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politique monétaire jeudi 22 juillet 2010

La perte de la BNS concerne aussi les cantons

(Keystone)

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La Banque centrale annonce une perte semestrielle de 4 milliards de francs à cause du soutien de l’euro

La Banque nationale suisse (BNS) est la seule banque helvétique qui peut délibérément investir en sachant à coup sûr qu’elle va perdre des milliards. Le chiffre est tombé mercredi: plus de 14 milliards de francs. C’est la perte de change globale épongée par la BNS de janvier à fin juin 2010 en raison, principalement, de sa politique d’achat massif d’euros pour soutenir certaines exportations suisses et le tourisme, mis à mal par l’affaiblissement de la monnaie européenne face au franc.

La forte revalorisation des réserves d’or au premier semestre et l’appréciation des réserves en dollars jusqu’à début juin n’ont pas compensé les pertes sur l’euro. La BNS a ainsi dû réaliser l’un des trimestres les plus catastrophiques de son histoire. Dans un communiqué, diffusé mercredi, qui anticipe les résultats définitifs attendus le 13 août, la banque centrale annonce une perte de 4 milliards de francs, sans tenir compte du résultat «nettement positif» du fonds de stabilisation lié à la vente des titres «pourris» d’UBS. Le bénéfice de la BNS au premier trimestre étant de 1,5 milliard de francs, la perte du second semestre se situe dont à 5,5 milliards de francs.

Si la tendance au renforcement du franc suisse face à l’euro se stabilise au niveau actuel, ou se rapproche du niveau record de 1,3074 franc pour un euro atteint le 1er juillet, la perte de la BNS pour l’exercice 2010 sera sévère. Elle le sera d’autant plus que le cours de l’or, qui avait pris l’ascenseur ces derniers mois, est en train de baisser.

A supposer que la perte du deuxième trimestre se poursuive durant la seconde moitié de l’année, le «trou» annuel sera de quelque 15 milliards de francs.

Distribution compromise

La somme paraît énorme mais il faut se souvenir qu’en 2008 la BNS avait bouclé son exercice sur une perte de 4,73 milliards, avant l’attribution à la provision pour réserves monétaires, qui doit désormais être doublée selon les statuts adoptés en avril 2010.

Si la BNS accuse une perte de 15 milliards de francs en 2010 et réalise des résultats équilibrés les années suivantes, la distribution fixe du bénéfice aux cantons (1,67 milliard de francs) et à la Confédération (833 millions) sera menacée à moyen terme. L’accord passé à ce propos en mars 2008, valable jusqu’en 2017, prévoit des répercussions directes dès que la réserve bénéficiaire, de 19 milliards de francs actuellement, est dans le rouge à hauteur de 5 milliards de francs.

Dans le cas de figure évoqué plus haut, soit une perte de 15 milliards de francs en 2010 et des exercices suivants juste équilibrés, la distribution de bénéfice aux cantons et à la Confédération serait réduite de 40% dès 2014 et supprimée en 2015. Une autre épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la tête des cantons: la révision ordinaire, prévue en 2013, de ce mode de répartition du bénéfice. Si la situation financière de la BNS ne s’améliore pas durablement dès 2011, il y a fort à parier que la distribution des bénéfices sera revue à la baisse.

Avertissement du président

Ce scénario est d’autant plus plausible que l’attribution à la provision pour réserves monétaires, prioritaire, est désormais doublé, selon un taux de progression correspondant à deux fois celle du produit intérieur brut. En 2010, près de 4 milliards de francs seront attribués à cette provision, au détriment du bénéfice réservé aux pouvoirs publics.

Il suffit de relire le discours, tenu en avril 2010 devant l’assemblée générale des actionnaires par Hansueli Raggenbass, président du conseil de la BNS, pour comprendre que le bénéfice attribué aux cantons et à la Confédération n’est pas coulé dans le marbre. «L’éventualité de pertes élevées (de la BNS) ne peut jamais être entièrement écartée. Si le cas se présentait, la distribution des bénéfices (aux cantons et à la Confédération) pourrait en pâtir», expliquait-il.

La crise économique et financière a entraîné la BNS dans une politique d’achats massifs de devises étrangères. A fin juin 2010, la banque centrale possédait pour 226,74 milliards de francs de ­devises, en baisse de 5% comparé à mai 2010. De 2000 à 2008, la moyenne tournait autour de 50 milliards.

L’euro a pris une part prépondérante dans ces achats, passant de 15,7 milliards d’euros à fin 2008, à 120,55 milliards à fin juin 2010. A noter une augmentation de 113% entre fin mars et fin juin 2010.

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