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genève vendredi 23 mars 2012

Coprésident des Jeunes socialistes, il sème le trouble sur Internet

Sur son blog, il soutient la création d’un «parti nationaliste de gauche». Face à la polémique, il corrige le tir

«La création d’un parti nationaliste de gauche en Suisse serait avantageuse pour la gauche.» Avancée le 11 février sur son blog, cette réflexion du coprésident des Jeunes socialistes genevois sème le trouble dans les rangs de son parti, et au delà. Adrien Faure, 20 ans, développe la théorie suivante: il n’aime pas le nationalisme et n’adhère pas à ses thèses, mais fait la distinction entre un «nationalisme libéral» – incarné par l’UDC – et un «nationalisme de gauche» – susceptible de «défendre des positions de gauche sur le plan socio-économique».

Il estime donc qu’un tel parti serait utile à la gauche, «car il absorberait l’électorat des classes précarisées et moyennes qui votaient UDC contre leurs intérêts de classe». Ainsi donc, poursuit-il, l’UDC «perdrait plus de 50% de son électorat au profit de ce nouveau parti […] et la gauche pourrait l’emporter sur les questions socio-économiques sans que le résultat politique ne change» dans d’autres domaines. C.Q.F.D.

Adrien Faure annonce donc qu’il soutient «de manière purement stratégique» la création de ce nouveau parti et invite ses lecteurs à y réfléchir.

Les réactions ne tardent pas, une internaute lui faisant remarquer que ce fameux parti existe déjà, qu’il s’agit du PNOS (Parti des nationalistes suisses), dont le programme politique s’intitule «Pour un avenir socialiste confédéré». Ignorant alors que le PNOS est un parti d’extrême droite identitaire – soupçonné de liens avec les néonazis allemands –, Adrien Faure répond à sa lectrice qu’elle a peut-être raison mais que ce parti «est inexistant à Genève»…

Un mois plus tard, interrogé sur son étonnante prise de position, Adrien Faure revient sur son message et relativise tant bien que mal: «Ce n’était qu’une petite réflexion, qui a suscité un gros débat. J’ai changé d’avis depuis sur un point et je l’ai signifié sur mon blog: je ne souhaite pas la création d’un tel parti car je pense qu’en plus de capter des voix de l’UDC, il attirerait vers lui de nouveaux électeurs, ce qui représenterait un danger politique. Mais ce que je maintiens, c’est que s’il y avait, au parlement, des forces nationalistes de gauche, elles pourraient se retrouver à voter dans le même sens que la gauche existante sur des questions socio-économiques. Dans les autres domaines, nous le combattrions.»

Et à quoi ressemblerait ce parti qu’il souhaitait voir émerger «pour des raisons stratégiques», avant de changer d’avis? «Je ne pensais pas à un parti extrémiste, promet-il. Mais à un parti social-démocrate qui aurait une composante nationaliste sur les questions d’immigration et conservatrice sur les questions de mœurs.»

Stupéfait par le billet d’Adrien Faure, le député PLR Pierre Weiss, vice-président de la Licra Genève, n’est pas convaincu par les explications du jeune socialiste: «La jeunesse n’excuse pas tout. Il faut faire attention aux mots que l’on utilise et il y a des rapprochements douloureux et malsains. Il parle de nationalisme de gauche, mais à gauche, qu’est-ce qu’il y a? Il y a le socialisme ou le communisme. Il s’agirait donc de national-socialisme ou de national-communisme… Je ne suspecte pas ce monsieur d’être un nazi caché, mais il a certainement des soucis de vocabulaire.»

Moins sévère, le président du Parti socialiste genevois, René Longet, estime de son côté qu’Adrien Faure a voulu «lancer un ballon d’essai sur son blog. Dire des choses comme ça relève d’un manque de réflexion par rapport à l’histoire: le nationalisme, au sens négatif, ne peut pas être de gauche. Mais étant donné que ce n’est pas allé plus loin que le blog et que cela n’engage pas le parti, je n’y attache pas beaucoup d’importance.»

Le conseiller national Carlo Sommaruga juge quant à lui «qu’il sera nécessaire d’avoir une petite discussion» avec le jeune socialiste. «Je pense qu’Adrien Faure, probablement impressionné par la mobilisation en France de la classe ouvrière par Jean-Luc Mélenchon, a été dépassé par des propos dont les concepts ne sont pas complètement maîtrisés ou a peut-être été déstabilisé par les discours sournois d’Alain Soral, prétendument marxiste nationaliste.» Et l’élu de conclure que cet épisode «souligne la nécessité d’avoir une école politique au sein du PS».

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