Texte - +
Imprimer
Reproduire
France vendredi 13 avril 2012

La lutte pour la troisième place

Par ses accents hugoliens, Jean-Luc Mélenchon a réveillé le peuple de gauche. (Keystone)

Par ses accents hugoliens, Jean-Luc Mélenchon a réveillé le peuple de gauche. (Keystone)

Jean-Luc Mélenchon pourrait devenir le troisième homme de l’élection française. François Bayrou, la surprise de 2007, est distancé. Son discours alarmiste sur la situation financière de la France ne porte pas

Qui fera office de trouble-fête? Qui sera le troisième personnage de l’élection présidentielle française? Un homme ou une femme? Au vu des sondages, à 10 jours du premier tour, la place se joue entre le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, et la présidente du Front national, Marine Le Pen, désormais au coude-à-coude dans les intentions de vote. Le centriste François Bayrou, qui perd du terrain, espère encore une remontée.

Porté par une forte dynamique, l’homme à la cravate rouge constitue la surprise du moment: un «phénomène Mélenchon» est en marche. Parti avec 5 à 7% d’intentions de vote au premier tour, l’ancien sénateur socialiste a grimpé entre 13 et 15%, occupant dans plusieurs enquêtes la troisième place derrière Nicolas Sarkozy et François Hollande. Ses meetings font le plein, à Paris, Toulouse, Lille ou ailleurs. Samedi prochain à Marseille, sur la plage du Prado, le tribun devrait à nouveau battre des records d’affluence. Le Parti communiste en est redynamisé, la gauche radicale requinquée, le Parti socialiste un peu sonné (lire ci-dessous).

Une vague rouge pourrait ainsi repousser la vague bleu marine qui s’annonçait. C’est le deuxième duel de la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon met un point d’honneur à démontrer que Marine Le Pen incarne toujours l’extrême droite et qu’elle ne défend pas les ouvriers. Et il a un but avoué: récupérer l’électorat populaire tenté par le vote FN pour dépasser la candidate frontiste au premier tour.

La présidente du FN se situe désormais entre 13 et 16% d’intentions de vote. Elle a perdu du terrain depuis l’époque où elle caracolait à 20 ou 21% dans les sondages, à quelques points sous Nicolas Sarkozy. A ce moment-là, les analystes estimaient qu’elle était à même de rééditer l’exploit de son père en 2002: éliminer l’un des deux principaux concurrents et figurer au second tour. Le risque semble désormais écarté. En droitisant son discours, en l’axant sur l’immigration, les insuffisances de Schengen ou la lutte contre l’islamisme radical, Nicolas Sarko­zy a attiré vers lui, comme en 2007, une partie des électeurs FN. Mais les sondeurs restent prudents: «On ne sait pas très bien où en est Marine Le Pen, car on n’est pas sûr de savoir mesurer les intentions de vote en sa faveur avec exactitude», confie Roland Cayrol, le fondateur de l’institut CSA. Dans Le Monde du 13 avril, la fille de Jean-Marie Le Pen dit se voir «à plus de 20%». Elle pense toujours arriver en deuxième position.

Quand au troisième homme de 2007, François Bayrou, il est parti en décembre sur une dynamique favorable. Mais, depuis l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, il ne parvient plus à réellement faire entendre sa voix dans une campagne bipolarisée (lire ci-dessous). Il se situe entre 10 et 12% d’intentions de vote et «ne remontera pas», selon Emmanuel Rivière, de TNS Sofres. Son discours axé sur le «made in France» – alors qu’il se présentait comme proeuropéen –, la dette et le nécessaire redressement financier n’est pas audible. Pourtant, ce n’est pas faute de prédire le pire à la France, qui est «dans un état critique, menacée par une crise profonde».

Reproduire
Texte - +