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Développement durable lundi 27 juin 2011

Une évolution et non une révolution

Sunil Vora  Global Private Banking Treasury COOHSBC Private Bank (Suisse) SA et Fabian Studer SRI Portfolio Manager HSBC Private Bank (Suisse) SA

Les particuliers fortunés ne se contentent pas d’être intéressés par les produits dits «ISR», ils y investissent

L’investissement socialement responsable (ISR) n’est pas un concept nouveau, il existe depuis de nombreuses années. Ce changement de philosophie commença notamment lorsque des investisseurs décidèrent d’exclure certains types d’industries de leurs portefeuilles d’investissement. En l’occurrence, les entreprises actives dans la production et la vente de tabac ou d’alcool ainsi que celles dont les activités sont liées aux jeux de hasard furent les premières à être écartées. Depuis, cette rigoureuse sélection s’est élargie à d’autres secteurs d’activités et a finalement abouti à la mise en place des directives Eurosif, qui font office de référence en matière d’ISR.

Aujourd’hui, l’ISR peut présenter plusieurs intérêts pour un investisseur: il peut être une solution pour investir dans des entreprises œuvrant contre le réchauffement climatique, ou encore un investissement respectant des principes éthiques bien définis. Quoi qu’il en soit, la philosophie de chaque investisseur se rejoint autour d’une même perspective: investir à long terme pour un développement durable.

L’émergence de cette philosophie a nécessité de développer des outils et modèles d’analyse financière toujours plus sophistiqués. En effet, aujourd’hui les produits d’investissement comme les portefeuilles socialement responsables sont construits sur la base d’analyses à la fois qualitative et quantitative des politiques et pratiques de chaque entreprise. Dans cette optique, l’Eurosif définit trois critères principaux (ESG) selon lesquels une entreprise doit être évaluée: sa politique en matière d’environnement, sa politique vis-à-vis des ressources humaines et des communautés locales et, enfin, sa gouvernance, c’est-à-dire la façon dont l’entreprise est dirigée et contrôlée. Il existe aujourd’hui des sociétés spécialisées dans l’évaluation et la notation de ces critères. Bien que les méthodologies employées ou encore les pondérations puissent différer d’une société de notation à l’autre, les critères d’évaluation reposent principalement sur la capacité des entreprises à respecter ces politiques.

Ces critères de notation, aussi disponibles par critères individuels (ESG), formeront ainsi «l’univers d’investissement» à partir duquel les produits et portefeuilles d’investissement socialement responsables seront créés. Cet univers restera toutefois subjectif car chaque gérant pourra évaluer et pondérer ces critères différemment et par conséquent avoir un univers d’ISR différent. En substance, l’univers d’ISR sera constitué des entreprises classées selon une notation globale (basée sur les 3 critères ESG individuels) et ordonnées par quartile. Notre approche consiste également à intégrer chaque critère ESG individuellement dans notre sélection. Il suffit ainsi qu’une entreprise ne remplisse pas un seul critère pour qu’elle soit exclue de notre univers ISR. En effet, nous pensons qu’une entreprise devrait avoir pour objectif de répondre rigoureusement à ces trois critères, puisque cette approche équilibrée aura pour objectif de maintenir une croissance durable à long terme. Les sociétés sélectionnées dans le cadre d’un investissement socialement responsable sont souvent celles que nous pourrions retrouver dans un portefeuille d’investissement traditionnel, dans la mesure où la majorité des grandes entreprises ont déjà des politiques d’ISR en place et veillent à respecter ces critères ESG.

Au premier abord, il semble peu probable qu’une sélection de titres basée uniquement sur des critères ESG crée de la surperformance. Cependant, certaines études académiques récentes (études publiées en 2010 par l’Edhec Risk Institute) démontrent qu’il est possible de suivre un processus de sélection d’ISR rigoureux couplé à des techniques d’analyse financière traditionnelle sans pour autant être pénalisé. Notre propre expérience tend à soutenir cette thèse. En effet, il nous semble que la discipline imposée aux investisseurs socialement responsables permet d’éviter certains risques et contribue à une meilleure performance sur le long terme. Le terme «bêta durable» nous semble donc approprié pour définir une offre d’investissement basée sur des politiques d’entreprise durables qui intéressent à la fois les investisseurs et le grand public.

Au final, avoir une bonne politique d’ISR ne peut cependant pas garantir l’absence de problèmes ou de risques, mais les procédures en place et leur rigoureuse application sont un critère déterminant pour la notation d’une entreprise socialement responsable. Ainsi, plus une entreprise communique de façon transparente sur les procédures qu’elle a établies et ses efforts liés à l’ISR, mieux elle sera notée. Une communication claire et régulière est donc la clé d’une analyse objective et cohérente. Malgré tout, si, à la suite d’un événement, il s’avérait que les politiques d’une entreprise en matière d’ISR n’ont pas été suivies ou qu’aucune action n’a été prise pour les corriger, cette entreprise serait exclue des portefeuilles d’investisseurs socialement responsables, entraînant une vente de l’actif. Diligence et gestion du risque sont donc de rigueur pour éviter ce genre de situation.

Nous constatons chez les investisseurs individuels fortunés que la part investie dans des actifs ISR croît plus vite que leur fortune. Ces particuliers ne se contentent pas d’être intéressés par les produits ISR, ils y investissent. La croissance de ces investissements socialement responsables est en train de se concrétiser, certes lentement, mais sûrement.

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