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italie jeudi 01 mars 2012

Radicalisation sur la ligne TGV Lyon-Turin

La contestation qui dure depuis des années, dans le Piémont, représente désormais une menace très sérieuse du point de vue de l’ordre public, selon les services de renseignement italiens

«Ils sont déterminés à résister à outrance.» Il y a quelques jours, à l’occasion de la présentation de leur rapport annuel, les services de renseignement italiens avaient mis en garde les autorités de Rome. Au-delà des menaces représentées par les groupes terroristes traditionnels ou encore les organisations mafieuses, la contestation qui dure depuis des années dans la vallée de Suse, dans le Piémont, contre la construction de la ligne TGV entre Lyon et Turin représente désormais une menace très sérieuse du point de vue de l’ordre public: autour du chantier, «les groupes antagonistes et anarcho-insurrectionnels se mobilisent», indique le rapport.

Activiste dans le coma

De fait, le mouvement populaire et en grande partie pacifique est en train de dégénérer, notamment depuis la chute, lundi, d’un opposant historique au TGV d’un pylône électrique. Luca Abbà, âgé de 37 ans, est tombé, électrocuté, d’une hauteur de dix mètres, alors qu’il tentait de hisser un drapeau pour annoncer aux autres contestataires l’arrivée dans la vallée des forces de l’ordre venues pour entamer les procédures d’expropriation des terrains. Luca Abbà a été placé en coma artificiel.

L’annonce de cet accident s’est diffusée comme une traînée de poudre dans toute la Péninsule provoquant des manifestations spontanées. A Milan, environ 500 personnes se sont affrontées avec la police et, à Rome, le trafic ferroviaire a été interrompu. «Nous voulions la paix et voilà la récompense, les choses vont changer», a averti en substance l’un des activistes. Mercredi, la tension est encore montée d’un cran. Deux journalistes ont été violemment pris à partie et, dans la nuit de mardi à mercredi, trois voitures ont été brûlées et les forces de l’ordre ont chargé hier après-midi pour libérer l’accès à l’autoroute A32 qui relie Turin à Bardonecchia et qui était bloquée depuis deux jours par les manifestants.

Alors que l’Italie a toujours en mémoire les «années de plomb» et du terrorisme il y a une trentaine d’années, le ministre de l’Intérieur, Annamaria Cancellieri, invite «au dialogue» tout en affirmant que sur certaines questions «il faut une fermeté absolue». De son côté, le ministre des Transports et des Infrastructures, Corrado Passera, a estimé que les «travaux devaient se poursuivre» et que le projet de TGV Lyon-Turin qui devrait relier les deux villes en deux heures (contre quatre actuellement), avec notamment un tunnel de 7 km dans la vallée, devait aller de l’avant. Au niveau national et régional, le chantier est soutenu par une grande partie des forces politiques. Mais au niveau local, l’opposition à ce projet «inutile et coûteux» (20 milliards d’euros) reste très forte et toute une frange de la gauche radicale italienne a fait de ce combat un enjeu symbolique.

En réponse, la droite populiste multiplie les provocations. L’ancien garde des Sceaux Roberto Castelli (Ligue du Nord) a par exemple estimé que Luca Abbà «l’avait bien cherché». Les opposants pacifiques au TGV dans la vallée de Suse craignent désormais d’être pris au piège de la radicalisation et de la violence.

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