Texte - +
Imprimer
Reproduire
Conjoncture jeudi 29 novembre 2012

La croissance en Suisse restera modeste, mais durablement meilleure qu’en Europe

Le produit intérieur brut (PIB) helvétique a progressé de 0,6% au 3e trimestre. Depuis près de huit ans, la Suisse tire mieux son épingle du jeu que ses voisins

Le petit village helvétique, au milieu d’une Europe chaotique et cacochyme, continue de résister. Et même mieux que prévu. Alors que la situation conjoncturelle s’est encore dégradée sur le Vieux Continent à la fin de l’été et que les Etats périphériques de la zone euro se trouvent déjà depuis un temps certain en récession, la Suisse constitue toujours une sorte d’îlot à part. L’exception helvétique s’est encore confirmée sur le troisième trimestre. Qui plus est avec des chiffres nettement meilleurs qu’attendu. «Le produit intérieur brut (PIB) réel de la Suisse a progressé de 0,6% au troisième trimestre 2012 par rapport au trimestre précédent», a annoncé jeudi le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Le consensus des économistes anticipait un mièvre 0,2%, alors que le pays avait connu une parenthèse lors du trimestre précédent, avec une contraction de 0,1%.

«La bonne surprise vient premièrement du commerce extérieur, meilleur que prévu. Le recul du prix du pétrole y a contribué, la moyenne des tarifs du troisième trimestre étant nettement inférieure que durant les trois mois précédents», explique Roland Duss, économiste auprès de la banque genevoise Gonet & Cie. Ensuite, la consommation a été plus forte qu’anticipé, tant du point de vue privé (grâce à la hausse réelle des salaires et du chômage bas) que de la Confédération. En dépit de ce rebond la contraction observée entre avril et juin n’était pas un accident de parcours. La croissance avait été pénalisée par une consommation plus modérée et une évolution défavorable du commerce extérieur.

Il n’empêche. Sur le troisième trimestre, les dépenses des ménages (+ 0,1%), pesant pour 57% du PIB, et du secteur public (+1,7%), ainsi que les exportations de marchandises (+2,3%) ont contribué favorablement à la croissance. Les services et les investissements, en revanche, ont accusé un repli. Du côté de la production, la plupart des secteurs ont enregistré une embellie, en particulier l’industrie (+1,2%). Et ce grâce, à la pharma notamment.

L’apport de l’immigration

Voilà pour l’image instantanée. Qui est en grande partie explicable et influencée par une évolution structurelle de la Suisse. Pour Bruno Parnisari, chef du secteur conjoncture à la direction de la politique économique du Seco, la croissance helvétique par rapport aux pays développés «surprend en bien depuis au moins 30 trimestres, avec une dynamique plus soutenue que la plupart des grandes nations». De fait, elle s’est avérée plus robuste avant, pendant et après la crise financière de 2008-09. Et la tendance se confirme. Une résilience supérieure qui s’explique, d’après l’économiste, notamment «par une demande intérieure robuste, un solde migratoire positif, l’absence de déséquilibres structurels et un endettement sous contrôle».

Il existe toutefois un bémol, met en garde Roland Duss. «La Suisse se comporte mieux que l’Europe, mais notre potentiel de PIB reste aux alentours de 1%. Il était de 2% sur la dernière décennie.» Croissance certes, mais à un niveau insuffisant notamment pour influer positivement sur le taux de chômage. «Si la progression reste à 1 ou 1,2%, cela ne suffit pas à intégrer tout le monde sur le marché du travail», constate lui aussi Bruno Parnisari.

Toujours est-il que la meilleure résistance suisse provient aussi de l’augmentation des exportations vers les pays dits émergents. Certains segments comme le luxe continuent d’ailleurs de progresser fortement. «Surtout, le contexte domestique reste favorable: inflation négative, qui engendre des hausses réelles de pouvoir d’achat, chômage faible, abondance d’épargne, taux d’intérêt très bas – et qui vont durer – et importante spécialisation des entreprises sur des segments à haute valeur ajoutée», constate Roland Duss. En sus, les entreprises suisses ont sensiblement amélioré leur productivité suite aux contraintes imposées par la force du franc.

«L’îlot de croissance au milieu de l’Europe possède tous ces atouts, mais, le caveat [ndlr: du latin, avertissement] reste la forte dépendance à l’Europe. Dès lors, la croissance restera modeste en Suisse, mais durablement meilleure que sur le Vieux Contient», conclut-il.

Reproduire
Texte - +