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Développement jeudi 15 mars 2012

130 pays s’engagent pour l’eau potable

Des écoliers indiens devant un barrage. (Ajit Solanki/Keystone)

Des écoliers indiens devant un barrage. (Ajit Solanki/Keystone)

Le 6e Forum mondial de l’eau a accouché d’une déclaration. Progrès ou recul? Les interprétations divergent

La conférence a accouché d’un document. La sixième édition du Forum mondial de l’eau, le plus grand rassemblement international consacré à l’or bleu, a atteint mardi à Marseille son objectif le plus attendu: une «déclaration ministérielle» qui concerne le «droit à l’eau potable», un principe récemment reconnu par l’Assemblée générale des Nations unies. Adopté à l’unanimité des 130 pays inscrits, le texte a été diversement accueilli, cependant, par les 20 000 participants à la rencontre, représentants d’Etats, d’organisations multilatérales et d’ONG.

L’un des principaux animateurs de la rencontre, le ministre français de la Coopération, Henri de Raincourt, s’est voulu positif. «Avant, on considérait que l’accès à l’eau était un enjeu pour d’autres, a-t-il résumé. Aujourd’hui tous déclarent qu’il y a urgence à agir. La sonnette d’alarme est tirée.»

De fait, la déclaration représente un développement intéressant. Le droit à l’eau avait remporté une bataille importante en étant reconnu par l’Assemblée générale des Nations unies. Mais il gagne une nouvelle dimension et une nouvelle crédibilité en étant cette fois adopté, hors du cadre onusien, par des milieux plus larges, et tout particulièrement par des techniciens du secteur. Il l’est en outre de belle façon puisque la déclaration reprend toutes ses principales composantes: la disponibilité, la qualité, l’acceptabilité, l’accessibilité et le coût.

Autre signe prometteur: la question n’est pas seulement abordée sous son aspect technique mais aussi dans sa dimension politique. «La bonne gouvernance de l’eau requiert des plateformes multi-acteurs et des cadres juridiques et institutionnels facilitant la participation de tous, y compris des communautés autochtones, marginalisées et vulnérables», établit le document. La communauté internationale prend officiellement acte qu’il ne suffit pas de mettre en œuvre des moyens. Encore faut-il que les personnes concernées soient consultées sur la stratégie, et donc les priorités, à adopter.

Certains acteurs du forum n’en sont pas moins déçus. «La déclaration reste prudente, remarque Jean-Benoit Charrin, directeur exécutif de WaterLex, une ONG désireuse de mieux réglementer le secteur de l’or bleu. Concernant l’accès à l’eau potable, elle ne contient qu’un engagement à «accélérer la mise en œuvre des obligations en matière de droits de l’homme», soit de droits déjà reconnus. Elle aurait dû aller plus loin dans la reconnaissance de droits nouveaux plus spécifiques. Au lieu de cela, elle parle d’une simple «détermination» à régler le problème. Ce sont des nuances mais cela fait au final une grosse différence.»

L’ONG suisse d’aide au développement Helvetas dresse un même diagnostic. La déclaration «laisse planer de nombreux doutes sur la volonté des Etats signataires de s’engager fortement pour faire du droit à l’eau […] une réalité pour tous, affirme-t-elle dans un communiqué. Certes, le document souligne l’importance fondamentale de l’eau pour la santé, la sécurité alimentaire, le développement et l’environnement mais il se contente d’intentions relativement floues sur les mesures à prendre.» Et sa spécialiste du domaine, Agnès Montangero, de préciser: «On cherche en vain des objectifs concrets et des engagements politiques.»

«Le bilan est mitigé, analyse Jean-Benoit Charrin. Cette déclaration peut être interprétée comme un recul par rapport aux engagements de l’ONU. Mais elle peut être considérée comme un progrès dans la mesure où elle émane de milieux qui n’avaient encore jamais été aussi loin.» Indispensable à l’agriculture comme à l’industrie, à la production d’énergie comme à la santé humaine, l’eau est au cœur de trop d’intérêts divergents pour qu’un accord sur sa gestion puisse être trouvé en quelques conférences internationales. Elle constitue un chantier de très longue haleine. L’un des chantiers du siècle.

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