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Ukraine mardi 10 avril 2012

«Ma mission est d’améliorer le climat d’investissement pour attirer les étrangers»

Petro Porochenko. Pour «sortir son pays d’une période difficile», l’ancien ministre des Affaires étrangères de Ioulia Timochenko vient de rejoindre un gouvernement dirigé par le camp adverse de Viktor Ianoukovitch. (AFP)

Petro Porochenko. Pour «sortir son pays d’une période difficile», l’ancien ministre des Affaires étrangères de Ioulia Timochenko vient de rejoindre un gouvernement dirigé par le camp adverse de Viktor Ianoukovitch. (AFP)

Petro Porochenko est le nouveau ministre de l’Economie. «Le roi du chocolat» déplore l’hésitation des marchés à investir dans son pays

Entrepreneur, député, économiste «keynésien», Petro Porochenko, 46 ans, est l’une des plus grandes fortunes d’Ukraine (1 milliard de dollars, selon Forbes). Propriétaire de Roshen, premier groupe de confiserie du pays, il est surnommé «le roi du chocolat», mais possède d’autres actifs dans l’industrie automobile, navale et médiatique. Il fut l’un des principaux soutiens financiers de la Révolution orange, fin 2004, qui a fait dévier le pays de l’orbite de Moscou et porté au pouvoir une équipe favorable à l’intégration dans l’Union européenne. Il fut ministre des Affaires étrangères de Ioulia Timochenko entre 2009 et 2010.

De retour au gouvernement depuis le 23 mars, cette fois au sein du camp adverse dirigé par Viktor Ianoukovitch, il est désormais ministre de l’Economie et sera donc chargé de «dégeler» les négociations de pré-adhésion à l’Union européenne.

Le Temps: Qu’est-ce qui vous a décidé à rejoindre un gouvernement pas franchement de votre bord politique?
Petro Porochenko:
Ma motivation est très simple: mon pays traverse aujourd’hui une période difficile. Les principaux produits d’exportation, comme le métal, subissent une baisse de la demande. Le récent gel des négociations pour l’accord d’association avec l’Europe aura des effets négatifs, car l’entrée dans la zone de libre-échange nous aurait donné 2 à 3,5% de croissance supplémentaires cette année. Nous en avons besoin, car nous devons rembourser en 2012 et 2013 le gros des crédits à court terme fournis par le FMI [ndlr: 15 milliards de dollars]. Même si notre dette publique représente moins de 40% du PIB, les marchés internationaux nous restent fermés, les investisseurs ne se pressent pas au portillon. Ma mission est d’améliorer le climat d’investissement pour les attirer. Seule une forte hausse des investissements étrangers directs accompagnée d’une croissance de la productivité du travail pourrait nous sortir d’une telle situation.

– Quels sont les secteurs les plus attractifs pour des investisseurs étrangers?
– La modernisation du réseau de gazoducs et la construction de terminaux GNL, avec des retours élevés garantis par la hausse des prix du pétrole et du gaz. Les secteurs à fort potentiel sont la logistique, qui stagne depuis 20 ans, les ports à cause de la situation géographique. L’agriculture, où le niveau de productivité reste très bas, le génie mécanique, car nous avons du personnel très qualifié et un réseau électrique dense et de qualité (50% de la production est d’origine nucléaire). Le tourisme et la distribution car nous comptons 45 millions de consommateurs bénéficiant d’une forte croissance de leur pouvoir d’achat.

– Quel rôle la Suisse peut-elle jouer?

– J’ai mené des négociations qui ont conduit à la création d’une zone de libre-échange entre la Suisse et l’Ukraine, entrée en application il y a quelques semaines. De ce point de vue, la Suisse est en avance sur l’Union européenne. La suite dépend désormais du climat d’investissement.

– Les milieux d’affaires se disent persécutés par le fisc. Que pouvez-vous faire?

– Le problème de l’Ukraine, ne réside pas dans des lois mal écrites, mais dans le fait qu’elles ne sont pas implémentées. L’accord d’association avec l’UE va stimuler la volonté politique de réformer le système fiscal, qui réglera les questions du climat d’investissement, de la dérégulation et de la simplification des procédures. Nous allons rapidement mettre en place un système qui permettra aux contribuables de mieux se défendre. Les abus de pouvoir des inspecteurs seront sanctionnés par des licenciements.

– Est-ce que le secteur financier est aujourd’hui stabilisé?

– La régulation du système bancaire est de qualité et nos réserves en or/devises ont tendance à augmenter. Nous allons simplifier les procédures de recouvrement des dettes afin de mieux protéger les banques contre les emprunteurs malhonnêtes. Nous voulons que les banquiers se sentent à l’aise. Pourquoi? Parce que la rentabilité des opérations bancaires en Ukraine est plusieurs fois supérieure à ce qu’elle est en France ou en Suisse.

– L’UE conditionne l’accord d’association avec l’Ukraine à la libération de l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko. Le premier ministre Azarov s’est insurgé contre ce qu’il considère comme un «chantage». Quelle est votre position?

– Il ne s’agit pas de chantage. L’Europe ne dit pas qui est coupable ou non (c’est la justice qui se prononce), mais demande – et je suis parfaitement d’accord – que Ioulia Timochenko ne soit pas privée du droit de se défendre. Le procès s’est déroulé en secret. Or une décision de justice ne se fait pas en catimini. C’est à la justice de démontrer à la société que ses décisions sont justes.

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