «ne présente aucun danger pour les autres».

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