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union européenne jeudi 19 janvier 2012

Match nul entre Viktor Orban et les eurodéputés

Le premier ministre hongrois a esquivé les attaques au Parlement européen de Strasbourg, tout en promettant de changer les lois controversées récemment votées dans son pays

On s’attendait à l’affrontement. Mais, une fois de plus, Viktor Orban s’est tiré d’affaire à coups d’ambiguïtés et d’un zeste d’humilité. Accusé par plusieurs ténors du Parlement européen de suivre le modèle autoritaire du Vénézuélien Hugo Chavez ou du Cubain Fidel Castro, le premier ministre hongrois n’a pas répliqué et a promis d’examiner les reproches qui lui sont faits, d’ici à sa rencontre avec le président de la Commission, José Manuel Barroso, le 24 janvier à Bruxelles.

Pendant trois heures de débats mardi à Strasbourg, l’homme fort de Budapest a au contraire écouté une majorité d’eurodéputés réitérer leurs critiques envers son gouvernement et sa surenchère populiste. «Soyez rassuré, j’ai déjà perdu des élections et je reste l’ami de la concurrence politique», s’est même permis de répliquer à la fin, calmement, l’ancien dissident devenu le héraut d’un nationalisme chrétien peu compatible avec les valeurs de tolérance et de démocratie de l’Union européenne.

Plus que le cas spécifique de la Hongrie, contre laquelle la Commission a déclenché hier trois procédures d’infraction en menaçant d’aller plus loin encore, c’est au fond le risque de dérive d’un pays membre qui a été examiné. Au fil des interventions des eurodéputés, la liste des mesures constitutionnelles prises par l’administration Orban a démontré combien il est délicat, pour l’UE, de contrôler les abus législatifs d’un gouvernement titulaire fort d’une majorité absolue dans son parlement national.

«L’UE n’est pas un paillasson»

«Vous menez une politique mortifère pour la démocratie, qui s’assimile à la tyrannie majoritaire», a dénoncé l’ancien chef de la diplomatie belge Louis Michel. Les rares partisans de Viktor Orban se sont efforcés, eux, de dépeindre les critiques comme des discriminations anti-hongroises alors que le pays est en grande difficulté et demande des prêts internationaux. Un biais vertement rejeté par l’un des critiques les plus virulents de l’homme fort de Budapest, Daniel Cohn-Bendit, très remonté contre le silence gêné du Parti populaire européen (conservateur), première force politique à Strasbourg, dont le Fidesz de Viktor Orban est membre: «L’Union n’est pas un paillasson, mais une maison commune», a tonné l’eurodéputé vert.

La tactique du premier ministre hongrois, éprouvée, a consisté à faire face, à rappeler en permanence ses excellents scores électoraux, et à promettre que des réponses peuvent être apportées «facilement et rapidement» aux différends juridiques avec Bruxelles. Viktor Orban ne s’est ainsi pas opposé à ce qu’une éventuelle mission de la Commission des libertés civiles de l’Europarlement se rende à Budapest pour examiner si la politique de son gouvernement enfreint l’article 2 du Traité de Lisbonne énonçant les principes fondateurs de l’UE. Des pourparlers ont en outre déjà démarré entre le Ministère hongrois de la justice et les services de la commissaire Viviane Reding.

Habile, Viktor Orban a aussi rappelé l’attachement de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union, à une «démocratie européenne chrétienne», cherchant ainsi à justifier l’accent mis sur les références au christianisme et à Dieu dans la nouvelle Constitution hongroise controversée. «Nous avons des sentiments chrétiens, nous pensons que le sentiment de faire partie d’une Nation est important et que la famille est importante», a-t-il déclaré. En ajoutant crânement: «Peut-être sommes-nous en minorité avec cette position en Europe, mais nous avons la liberté de la représenter.» Symbole de ce fossé: un des problèmes soulevés par la Commission, et sur lequel Viktor Orban entend tenir bon, est l’obligation faite au futur président de la Banque centrale hongroise de prêter serment à la Constitution.

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