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Editorial mardi 21 février 2012

Sentinelles de la révolution

Par Angélique Mounier-Kuhn

Un peu plus d’un an après la fuite de Ben Ali, les Tunisiens apparaissent extraordinairement pressés de récolter les fruits de leur révolution

Un peu plus d’un an après la fuite de Ben Ali, les Tunisiens apparaissent extraordinairement pressés de récolter les fruits de leur révolution. Tous les fruits, même les plus improbables: l’inclination des uns, une minorité mal vue de ses concitoyens, à provoquer au nom du salafisme; l’ardeur des autres à exiger un travail, ou une revalorisation salariale, en un claquement de doigts, et celle d’autres encore à diffamer la troïka au pouvoir dans la presse nouvellement libérée.

Au cours des treize derniers mois, les sit-in, les grèves et les mobilisations sociales en tout genre se sont multipliés au point d’entraver très sérieusement le fonctionnement d’une économie déjà grippée par l’incertitude.

A l’ère nouvelle de la parole déliée, les Tunisiens réclament, protestent, s’irritent et vitupèrent. C’est déroutant, de prime abord. Comment un peuple, qui a manifesté autant de courage, de maturité et de raison à l’heure de conquérir sa liberté, peut-il impétueusement verser dans la critique systématique alors que l’essentiel, l’Etat de droit, reste encore à édifier? Comment peut-il ne pas consentir à donner du temps à la transition et à l’élaboration de la nouvelle Constitution? Ne pas admettre que pour les nouveaux responsables politiques, qui ont passé parfois plus d’une décennie en prison ou en exil, l’apprentissage démocratique est forcément tâtonnant, susceptible d’atermoiements, de maladresses et même de bévues.

Il ne le peut pas parce que la frustration accumulée durant les décennies de plomb se déverse en un torrent d’impatience. Cette véhémence, pour aussi désarçonnante qu’elle soit, est capitale. Les dix millions de Tunisiens sont autant de sentinelles érigées contre le risque de retour en arrière. Floués et rudoyés sous l’ancien régime, ils ne laisseront plus rien passer qui compromette leur rêve, payé du sang des martyrs révolutionnaires, d’une vie meilleure. Leur avidité de changement offre une solide garantie: celle que la révolution, à ce jour la première et la plus avancée du monde arabe, finira par arriver à son terme.

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