Vendredi 16h, «By the Side of the Last Ocean Ready for Sunset», 2008-2009
Tous les jours jusqu’à dimanche, à 10h et à 16h, notre critique Laurent Wolf présente une œuvre marquante de la foire d’art contemporaine la plus importante au monde.
Une table de verre, des têtes de mort et des vases de cristal noirs. Les symboles qui rappellent la fin de toute chose. Au mur, des dessins brodés sur soie, dont la précision trouble la surface brillante du tissu.
Angelo Filomeno, 46 ans, né en Italie mais installé à New York, détourne avec un savoir faire exquis les matériaux du luxe pour les faire passer de l’autre côté du miroir, comme ces artistes du XVIIe et du XVIIIe siècle peignant des natures mortes aux verres transparents ou aux citrons dont perle une goutte dont la minutie provoque le malaise, et des crânes entourés de fruits et de vin, ces «memento mori» qui décoraient les salons des riches et des ecclésiastiques. A la galerie Lelong, une vieille tradition de l’art de la contre-réforme est remise au goût du jour dans un cadre qui lui convient, la fête de l’art et des collectionneurs. La séduction des matériaux nobles (soie et cristal) et d’une fabrication sans faille est contrariée par la brutalité des images qui remettent la mort au milieu des plaisirs.
Autrefois, dans la splendeur des palais, les «memento mori» accompagnaient les puissants jusqu’au cœur de leur existence avec leur consentement. Ils possédaient; cela aussi. Le double jeu. Angelo Filomeno sait je l’espère, comme savaient déjà les artistes à l’époque de l’ancien régime, qu’il s’adresse à des personnage dont le principal plaisir sera de s’extasier à la vue de cette précieuse beauté, et de la brandir comme un symbole de leur richesse plutôt que de leur vanité.