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France samedi 14 avril 2012

A Marseille, Mélenchon croit en sa «Bonne-Mère»

Joëlle Meskens

Jen-Luc Mélenchon n’a pas choisi Marseille par hasard pour achever une campagne dont il restera, quel que soit son score dimanche prochain, la révélation. (AFP)

Jen-Luc Mélenchon n’a pas choisi Marseille par hasard pour achever une campagne dont il restera, quel que soit son score dimanche prochain, la révélation. (AFP)

A la veille des deux méga-meetings parisiens de François Hollande et Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon a réussi samedi une nouvelle démonstration de force sur une plage de Marseille

Des milliers de drapeaux rouges balayés par le vent. Et autant d’affiches où l’on peut lire: «Prenez le pouvoir». La foule scande à tout rompre: «Résistance, résistance». «Nous sommes le peuple!», hurle la jeune communiste Clémentine Autin à la tribune installée face à la mer, seule touche azur dans une marée écarlate. Après avoir «pris» la Bastille, le mois dernier à Paris, puis le Capitole il y a une dizaine de jours à Toulouse, Jean-Luc Mélenchon a renouvelé son pari, samedi après-midi, sur la plage ensoleillée du Prado, à Marseille. Décor spectaculaire pour un meeting politique, à cent lieues des hangars impersonnels et confinés des parcs d’expo et autres palais des congrès.

Le candidat du Front de gauche qui, le premier, avait eu l’idée des meetings en plein air, n’a pas défilé dans la très chic avenue du Prado, où les sièges cossus des banques se succèdent les uns après les autres. Le maire de la cité Phocéenne, Jean-Claude Gaudin, lui en avait refusé l’accès. Mais accueilli par une déferlante de militants, syndicalistes, familles ou groupes de jeunes, le tribun s’est régalé de faire cette nouvelle démonstration de force à une semaine du premier tour de la présidentielle. «Nous sommes cent mille!» veulent croire les organisateurs devant le public en délire.

«Comme vous êtes émouvants! Comme vous êtes grands!», entamme le tribun. «Je suis venu, comme vous, recevoir le baiser de la Méditerranée et de notre Bonne-Mère (Notre-Dame de la Garde) à tous!». La voix de Mélenchon s’étrangle, comme galvanisée par sa propre histoire. Il n’a pas choisi Marseille par hasard pour achever une campagne dont il restera, quel que soit son score dimanche prochain, la révélation. «Ecouter le murmure de l’histoire!», poursuit celui qui est né à Tanger, au Maroc, et qui a confié un jour que son premier voyage en cas de victoire serait pour l’Algérie. C’est un plaidoyer pour la richesse du métissage qu’il livre. Un discours qui se veut l’exact opposé de celui de Nicolas Sarkozy sur l’homme africain à Dakar en 2007 ou de cet autre, prononcé lui aussi par le président, à Grenoble, lorsqu’il avait assimilé délinquance et immigration en 2010.

«Marseille est la plus française des villes de notre république! Nous refusons l’idée morbide et paranoïaque du choc des civilisations! Le socle de la patrie est dans la Méditerranée. Les peuples du Maghreb sont nos frères et nos sœurs. Il n’y pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb!», lance, avec des accents presque gaulliens, celui qui rêve de dépasser le Front national de Marine Le Pen pour s’imposer comme le troisième homme de la présidentielle. La foule scande: «Tous ensemble, tous ensemble!»

Dans un parterre aux allures de manifs voire de festival de rock, la foule exulte. Elisabeth est venue du Lot et Garonne. Cette quadra qui travaille dans une crèche, est venue le matin même en voiture. Comme elle s’était déjà rendue à Paris puis au Capitole, à Toulouse. Crevée, mais elle ne voulait pas rater ce nouveau rendez-vous avec celui qui lui a redonné l’espoir. «Casse-toi pov’con», peut-on lire sur les T-shirts qu’elle vend aux militants. Juste de quoi payer l’essence pour participer au «Melenchon-tour». «Au départ, on a fondé cette association «Casse toi, pov’con» pour inciter les jeunes à voter et à virer Sarkozy,», dit-elle. «Mais au fur et à mesure de la campagne, on a senti qu’une vraie vague montait. Le but, c’est que le 6 mai, après le second tour, notre association puisse se dissoudre», explique-t-elle. «Mais notre élan va bien au-delà. Cette campagne a fait naître un vrai espoir. Une autre gauche est possible!» Stéphane, la vingtaine, a fait des centaines de kilomètres en autocar pour venir. «J’étais là à la Bastille, aussi», dit-il. «J’en ai pleuré», avoue ce grand gosse.

Utopistes? Les partisans de Jean-Luc Mélenchon s’en défendent. «François Hollande dit qu’il veut être le candidat du possible, et pas du souhaitable. Nous, on dit que le possible doit être souhaitable! En mai 68, c’était pas ça, le slogan? Soyons réalistes, demandons l’impossible?», interroge ce jeune dont les parents n’étaient peut-être même pas en âge de connaître les barricades.

Les partisans de Mélenchon accusent le système médiatique de réduire leur leader à un populiste. Le salaire minimum (smic) à 1700 euros, la nationalisation des banques, la planification écologique? Ils veulent y croire. Et qu’on ne leur dise pas que le programme ressemble à celui de 1981, quand Georges Marchais titillait déjà François Mitterrand. «Eteignez les télés, achetez l’Humanité!», répond comme en écho un crieur. Les médias n’ont pas bonne presse auprès des militants du Front de gauche. Il faut dire que les journalistes sont parmi les cibles préférées de leur champion. «Qu’on arrête de me ramener à l’Union soviétique et à Cuba», avertit Jean-Luc Mélenchon. «Tout cela, c’est pour occulter le hold-up permanent du pays par les puissants!».

«Nous sommes la renaissance de la gauche», veut croire Jean-Luc Mélenchon. Cheich rouge autour du cou, Pierre Laurent, le leader du Parti communiste, boit du petit lait. Grâce à l’ancien ministre socialiste et à son charisme qui a su capter la colère du temps, il pourrait ranimer un parti qui semblait hier encore moribond. Le PCF avait fait moins de 2% à la présidentielle de 2007. Jean-Luc Mélenchon reste crédité de 13 à 17% dans les sondages…

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