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Kiosque mercredi 05 janvier 2011

La Chine au chevet de l’Espagne

Li Keqiang. Le vice-premier ministre chinois est attendu comme le Messie en Espagne confrontée à une crise économique majeure. (Bloomberg)

Li Keqiang. Le vice-premier ministre chinois est attendu comme le Messie en Espagne confrontée à une crise économique majeure. (Bloomberg)

La visite du vice-premier ministre chinois Li Keqiang vue par la presse ibérique

«Bienvenue Mister Li!». Alors que le vice-premier ministre chinois Li Keqiang entamait hier une visite de trois jours en Espagne, c’est avec ce clin d’œil historique que titrait le quotidien Expansion: l’expression paraphrase un célèbre film du cinéaste espagnol Berlanga, «bienvenue Mister Marshall», en référence à l’aide américaine dans les années 50. En ce début du XXIe siècle, alors que l’économie espagnole est la cible des marchés financiers, au bord d’un repêchage par Bruxelles, «Mister Li» apporte au pays un soutien salvateur, comme il l’a déjà fait pour la Grèce et le Portugal. «Nous avons pleinement confiance dans le marché financier espagnol, ce qui s’est déjà traduit par l’acquisition de sa dette publique, action que nous poursuivrons à l’avenir», signe dans El Pais le dirigeant chinois.

Car, en marge de la délégation d’entrepreneurs qui l’escortent pour signer quelque 14 accords commerciaux (pour l’équivalent d’un milliard d’euros), tel est bien le sens de la visite de Li Keqiang: se porter garant de la dette publique espagnole qui, ces derniers mois, est dans la ligne de mire des investisseurs; et, par extension, de la solidité de la 4e économie de la zone euro, utile pour la croissance chinoise. Les promesses de Pékin sont prises ici au sérieux. En deux ans, la Chine a acquis 43 milliards d’euros de dette publique espagnole – contre seulement 5 milliards d’euros en 2008. Aujour- d’hui, le géant asiatique possède 20% des bons du Trésor espagnol placés dans des mains étrangères, alors qu’en 2005 cette part n’atteignait que 5%. A en croire El Economista, les réserves chinoises constituent le triple de la dette publique espagnole en circulation.

Avec un tel rapport de forces, il n’est donc pas étonnant qu’hier, Li Kediang ait été l’objet de tous les honneurs, successivement reçu par la ministre de l’Economie, José Luis Zapatero, le couple royal et une cohorte de banquiers des plus influents. Attendu comme le Messie, «Mister Li» a aussitôt fait sentir son impact positif. Depuis lundi, pour la première fois depuis longtemps, la prime de risque souveraine de l’Espagne a enregistré une baisse. Le gouvernement Zapatero peut, à juste titre, pousser un soupir de soulagement: la Banque centrale européenne, la BCE, a réduit fin décembre ses achats de dette publique des Etats membres; surtout, en 2011, Madrid doit refinancer une bonne partie de sa dette, tout en réduisant son déficit public sous la barre des 5% .

Or, il s’agit d’un exercice des plus délicats, alors que son économie continue de susciter la méfiance des marchés financiers, et que la grogne sociale ne cesse d’augmenter – la réforme des retraites, avec le départ légal de 65 à 67 ans, doit être votée à la fin du mois. «Nous appuyons les réformes espagnoles», a souligné hier Li Keqiang. Ce qui, pour Zapatero, veut bien sûr dire que s’il entend s’assurer le soutien financier de Pekin à l’avenir, il doit poursuivre la cure d’austérité entamée en juin 2010 avec la baisse de salaires des fonctionnaires (de 5%) et le gel des retraites. De son côté, Li Qeqiang ne cachait rien, hier, de son sentiment de toute-puissance vis-à-vis de l’Espagne, pays qui exporte pour 2 milliards d’euros à la Chine, face à un volume d’importations sept fois supérieur: «Si chaque Chinois consommait une bouteille d’huile d’olive, la production nationale espagnole n’y suffirait pas.»

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