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Editorial lundi 22 novembre 2010

L’OTAN fait la leçon aux Européens

Le tournant du sommet de Lisbonne, qui remet Moscou au centre de l’équation et mise sur un partenariat antimissile avec la Russie, a le mérite d’une opération vérité

Vingt et un des vingt-sept pays de l’Union européenne font partie de l’OTAN. Logique, dès lors, pour ces membres de l’Alliance, de dire que rien ne se décide sans eux. Et que, contrairement aux apparences et aux contraintes dictées par l’austérité budgétaire ambiante de ce côté-ci de l’Atlantique, l’Amérique de Barack Obama croit dans l’OTAN et n’entend pas se désengager du Vieux Continent.

Mais la réalité est plus subtile. Certes, un Européen de choc, l’ancien premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, dirige aujourd’hui l’Alliance. Certes, les alliés européens des Etats-Unis en Afghanistan sont partie prenante de la «transition» dessinée par la Maison-Blanche pour parvenir à un retrait des troupes étrangères – du moins l’essentiel – à la fin de 2014. Mais la vraie question est de savoir combien l’Europe pèse dans les décisions prises à Kaboul ou à Bruxelles, au siège de l’OTAN. Et surtout, si les pays membres de l’UE ne sont pas contraints de sacrifier prochainement l’indépendance à laquelle ils continuent d’aspirer vis-à-vis de Washington sur l’autel du nouveau concept stratégique adopté à Lisbonne.

La réponse est pessimiste. A l’image de l’impression donnée, samedi soir, par le sommet Etats-Unis - UE organisé en catimini dans la foulée de celui de l’OTAN, avec un Barack Obama fatigué. D’abord parce que le dialogue indispensable UE-OTAN reste bloqué par l’antagonisme Turquie-Chypre. Ensuite, parce que les pays neutres de l’Union, membres comme la Suisse du «partenariat pour la paix» aux côtés de l’OTAN, demeurent négligés par l’Alliance malgré ses promesses de coopération accrue. Enfin parce qu’au bout du compte la défense est largement une question d’argent et de moyens. Deux variables à la baisse sur le Vieux Continent.

L’OTAN n’est pas la panacée. Tant s’en faut. L’Alliance atlantique, depuis sa fondation en 1949, est devenue une énorme machine militaro-politico-industrielle de moins en moins en phase avec les nouvelles menaces, gelée dans son obsession anti-russe. Le tournant de Lisbonne, qui remet Moscou au centre de l’équation et mise sur un partenariat antimissile avec la Russie, a le mérite d’une opération vérité. Il est urgent que les tenants d’une défense européenne plus autonome fassent de même. Qu’ils confirment des projets communs, et renoncent à d’autres. La crise exige d’être pragmatique.

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