Texte - +
Imprimer
Reproduire
Iran samedi 24 mars 2012

L’Irak maltraite les réfugiés d’Achraf

Une personne est morte à l’issue de son transfert vers le camp Liberty au nord de Bagdad

Le mardi 20 mars, à 6 heures du matin, un médecin a confirmé la mort de Badia Amir-Mostofian. Cause probable: l’ingénieur de 44 ans serait décédé d’une crise cardiaque consécutive à l’épuisement et aux mauvais traitements qui lui ont été infligés. Badia Amir-Mostofian avait accepté d’être transféré du camp d’Achraf en Irak vers le camp Liberty, au nord de Bagdad. Mais il est mort au terme d’un voyage éprouvant de quarante-huit heures. Pourtant, les autorités de Bagdad se sont engagées à traiter de manière humaine les anciens moudjahidin du peuple réfugiés à Achraf. Vendredi, les familles des résidents ont demandé une nouvelle fois aux organisations internationales d’œuvrer pour améliorer le sort de leurs parents réfugiés en Irak.

Le transfert des moudjahidin du peuple d’Achraf vers le camp Liberty, une ancienne base militaire américaine reconvertie, a commencé début février avec un premier contingent de 400 personnes. Une deuxième a suivi fin février. Badia Amir-Mostofian faisait partie du troisième contingent. Sur les 3400 résidents d’Achraf, 1200 ont été relogés à Liberty. Le frère du défunt, Muslem Amir-Mostofian, témoigne: «Badia était en bonne santé. Mais pendant le voyage, il a été fouillé à maintes reprises, frappé aussi. Comment puis-je faire confiance à l’ONU et aux autres organisations internationales alors qu’en raison de leur impuissance et de leur silence, ils se sont rendus complices de la mort de mon frère.»

Hygiène déplorable

Les Achrafiens ont dénoncé les conditions précaires qui règnent dans le camp Liberty. Contacté jeudi, Mohammad Eghbal, l’un des résidents de Liberty, dresse un portrait effrayant: «Des dizaines de policiers irakiens contrôlent l’intérieur du camp. Les conditions d’hygiène sont désastreuses. Pour les toilettes, il faut faire longtemps la queue. Même dans les prisons iraniennes, les conditions étaient meilleures. Nous ne sommes pourtant pas des prisonniers, nous sommes là de notre plein gré et ne menaçons personne.»

Pour Simin Far, du comité des familles des habitants d’Achraf, il est urgent que l’ONU respecte ses promesses: «Les conditions de vie sont déplorables, mais surtout la présence des policiers est inacceptable.» Mohammad Eghbal ajoute: «Que ceux qui sont encore à Achraf, y restent, qu’ils ne viennent pas ici, car c’est bien pire qu’à Achraf.»

Alors que se déroulait, vendredi après-midi, au Palais des Nations une discussion réunissant les représentants des pays volontaires pour accueillir en tant que réfugiés certains des Achrafiens, quelque 150 militants ont fait une chaîne humaine entre la place des Nations et le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Simin Far explique: «Il n’y a qu’une seule solution à long terme: il faut que des pays acceptent d’accueillir ces réfugiés. Le HCR doit de son côté accélérer les procédures, car tant qu’ils seront là-bas, ils ne seront pas en sécurité.»

Reproduire
Texte - +