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Editorial lundi 27 février 2012

Syrie, l’indispensable devoir d’informer

Comprendre ce qui se passe en Syrie, entre l’épouvantable siège de Homs et le référendum organisé dimanche par le régime de Damas pour tenter de perpétuer le pouvoir du clan Assad, est un préalable indispensable pour décoder les divisions de la communauté internationale, l’impuissance des Occidentaux, et la lutte à mort entre les forces de sécurité et les combattants rebelles de l’Armée syrienne libre.

Impossible, en effet, d’appliquer pour ce pays voisin d’Israël, et dirigé d’une main de fer par la minorité alaouite depuis les années 1960, des schémas d’analyse simples. Impossible aussi, au vu des images de civils tués chaque jour à Homs, où deux de nos confrères journalistes blessés attendaient toujours d’être évacués dimanche soir par le Comité international de la Croix-Rouge, de ne pas s’interroger sur les chances réelles de médiation de Kofi Annan, alors que les évidences accumulées par les enquêteurs des Nations unies démontrent l’ampleur des crimes couverts depuis un an par le président syrien Bachar el-Assad. Le chiffre de 7600 morts ces onze derniers mois, en général cité et jugé crédible, en dit long sur les tranchées de sang que l’ancien secrétaire général de l’ONU, désormais émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe, devra franchir pour sortir le pays de l’engrenage de la terreur.

Un tel contexte, et un tel enjeu régional, justifie que les journalistes, malgré les risques illustrés par les bombardements criminels de Homs, continuent de couvrir ce conflit. La mort, mercredi dernier, du blogueur syrien Rami el-Sayed, de la journaliste américaine Marie Colvin et du photographe français Rémi Ochlik, tués par une frappe sur le centre de presse de fortune qui reliait Homs au reste du monde, oblige à l’évidence les médias à reconsidérer la prise de risque, et leurs envoyés spéciaux à prendre encore plus de précautions. Mais ils ne doivent surtout pas conduire à refermer, horrifiés, le couvercle de l’information sur ce qui se passe dans le quartier «insurgé» de Bab Amro.

La tâche qui incombe à la presse, en cet an 2 des Printemps arabes riches de transitions à hauts risques, est plus que jamais de dire l’horreur lorsqu’elle survient, d’enquêter sur les forces en présence, et de s’efforcer toujours de cerner la complexité. A Homs bien sûr. A Damas, où le régime doit permettre à la presse de travailler. Et dans toutes les autres parties de la Syrie, où la population doit pouvoir s’exprimer. Et être entendue. ö Page 5

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