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Syrie lundi 12 septembre 2011

2600 morts dans la répression; Paris tempête, Moscou temporise

AFP

Des images de Ghiyath Matar circulent sur YouTube, montrant les blessures de l’activiste qui a été torturé avant d’être rendu à sa famille, selon Human Rights Watch. (AFP)

Des images de Ghiyath Matar circulent sur YouTube, montrant les blessures de l’activiste qui a été torturé avant d’être rendu à sa famille, selon Human Rights Watch. (AFP)

Le bilan donné par la haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme ce matin à Genève est presque deux fois plus élevé que celui concédé par Damas. Pour la France, le blocage d’une résolution à l’ONU condamnant la Syrie est «un scandale», mais Moscou refuse de bouger

«En ce qui concerne la Syrie, selon des sources fiables sur le terrain, le nombre de tués depuis le début des violences à la mi-mars a maintenant atteint au moins 2600 morts», a déclaré la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, à l’ouverture de la 18e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, passant en revue la situation des droits de l’homme dans le monde à l’ouverture de la session d’automne du Conseil.

Lors d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme le 23 août dernier, Mme Pillay avait porté le bilan des personnes tuées dans les violences en Syrie à plus de 2200 personnes. Elle avait déploré à cette occasion que «les forces de sécurité continuent notamment d’user d’une force excessive, et utilisent l’artillerie lourde» contre les manifestants.

A l’issue de cette session extraordinaire, une résolution, proposée par les Etats-Unis, l’Union européenne et les quatre pays arabes du Conseil – Arabie saoudite, Jordanie, Qatar et Koweït – avait été adoptée, demandant «l’envoi urgent d’une commission d’enquête indépendante» sur les violations des droits de l’homme en Syrie.

Dans un rapport publié en août, une mission d’experts mandatée par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a dressé un inventaire d’atrocités commises par les forces de sécurité syriennes pouvant «relever de crimes contre l’humanité» et passibles d’une saisine de la Cour pénale internationale (CPI).

Tortures et traitement dégradants

Empêchée d’entrer en Syrie, la mission s’est rendue dans les pays voisins, excepté le Liban, et a recueilli des témoignages parmi les milliers de Syriens qui ont fui leur pays. Le rapport fait notamment état de «tortures et autres traitements dégradants et inhumains de civils par les forces de sécurité et l’armée».

Un bilan qui est contesté par Damas: quelque 1400 personnes, 700 policiers et militaires et autant de «rebelles», ont été tuées dans les violences en Syrie, selon une conseillère du président syrien Bachar el-Assad, Boutheina Chaabane, en visite à Moscou ce matin.

Paris s’emporte

Le blocage à New York pour une prise de position de l’ONU sur la répression des manifestations en Syrie est «un scandale», a d’autre part déclaré ce lundi aussi le Ministère français des affaires étrangères.

En rappelant que le bilan des victimes s’élève à au moins 2600 morts, le porte-parole du ministère, Bernard Valero, a aussi dénoncé dans une déclaration «le meurtre révoltant» d’un jeune militant pacifique, Ghiath Matar, et demandé la libération de tous les prisonniers politiques.

Moscou refuse de bouger

De son côté, le président russe Dmitri Medvedev a estimé lundi qu’il n’était pas nécessaire d’exercer des «pressions supplémentaires» sur Damas, s’opposant ainsi à nouveau à toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU imposant des sanctions au régime du président Bachar el-Assad.

«Cette résolution doit être sévère mais ne doit pas prévoir la mise en œuvre automatique de sanctions, car un grand nombre de sanctions ont déjà été adoptées par l’UE et les Etats-Unis et il n’y a absolument pas de nécessité pour des pressions supplémentaires» sur Damas, a jugé M. Medvedev.

«La Russie part du principe qu’il est nécessaire d’adopter une résolution ferme mais équilibrée et adressée aux deux parties du conflit syrien, aussi bien les autorités officielles, dirigées par Bachar el-Assad, que l’opposition», a-t-il ajouté.

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