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check-up samedi 18 février 2012

Faut-il renoncer aux vitamines?

De plus en plus d’études montrent que les suppléments de vitamines peuvent s’avérer néfastes pour la santé et même augmenter le risque de décès. Les vitamines sont pourtant nécessaires au fonctionnement de l’organisme. Explications

Dans la grisaille de l’hiver, les suppléments vitaminés semblent être là pour ensoleiller notre organisme. The Medical Letter du 20 janvier

2012 a passé en revue les travaux à disposition sur l’effet des vitamines et arrive à la conclusion contraire. Une importante étude a ainsi montré un taux de mortalité augmenté chez les personnes qui prenaient des suppléments multivitaminés. Quant à la vitamine E, fameuse pour son effet antioxydant, elle peut avoir un effet pro-oxydant, et provoque aussi une augmentation significative du risque de cancer de la prostate. Une méta-analyse montre également qu’une supplémentation en vitamine E est associée à un risque augmenté de décès. Et la vitamine C? Elle ne sert ni à prévenir les refroidissements ni à accélérer la guérison, ni à prévenir les cancers. Par contre, elle est toxique à haute dose. Alors les suppléments vitaminés, c’est fini? Réponses de Pauline Coti Bertrand, médecin associé au service de nutrition clinique du CHUV.

Le Temps: Les suppléments vitaminés peuvent-ils raccourcir l’espérance de vie?

Pauline Coti Bertrand: Tout à fait. Il y a une confusion entre le besoin en vitamines de personnes carencées et malades, et la population en bonne santé. Les premières ont besoin d’un apport spécifique, en lien avec leurs carences. Quant aux secondes, il leur suffit d’avoir une alimentation équilibrée. Les compléments disponibles en pharmacie et parapharmacie ont parfois un dosage 100 à 600 fois supérieur à nos besoins journaliers. Si on les prend pendant deux à trois jours, ce n’est pas grave, mais leur utilité reste à prouver.

Pris plus longtemps, c’est mauvais pour l’organisme. Or une étude française a montré que 23% des adultes et 12% des enfants prenaient des compléments de vitamines toute l’année.

– Comment des vitamines, indispensables à l’organisme, deviennent-elles toxiques en compléments?

– Lorsque les vitamines et les oligo-éléments sont absorbés dans l’alimentation, il y a toute une série d’interactions qui influencent leur absorption par l’organisme. Le calcium du lait est par exemple bien mieux absorbé que les compléments, probablement parce qu’il est ingéré avec de la graisse, des protéines et d’autres nutriments.

L’équilibre est extrêmement subtil. En fait, les suppléments de vitamines pourraient déséquilibrer nos voies métaboliques et stimuler particulièrement certaines d’entre elles. Alors que lorsque les vitamines sont prises sous forme alimentaire, l’équilibre semble respecté. C’est d’une immense complexité.

– Qu’entendez-vous par voies métaboliques?

– Il s’agit d’un gigantesque réseau qui permet d’apporter aux organes tous les nutriments dont ils ont besoin pour fonctionner. Ces différentes voies sont dépendantes les unes des autres, on ne sait pas comment elles communiquent. Mais on peut dire que les organes se «parlent» à travers elles. Notre organisme arrive à garder un équilibre constant, même lorsque certains nutriments manquent. Donc amener dans ce réseau des vitamines à hautes doses ne peut qu’être néfaste, comme le montrent de plus en plus d’études.

– Comment en est-on arrivé à cette foi dans les suppléments de vitamines?

– Lorsque l’on a découvert les bienfaits de l’alimentation méditerranéenne sur la santé, on a petit à petit réduit ce qui relevait d’un mode de vie à des nutriments. On a pensé qu’il suffisait de prendre des oméga-3, des antioxydants, pour prévenir cancer et problèmes cardio-vasculaires. Or le régime crétois est un tout, et peut-être que la sieste en est un des éléments essentiels! On ne peut compenser notre stress, nos mauvaises habitudes alimentaires, par des nutriments. Prenons l’exemple de la vitamine D. Il suffit de s’exposer au soleil 3-4 fois par semaine entre 15 et 30 minutes, pour synthétiser la dose nécessaire à notre organisme. Les gens ne prennent plus le temps de le faire ou, par peur du soleil, ils sont couverts d’un écran total. Ils prennent donc des suppléments de vitamines D. Un non-sens si l’on y réfléchit.

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