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Revue de presse jeudi 29 novembre 2012

L’ONU entrouvre la porte à la Palestine

(Montage Le Temps)

(Montage Le Temps)

«Etat observateur non membre», qu’est-ce à dire? La presse est divisée sur l’efficacité de l’intégration internationale quant au redémarrage du processus de paix avec Israël

La résolution que le président palestinien Mahmoud Abbas a soumise au vote de l’Assemblée générale de l’ONU accorde à la Palestine le statut «d’Etat observateur non membre» des Nations unies. Mais il s’agit d’une «reconnaissance en pointillé d’un pays encore à venir», nuance Le Monde, «un peu plus qu’un strapontin» mais «beaucoup moins qu’un siège. Une formule bancale pour des aspirations entravées.»

«Les Etats-Unis la tiennent pour une inutile gesticulation et comme une fuite en avant, poursuit le quotidien français. L’Autorité palestinienne, font-ils valoir, devrait retourner à la table des négociations, où l’attend Israël. Sauf qu’il n’y a que trop peu à négocier avec la direction israélienne actuelle […] et que les trois derniers présidents américains ont bercé d’illusions ceux qui attendent leur Etat – George W. Bush et Barack Obama promettant même de manière incantatoire un Etat palestinien pour 2005, puis pour 2011, en pure perte.»

«Ce nouveau statut ne contribuera pas à résoudre le conflit au Proche-Orient», confirme le quotidien libéral suédois Dagens Nyheter, qu’a lu et traduit le site Eurotopics: «Le fossé politique entre la suprématie du Hamas à Gaza et le régime fragile d’Abbas en Cisjordanie est un obstacle majeur sur la voie d’un véritable Etat palestinien. […] Ces problèmes complexes ne peuvent être résolus par l’ONU, mais par les parties elles-mêmes. Des compromis judicieux des deux camps sont nécessaires et les Etats-Unis doivent […] se réengager. […] La meilleure hypothèse aurait été que les Israéliens présentent eux-mêmes cette requête, en guise d’invitation à de nouvelles négociations. Si Israël veut vivre en paix et en sécurité, il doit garantir aux Palestiniens le droit à disposer d’un Etat viable qui leur est propre.»

Les enfants de la guerre

Mais on en est encore loin, car «Israël et l’organisation islamiste radicale Hamas ont tous deux voulu la guerre», estime le quotidien conservateur hongrois Magyar Nemzet: «Tant que les enfants de la bande de Gaza parleront de guerre sainte contre Israël et tant que les écoliers israéliens dessineront des yeux et des sourires sur les missiles destinés à tuer leurs camarades palestiniens, on ne pourra pas parler de processus de paix.» Alors, «à force de désespérer de la situation au Proche-Orient, de voir s’éloigner les solutions, se dresser les murs et se creuser les haines», La Croix «se prend à guetter le moindre événement nouveau, surtout quand il est diplomatique et non guerrier, en voulant croire qu’il fera, enfin, bouger les lignes».

D’ailleurs, le Jerusalem Post rapportait mardi qu’Israël avait «décidé de jouer «profil bas» dans cette affaire», peut-on lire dans la revue de presse de France 24: «Le but de l’Etat hébreu serait de ne pas détourner l’attention de la violation des accords internationaux ainsi commise par les Palestiniens, dans la mesure où le processus de paix exige des parties prenantes de résoudre tous les litiges par la négociation.» Mais «si Israël se décidait à accepter l’existence d’un Etat palestinien?» plaidait le même jour le quotidien Ha’Aretz: «Give the Palestinians a state», «Qu’on leur donne un Etat», écrivait-il, en expliquant qu’«un Etat palestinien, même géré en partie par le Hamas, pourrait être un partenaire plus fiable que deux autorités se combattant l’une l’autre, […] pour enfin parvenir à une coexistence.»

Ouest-France pense que les Palestiniens, non, n’obtiennent pas qu’un strapontin: «Certes, ils ne pourront pas voter en Assemblée générale, proposer des résolutions ou postuler aux postes onusiens. Mais ce passage facilite – ou donne droit – à une participation collatérale aux organismes de l’ONU et à leurs conventions, […] notamment au statut de Rome relatif à la Cour pénale internationale. Et voilà la politique de colonisation d’Israël directement dans le viseur, ce qui explique la farouche opposition du gouvernement israélien – et des Etats-Unis – à cette démarche.»

«As-tu compris, Mahmoud?»

D’où le coup de gueule de la satiriste Juliette Keating sur son blog hébergé par Mediapart: «Mahmoud, tu as bien compris: un observateur, ça observe. A l’ONU, ton peuple a le droit d’ouvrir les yeux et même les oreilles, mais pour la bouche, faut pas exagérer. C’est déjà bien que l’on reconnaisse à la Palestine le statut d’Etat observateur, Mahmoud, on n’y était vraiment pas obligés, on s’est même un peu forcés, rapport aux Amerloques qui ne voulaient pas, ça a fait des histoires! Alors ne commence pas tes impolitesses en suggérant que tu pourrais te servir du cadeau que l’on t’offre généreusement, pour traîner Israël devant la Cour pénale internationale»…

Autre son de cloche, dans le blog de Zvi Tenney, ex-ambassadeur d’Israël en France: «Il est important de souligner et de faire constater […] qu’aujourd’hui la moitié des territoires palestiniens, la bande de Gaza, est sous le contrôle du mouvement terroriste Hamas, et que l’autre moitié, la Cisjordanie, est, pour ce qui est des zones A et B, sous celui d’un leader, Mahmoud Abbas, qui use de toutes les manœuvres possibles pour éviter des négociations directes auxquelles Israël ne cesse de l’inviter.»

La réalité du terrain

Dans Libération, Ron Pundak, l’historien israélien directeur du Forum des associations israélo-palestiniennes pour la paix et architecte des accords d’Oslo, pense en revanche que la demande palestinienne «ne constitue pas un affront envers Israël […], mais plutôt une manière de répondre à la réalité du terrain. Le processus de paix est totalement paralysé. […] [Elle] montre que les Palestiniens ont concédé d’importants efforts pour élaborer un texte modéré et réaliste, qui prenne en compte l’opinion publique israélienne et les positions des Etats-Unis [et de l’]Europe.»

C’est aussi l’opinion de Daoud Kuttab, Paalestinien et directeur général de Community Media Network à Amman, qui livre son «plaidoyer pour un Etat palestinien» dans le journal L’Orient-Le Jour de Beyrouth. Car il s’agit bel et bien d’«une affaire d’Etat», comme le titre La Libre Belgique, citée par la RTBF. Mais le nouveau statut va-t-il «vraiment changer le quotidien des Palestiniens? Non, dit-elle, mais c’est tout de même une page d’Histoire qui s’écrit. Pour autant, Le Soir de Bruxelles le souligne: «Etat observateur, à l’ONU, c’est un titre au rabais». Et rien n’atteste que «cette démarche fasse évoluer les choses favorablement». Mais rien n’interdit non plus de penser que ce sera inutile.

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