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Management vendredi 30 septembre 2011

Comment faire son choix parmi la pléthore de diplômes MBA

(Dessin original de Denis Kormann)

(Dessin original de Denis Kormann)

Les Masters of Business Administration foisonnent en Suisse romande. Les classements internationaux ignorent la grande majorité de l’offre

Vous voulez décrocher un nouveau poste ou de nouvelles responsabilités. Vous envisagez de suivre un Master of Business Administration (MBA) pour donner des ailes à votre carrière… Rien qu’en Suisse romande, vous avez l’embarras du choix: 38 programmes au total.

Logiquement, vous vous tournez vers les classements, ces fameuses listes qui décident de la renommée d’un établissement. Mais auquel se fier? Shanghai, Financial Times, The Economist, QS, Times Higher Education, Ed Universal, Forbes, Newsweek , pour n’en citer que quelques-uns. Parmi ces classements, certains se limitent à trier les universités dans leur ensemble, comme celui de Shanghai, quelle que soit la matière enseignée. Les meilleures écoles de management se retrouveront après des écoles techniques qui regorgent de Prix Nobel.

Prenons donc les classements qui se limitent aux MBA et au Business School. A leur lecture – comble de la frustration – vous n’allez retrouver, la plupart du temps, qu’un seul établissement suisse: l’IMD. 2e Business School européenne, selon The Economist , 1re selon Forbes , 8e selon QS , 4e selon le Financial Times . La réputation se répercute forcément sur les prix: leur Executive MBA coûte 126 000 francs, contre 30 000 pour la moyenne suisse.

D’autres établissements helvétiques apparaissent dans l’un ou l’autre de ces classements. HEC Saint-Gall, par exemple, est considérée comme la 2e meilleure école de management de Suisse (16e en Europe) par le Financial Times . HEC Lausanne comme la 3e (56e en Europe). QS cite aussi la Business School de Lausanne, l’European University et l’Université de Genève (pour son MBA in international organisations) parmi les 100 meilleurs programmes européens. Selon le classement Ed Universal, l’IMD et Saint-Gall sont les seules écoles helvétiques à la réputation internationale («major international influence»). Mais HEC Lausanne et Genève sont aussi connues à l’étranger («internationaly known»). Tandis que l’International University in Geneva et l’International Institute of Management in Technology de l’Université de Fribourg feraient partie des écoles connues au niveau national ou qui possèdent des liens continentaux («nationally strong and/or with continental links»), estime la société de conseils française SMBG, qui édite le palmarès.

Ces classements, qui se concentrent sur des critères arbitraires (le nombre de publications dans des revues anglophones ou le salaire des alumni par exemple), ignorent la très grande majorité de l’offre romande. A titre d’exemple, la société QS se limite à analyser les 200 écoles les plus citées par les employeurs des quatre coins du monde. Seuls 14% d’entre eux sont européens. Autant dire que les MBA romands leur sont pour la plupart inconnus.

Puisque les classements internationaux ne peuvent donner un éclairage précis sur l’offre nationale, certains médias locaux se sont jetés sur le créneau. Le Nouvel Observateur , par exemple, publie tous les deux ans un classement des écoles de commerces françaises. Cinq à six employés s’y consacrent à plein temps pendant deux à trois mois.

Mais quels que soient les médias, leurs classements sont souvent fustigés par les institutions en question. «Ils répondent à la demande des lecteurs, qui souhaitent des résultats aussi nettement différenciés que des scores sportifs, comme dans une sorte de jeu-spectacle, même au risque de simplification excessive ou de pseudo-précision», s’emporte le conseil scientifique du Forum des classements des universités suisses.

Reste qu’en Suisse, les étudiants sont livrés à eux-mêmes. Les universités helvétiques ont bien participé pendant deux ans au classement allemand CHE, en 2005 et 2006, mais la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS) a décidé de ne plus prendre part à ce «ranking». «Il ne tenait pas compte des différences culturelles et linguistiques», explique Raymond Werlen, secrétaire général adjoint de la CRUS.

La Suisse avait également initié la «Champions League», une enquête bibliométrique des institutions du monde. Mais des erreurs techniques ont eu raison de l’étude il y a près de 10 ans. «Elle n’était de toute façon pas très utile pour les étudiants puisqu’elle se limitait à la bibliométrie!» ajoute Raymond Werlen.

Pour le représentant de la CRUS, «un ranking n’est pas utile au niveau national. En Suisse, les candidats peuvent trouver toutes les informations nécessaires sur les cursus, ce n’est pas comme si vous vouliez aller étudier à Singapour et que vous ne connaissiez par leur système. Pour choisir une formation, ici, il est plus utile de se renseigner auprès d’anciens étudiants que de savoir qu’un Prix Nobel enseigne dans l’Université (ndlr: comme le mesure le classement de Shanghai).»

Même conseil au Secrétariat d’Etat à l’éducation et à la recherche: «Regardez attentivement les programmes, puis allez sur les forums en ligne pour en discuter avec des alumni », recommande Isabelle Maye, conseillère scientifique. Reste que pour les recruteurs, la réputation de l’école demeure un facteur essentiel. «Il y a 20 ans, il n’y avait que quelques écoles connues qui proposaient des MBA. Depuis, les programmes se sont multipliés, le titre s’est démocratisé… presque trop. Aujourd’hui, il est à la portée de tout le monde. Donc la réputation de l’école, comme celle de l’IMD, est déterminante pour faire la différence», prévient Dimitri Djordjèvic, directeur de Mercuri Urval en Suisse romande.

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