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Algérie mercredi 18 janvier 2012

Un chef d’une ONG genevoise arrêté à Paris

Mourad Dhina a fondé Rachad, un mouvement d’opposition algérien. (Reuters)

Mourad Dhina a fondé Rachad, un mouvement d’opposition algérien. (Reuters)

Mourad Dhina dirige la fondation Alkarama. Suspecté d’activités terroristes par Alger, il risque l’extradition

Pour quelle raison le directeur exécutif d’une ONG en vue à Genève est-il en prison à Paris, menacé d’une extradition vers l’Algérie? Mourad Dhina, ressortissant algérien résidant en Suisse, a été arrêté lundi à 11 h 30 à l’aéroport d’Orly alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Genève.

«Il a été arrêté parce qu’il est un opposant de longue date du gouvernement algérien. La France a cédé à la pression d’Alger», s’insurge Michael Romig, porte-parole d’Alkarama. Cette fondation, dont le travail est respecté dans le milieu genevois des ONG, en dépit du flou qui entoure ses connexions islamistes, a été créée en 2004 pour documenter les cas de violations des droits de l’homme dans le monde arabe. Mourad Dhina l’a rejointe en 2007. La même année, il fondait Rachad, un mouvement qui fédère des opposants au régime du président algérien Abdelaziz Bouteflika exilés au Royaume-Uni, en Allemagne et en Suisse.

Mardi dans l’après-midi, il était présenté devant le parquet général de Paris, puis placé en détention par un juge de la Cour d’appel. Il a été interpellé à la demande d’Alger, qui a dorénavant un mois pour formaliser sa demande d’extradition. Selon une source judiciaire française, la demande d’arrestation de Mourad Dhina remonte à 2003, pour des motifs liés à des activités terroristes entre 1997 et 1999.

Arrivé en Suisse en 1987, ce physicien nucléaire, diplômé du MIT, a enseigné à l’EPFZ et travaillé au CERN pendant plusieurs années. Il entre dans les radars de la police suisse en 1993, alors que la France le soupçonne d’être impliqué dans un trafic d’armes qui aurait transité par les bords du Léman. Au moment où Paris veut l’arrêter, il se serait envolé au Soudan pour assister à une conférence de l’ancien islamiste soudanais Hassan al-Tourabi. Mourad Dhina est décrit par une source du Temps comme un penseur de l’islam fondamentaliste, extrêmement intelligent et très bien connecté avec des groupes islamistes violents et notamment des membres du Groupe islamiste armé (GIA) algérien, qu’il aurait rencontrés.

La Suisse n’est jamais parvenue à étayer formellement les soupçons qui pesaient sur lui. Entre 2002 et 2004, il endosse un rôle plus politique et devient le porte-parole du Front islamique du salut (FIS) en exil. Mourad Dhina s’est vu refuser deux demandes d’asile par Berne. N’ayant jamais été régularisé, il résiderait toujours en Suisse au titre d’une admission provisoire.

Recherché depuis tant d’années par Alger, pourquoi Mourad Dhina n’a-t-il été arrêté que maintenant? L’ONG Alkarama s’étonne: ce n’est pas la première fois que son directeur se trouve à Paris, il s’y est même rendu régulièrement ces derniers mois. La demande d’arrestation de Mourad Dhina aurait de nouveau été exprimée par Mourad Medelci, le ministre algérien des Affaires étrangères, lors d’une récente visite en France, d’après un communiqué de Rachad, qui «condamne cette arrestation à caractère politique».

L’Algérie traverse actuellement un contexte politique tendu, à l’approche des législatives d’avril prochain et alors que le pays s’apprête à fêter le cinquantenaire de son indépendance. Une loi sur les partis votée en décembre par l’Assemblée nationale algérienne vise à empêcher le retour des membres de l’ex-FIS sur la scène politique . Le mouvement Rachad n’en donne pas moins de la voix en critiquant férocement le régime sur son site internet. «Rachad a pris de l’ampleur ces derniers mois, note Michael Romig. Le gouvernement algérien se rend compte que les mouvements islamistes ont de plus en plus de pouvoir, non seulement à l’intérieur du pays, mais aussi ailleurs dans le monde arabe.»

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