Texte - +
Imprimer
Reproduire
états-unis mercredi 03 mars 2010

Les «pro-gun» livrent une nouvelle bataille

La Cour suprême se penche sur le cas «McDonald contre Chicago» qui pourrait, selon la décision des juges, étendre le droit de posséder une arme à tout le pays

Le vieil homme s’exprime avec douceur. «Ce serait tellement plaisant si les républicains et les démocrates pouvaient se mettre à travailler ensemble pour le bien du pays.» «Je ne regarde pas la couleur des gens, poursuit cet homme noir aux cheveux grisonnants. Cela ne m’intéresse pas. Pas plus que la politique.» Une seule chose intéresse aujourd’hui Otis McDonald. Il veut pouvoir «dormir tranquille», sans craindre une irruption de malfrats à la nuit tombée. Et pour cela, il lui faut une arme à feu. Mardi, il l’a expliqué aux juges de la Cour suprême réunis à Washington pour le cas «McDonald contre Chicago». Le verdict ne tombera pas tout de suite. Mais les premières indications semblaient montrer qu’une majorité de la Cour est décidée à lui donner raison.

Tout jeune déjà, Otis McDonald passait des heures à chasser le lapin avec le vieux fusil de son père. Mais désormais établi à Chicago, il n’a plus le droit de posséder une arme. A l’image d’autres grandes villes américaines (comme New York), la métropole de l’Illinois a adopté, il y a vingt-huit ans, une législation restrictive sur la question, qui contraste avec le droit sacré des Américains inscrit dans la Constitution depuis plus de deux siècles. Le vieux Noir n’est pas un fou furieux militant dans les associations pro-gun. Mais il n’en est que plus utile au puissant lobby des armes à feu qui entend, à travers lui, remporter une nouvelle victoire dans sa course visant à étendre encore le port des armes.

Etats face aux droits fondamentaux

Les lois des villes et des Etats face aux droits fondamentaux garantis par la Constitution. Dans le système fédéral américain, la négociation n’a jamais été totalement tranchée, hésitant entre la méfiance des Etats et la redistribution des rôles héritée de la guerre civile. Aujourd’hui, la National Rifle Association (NRA) et ses amis entendent bien démontrer qu’aucune limite locale ne doit venir entraver le droit de porter une arme, à l’instar de la libre expression ou de la liberté de religion. Un avocat de la NRA, Paul Clement, lance à ce propos une comparaison osée: «La question est la même que pour l’usage de la contraception, affirme-t-il. Là aussi le sentiment de sécurité personnelle est en jeu. Et dans les deux cas, il s’agit de défendre une même liberté.»

Richard Daley, le maire de Chicago, n’est pas de cet avis, lui qui devrait faire face à la prolifération des armes à feu si les juges lui donnaient tort: «La ville est responsable pour les affaires de sécurité. Notre société est régie par les lois, et non par les armes. Si vous voulez une société de ce type-là, ce sera le chaos.»

Du point de vue légal, la question se complique encore par une décision de cette même Cour suprême qui, il y a deux ans, a donné tort à la ville de Washington dans une affaire similaire. A l’inverse de Chicago, la capitale de l’Union est cependant une sorte d’enclave, qui dépend du droit fédéral. Mais ce jugement est de nature à ouvrir la brèche, espèrent les pro-gun: depuis lors, ils ont porté l’affaire 190 fois devant la justice, dans l’attente que cette décision puisse s’étendre à toutes les villes du pays.

Mais autant que légale, la bataille est aussi politique. Depuis l’élection de Barack Obama, le nombre d’adhérents de la NRA aurait augmenté de plus de 30%. Les armureries du pays – surtout dans les supermarchés qui délivrent les armes et les munitions comme des petits pains – ont été prises d’assaut et sont souvent en rupture de stock. Le nouveau président est vu avec une extrême suspicion par les amateurs d’armes à feu, qui se préparent au pire: une offensive des démocrates contre les armes. Face à la force de frappe de ce lobby, qui peut faire et défaire les carrières politiques, le président ne bouge pas. Son silence à l’égard du cas «McDonald contre Chicago» a été jusqu’ici assourdissant.

Caractère «fondamental»

Selon la teneur des auditions de mardi, une majorité des juges semblait pencher en faveur du caractère «fondamental» du droit de porter des armes. D’aucuns semblaient cependant admettre que certaines régulations des autorités locales étaient possibles. Mais les juges se sont donné le temps de la réflexion. Leur décision ne tombera que dans quelques semaines.

D’ici là, pourtant, la bataille continue. A Walnut Creek, en Californie, les pro-gun se sont ostensiblement rendus ces derniers temps dans les cafés Starbucks avec leur arme chargée bien en vue, afin disent-ils «d’affirmer leur droit». Une campagne en forme de provocation face à laquelle Starbucks a abdiqué: tant qu’ils ne contreviennent pas aux lois, les clients armés sont les bienvenus, ont assuré les responsables de la chaîne.

Reproduire
Texte - +