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8 mars jeudi 08 mars 2012

Le Salon de la femme

Un modèle de femme trophée, présent sur les stands de chaque marque. Genève, 7 mars 2012 (Eddy Mottaz)

Un modèle de femme trophée, présent sur les stands de chaque marque. Genève, 7 mars 2012 (Eddy Mottaz)

La Journée internationale des droits de la voiture s’ouvre, alors que se tient à Genève l’une des plus importantes expositions de femmes du monde

Chaque année, à l’occasion du 8 mars, une association de constructeurs automobiles organise une formidable exposition de femelles à Palexpo. Formes généreuses, cambrures marquées, cheveux longs quasi généralisés, ce Salon de la femme 2012, qui s’ouvre en temps de crise, semble miser sur les valeurs sûres et consacre la féminité dans sa conception la plus classique.

Côté mise en scène, c’est la surenchère. Les constructeurs rivalisent d’imagination pour présenter les modèles de femelles qu’ils mettront sur le marché ces prochains mois. Plateformes tournantes, écrans géants et sonorisation fracassante, les femmes apparaissent en majesté dans des écrins rutilants et high-tech.

Rendez-vous incontournable des amateurs de nénettes venus de la Suisse entière et des environs, le Salon de la femme n’en est pas moins un sujet de polémique récurrent. En effet, la femme étant un centre d’intérêt essentiellement masculin, la plupart des marques cherchent à attirer les regards en plaçant des voitures faire-valoir à côté de leurs objets sexuels. Les associations d’automobilistes déplorent l’instrumentalisation de la voiture aux fins de commercialisation des femmes. Mais les clichés sont tenaces. Même si certaines marques cherchent à moderniser leur image en s’adressant aussi aux passionnés d’automobile, ces derniers ne manquent pas, chaque année, de dénoncer le rôle dégradant tenu par les voitures dans ce salon. Mais trêve de polémique, passons à la visite guidée.

Pour mieux apprécier le Salon de la femme, il faut comprendre que chaque stand présente trois types de créatures: la femme trophée, la femme attentionnée et la femme nettoyante. Soit les trois fonctions les plus demandées aujourd’hui sur le marché.

La première est un produit de luxe. En général, la jambe est longue, le cheveu aussi, le décolleté généreux et la fesse moulée. Le tout accessoirisé au minimum avec des escarpins à talons, des bottes ou des cuissardes, parfois avec des lunettes de soleil, ou encore, comme on a pu l’observer chez la marque italienne Abarth, un sac à main géant de pimbêche et des bijoux bling-bling. Comme de bien entendu, le fond de teint est épais, rouge à lèvres et fards à paupières cohabitent en abondance, défiant courageusement les règles élémentaires du bon goût. Car ce n’est pas le naturel qui est recherché, mais bien l’hyperbole. Et la résistance aux flashs photographiques, aussi, puisque la femme trophée a pour fonction principale de poser. Affichant le fameux regard un peu par en dessous, appuyé par la bouche en cul-de-poule qui fait la moue boudeuse, la femme trophée est le modèle le plus silencieux qui se trouve aujourd’hui sur le marché, bien qu’il soit le moins économique. Relevons que de tels spécimens sont présents chez toutes les marques, mais sont particulièrement outrés chez les constructeurs italiens (Maserati, Alpha Romeo, Lancia, Lamborghini). Même si les femmes trophées les plus spectaculaires (drapés dos nus, seins apparents sur le côté, dentelle noire) se trouvent là où on ne les attend pas, sur le stand de Nissan.

Relevons l’effort d’innovation chez Seat, qui propose cette année, en exclusivité mondiale, un modèle hors catégorie: la femme qui ne sert vraiment à rien. Il y en a deux, posées sur des sortes de mono-échasses à bascule en forme de sucette géante, qui se balancent à trois mètres du sol en agitant les bras.

La femme attentionnée, elle, est une catégorie moins flamboyante, mais reste le cœur du marché, une valeur sûre. Sur les stands comme dans la vie en général, ce genre de femelle est bien plus répandu que le précédent, parce que plus fonctionnel. Souriante, aimable, multilingue, son rôle est de venir en aide, d’orienter, de distribuer de la documentation. Physique rassurant, tenue sobre généralement monochrome, jolie mais pas renversante, la femme attentionnée présente un look qui s’adapte au positionnement et à la provenance de sa marque. Par exemple, Renault produit des brunes parfaitement ordinaires, emballées dans des tenues aux formes fluides, mais aux couleurs acides, jaune ou turquoise. Un choix vestimentaire alliant pragmatisme et modernité. Jaguar expose des femmes attentionnées dont le physique rivalise avec celui des femmes trophées, mais les habille d’élégantes robes-tailleurs gris taupe pour mettre leur plastique spectaculaire en sourdine. Volvo, un constructeur suédois, expose de très grandes femmes blondes dans des robes bleu ciel sur un stand orné de mobilier design en bois. Venant d’un pays où l’égalité des sexes est fort avancée, la marque expose aussi de grands hommes blonds (ce qui est un peu bizarre dans une exposition de femmes, mais bon). Mini, une marque appartenant à BMW mais qui revendique ses origines britanniques, expose des petites brunes à franges, ornées de l’Union Jack en foulard, de pantalons slim rouges et t-shirts pseudo-punks. Smart, enfin, offre de petites femmes blondes en baskets blanches et tenues à motifs vert fluo. Jeune, résolument jeune.

Mais le Salon de la femme ne serait rien s’il n’exposait pas aussi un type de femelle plus discret mais combien plus utile: la femme nettoyante. Son mot d’ordre est discrétion. Tenue noire, chaussures plates, physique robuste, on ne la remarquerait pas si elle n’avait en permanence à la main les accessoires qui sont sa raison d’être: spray javel, chiffon, plumeau et serpillière. Sur tous les stands, la femme nettoyante se jette sur tout ce qu’elle peut briquer, frotter, astiquer ou lustrer, avec une efficacité remarquable à plein régime.

Gageons que les amateurs, cette année encore, ressortiront troublés de ce 82e Salon de la femme. En effet, comment choisir? La femme parfaite, à la fois spectaculaire, bienveillante et nettoyante n’est pas encore d’actualité. Même les plus fortunés, qui peuvent se permettre d’en posséder plusieurs, ne sauront où donner de la tête. Les marques rivalisent d’arguments concurrentiels dans ce marché saturé. En effet, les femelles sont déjà près de 3,5 milliards en circulation dans le monde! Car rappelons-le, les femmes représentent la moitié de l’humanité.

C’est peut-être en fonction de son budget que l’acheteur se décidera, sachant que la gamme des prix affichés s’étend de 7000 à plus de 2 millions d’euros. Quand on pense qu’il n’y a pas si longtemps, une femme s’échangeait encore contre 3 vaches et 2 chèvres, on mesure à quel point sa condition a progressé.

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