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Editorial vendredi 22 juin 2012

Dos au mur

Tout indique que la place financière suisse n’obtiendra pas l’accès au marché européen sans une avancée au préalable sur les questions institutionnelles sur lesquelle buttent les relations entre la Suisse et l’UE. Celles-ci entrent dans une nouvelle ère

Pour les banques suisses, il n’y aura pas d’accès au marché européen avant que Berne et Bruxelles aient trouvé un terrain d’entente sur les questions dites «institutionnelles», qui posent à la Suisse l’épineux problème de la reprise du droit communautaire et plus généralement de son autonomie dans la mise en œuvre de l’ensemble des accords bilatéraux.

Tel est l’avertissement donné aux représentants de la place financière cette semaine, tout en douceur et en fermeté, par un ancien diplomate, Alexis Lautenberg, qui fut chef de la mission suisse auprès de l’UE, et qui vit et travaille toujours à Bruxelles.

La Suisse tourne la page du secret bancaire dans le bruit, le désordre et la douleur. Au sein de la place financière règne l’incertitude la plus complète. Rubik, croyait-on, serait une ingénieuse façon tout à la fois de solder le passé, d’échapper à l’échange automatique d’informations prôné par Bruxelles et d’obtenir pour les établissements suisses un accès au marché européen.

Rien ne prouve que l’imposition libératoire à la source ne soit pas, en effet, ingénieuse. Mais le succès de l’opération est encore très loin d’être acquis. Ne serait-ce que parce que la ratification allemande demeure en suspens et qu’on semble ignorer encore, de toute façon, si les accords Rubik sont susceptibles de donner naissance à un modèle d’affaires viable à terme.

Quant à l’accès au marché, la Suisse n’en a obtenu que des miettes. Pour des raisons, rappelle Alexis Lautenberg, qui tiennent à des réalités européennes complexes et ramènent aux divisions entre Berne et Bruxelles sur les questions institutionnelles.

Ainsi, tout se tient, et les banquiers risquent d’espérer en vain une solution taillée sur mesure. Certains des défenseurs de la place financière continueront de crier à son bradage, mais sans amener de solutions à hauteur des problèmes posés.

Si la page du secret bancaire se tourne, les relations entre la Suisse et l’UE entrent elles aussi dans une nouvelle ère. Les questions institutionnelles dont l’UE fait désormais un préalable placent la Suisse au pied du mur. Une équation proche, en tout cas, de celle que le Traité sur l’Espace économique européen entendait résoudre il y aura exactement vingt ans en décembre.

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