Texte - +
Imprimer
Reproduire
exposition thématique mardi 21 février 2012

Visages de l’hiver

Jan Davidsz de Heem, «Nature morte à la devise et aux plats du Carême», vers 1650, huile sur toile, 42,5x56,5 cm (Kunsthaus Zurich, Fondation Betty et David M. Koetser)

Jan Davidsz de Heem, «Nature morte à la devise et aux plats du Carême», vers 1650, huile sur toile, 42,5x56,5 cm (Kunsthaus Zurich, Fondation Betty et David M. Koetser)

Le Kunsthaus de Zurich accueille une vaste exposition thématique sur l’hiver. Elle relate la «mauvaise saison», de la Renaissance à l’aube du XXe siècle

Le printemps pointe le bout de son nez. Il s’agit de se dépêcher de découvrir l’exposition ouverte depuis peu au Kunsthaus de Zurich: lorsque neige et glace auront entièrement fondu, l’atmosphère extérieure ne correspondra plus si bien à l’ambiance des salles, réservées à des œuvres relatant l’hiver et ses zones d’ombre, de la Renaissance à l’aube du XXe siècle. Ce jour-là, les fenêtres du musée révélaient la chute incessante des flocons, les toits blancs, les passants frileux. Et le Conte d’hiver (Ein Wintermärchen) véhiculé par les œuvres a déployé tous ses effets.

L’exposition déjà montrée à Vienne illustre la fascination des artistes occidentaux pour la «mauvaise saison». Le titre insiste, plus que sur les méfaits de l’hiver, certes lié à la vieillesse et à la mort, sur la féerie dont les paysages reluisant de propreté, les intérieurs réchauffés par un bon feu et les longues soirées, propices aux occupations tranquilles, se font l’écrin.

Sans parler de la fête de Noël, convoquée ici non au travers de visions de sapins illuminés et de rues décorées, mais directement dans quelques scènes de la Nativité curieusement placées dans un décor enneigé (à ces compositions, œuvres d’un maître anonyme munichois, ainsi que de Jan Bruegel l’Ancien, répond d’ailleurs une Crucifixion sous la neige signée Karel van Mander). Les évocations flamandes et hollandaises des travaux et des jours et des plaisirs de l’hiver, à commencer par le patinage, forment un long préambule. Plaisir également esthétique, offert par les invraisemblables constructions de la nature, arbres métamorphosés par le givre (merveilleux groupe de chênes ancestraux, avec présence de paysans et d’oiseaux, restitué par Gysbrecht Leytens au début du XVIIe siècle), palais de glace et lueurs étranges. Sans parler de la manière de figurer les flocons de neige, de les répartir dans l’espace pictural, en évitant les dangers du trop pittoresque ou de la monotonie.

La dimension «cabinet de curiosités» est apportée par la présence de calendriers remontant jusque vers l’an 1500 et par plusieurs traîneaux princiers tirés par des chevaux de bois. L’un d’eux, destiné aux enfants, adopte la forme d’un coquillage… Des figurations des quatre saisons, en ivoire notamment, trouvent un écho dans les tapisseries monumentales sur le même thème. Presque toujours représenté sous les traits d’un vieillard chenu, l’hiver, par exception, adopte parfois l’allure d’un jeune enfant ou putto (un marbre d’Artus Quellinus), plus rarement encore d’une femme toute de blancheur. Pour en revenir à la peinture, les styles et les écoles qui se sont succédé dans les pays européens livrent leur version de l’hiver. Le romantisme et l’impressionnisme se révèlent particulièrement inspirés.

Après la débandade et les affres des soldats napoléoniens lors de la retraite de Russie, dont le rendu dramatique suscite l’effroi et la compassion (épisodes dépeints par Odier ou Boisdenier), après les difficultés rencontrées par les troupes d’Hannibal dans leur passage des Alpes, on découvrira les mystères dont se rend capable la nature, selon Caspar David Friedrich ou Lessing: belle vision de la cour d’un cloître, dotée d’une fontaine vomissant de la glace et de branches de sapin alourdies de neige.

Les biches effarouchées de Courbet nous ravirons brièvement, avant qu’on ne s’arrête auprès des spectacles de plein air offerts par Sisley, qui a su le mieux restituer le moelleux de la neige, Monet et sa fameuse meule, semée de blancheur, Van Gogh, ses champs désolés et leurs charrues abandonnées, ainsi que Segantini ou Giovanni Giacometti. Chez l’expressionniste Edvard Munch, l’hiver se conjugue avec la nuit et une réalité glacée saisit le spectateur. Le dégel a commencé, les toits dégoulinent, on pourra se repaître dans le plus grand confort de ces quelque 130 spectacles hivernaux.

Wintermärchen (Un conte d’hiver). Kunsthaus, Heimplatz 1, Zurich.
Tél. 044 253 84 84. Ma, sa, di 10-18h, me, je, ve 10-20h.
Jusqu’au 29 avril.

Reproduire
Texte - +