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habitat mercredi 07 mars 2012

Dans le confort uniformisé des résidences de luxe

La «chambre classique» prévue pour Du Parc Kempinski Private Residences au Mont-Pélerin. (DR)

La «chambre classique» prévue pour Du Parc Kempinski Private Residences au Mont-Pélerin. (DR)

Promoteurs et décorateurs de haut standing standardisent leur offre en matière de décoration d’intérieur. A l’inverse, les palaces essaient de retrouver leur âme

Un point de vue vertigineux sur lac et montagnes par temps polaire. La neige miroite sous un ciel sans nuages, le froid saisit. En surplomb de l’Hôtel Kempinski au Mont-Pèlerin, dans le canton de Vaud, l’Hôtel du Parc, élevé au début du XXe siècle, ne conserve de son passé Belle Epoque que sa majestueuse façade. A l’intérieur, un vaste chantier donnera naissance fin 2012 à une copropriété de prestige, le Du Parc Kempinski Private Residences.

Lors de la visite de l’appartement témoin mené par Nicolas Garnier, CEO de Swiss Deve­lopment Group, instigateur de projets immobiliers de très haut standing, on comprend qu’au­jour­d’hui le luxe appliqué à l’habitation, qu’il s’interprète version ville ou version campagne, a le même visage et les mêmes attributs. Un aménagement intérieur mixant style classique et domotique, matériaux haut de gamme, espaces vastes comme des lobbys d’hôtel et mobilier design imposant. Des plafonds ornés de stuc et de moulures mais où s’insèrent des leds et de la sono. Lits hôteliers king size, baignoire en majesté sur piédestal de marbre avec douche à l’italienne à fleur de sol, cuisine laboratoire digne d’un restaurant gastronomique. Des lignes pures, du métal et du blanc cassé et des miroirs avec écran TV pour pouvoir suivre les cours de la bourse dans sa salle de bains.

Style de vie imposé

Les équipements des habitations de haut standing actuellement sur le marché en Suisse amènent à se demander, à travers les exigences supposées des clients les plus fortunés, quelle est la place donnée à la sphère intime dans leurs inté­rieurs aseptisés.

Car les promoteurs de résidences de luxe s’intitulent volontiers créateurs de lifestyle en proposant des décors clés en main destinés à séduire ceux qui ont tout à l’échelle mondiale et qui apparemment ont besoin de repères, sans prendre le risque de les dépayser. Une uniformisation haut de gamme qui s’étend aux accessoires incontournables de telles résidences: la conciergerie et les espaces collectifs de bien-être. Exactement comme dans les palaces. Des lieux de vie où piscine chauffée, studio de danse, sauna, cave à vins, cigare lounge sont le minimum à offrir pour capter la clientèle internationale. Ainsi que service de voiturier ou soin aux animaux de compagnie. Nicolas Garnier résume sa conception: «Nous souhaitons mener des projets immobiliers comme de grandes marques horlogères l’ont fait pour des montres bijoux. C’est-à-dire des produits qui ont une valeur durable, d’investissement et en même temps proposent un véritable style de vie.» L’idée est d’apporter un maximum de services à la personne grâce à une conciergerie de luxe et à un service hôtelier.

De la même manière, dans le canton de Vaud, à Lucens, le promoteur Roland Morisod a conçu sa Résidence du Château, un complexe de standing où les premiers locataires ont aménagé en septembre 2011, selon sa propre conception du confort. Une résidence hédoniste, une communauté de locataires au profil sélectionné: couples sans enfants, étudiants étrangers aux parents fortunés, sportifs de haut niveau susceptibles de partager en bonne entente piscine, sauna, salle de fitness et même salon de coiffure. Et qui peuvent solliciter en tout temps le couple de concierges bilingues vivant à demeure et issu de l’hôtellerie de luxe. Côté décoration extérieure, les tons ocre font penser à un club de vacances. Et partout des détails font référence à l’hôtellerie. «Dans les espaces de bien-être, vous avez des paniers pour y déposer les linges et il y a des essences naturelles pour parfumer les lieux», explique Roland Morisod.

La robotique qui vous veut du bien

Dans des lieux pensés pour plaire au plus grand nombre de cette clientèle aisée, la domotique joue un rôle essentiel et inattendu: personnaliser l’ambiance. Car ces assistants intelligents permettent de repérer les habitudes de chacun et de faire en sorte que le résident se sente vraiment chez lui dès qu’il franchit le seuil de son appartement. Dans la résidence du Parc Kempinski, Nicolas Garnier explique cette utilisation ciblée: «Grâce au digicode qui vous identifie par vos empreintes digitales, le système informatisé vous reconnaît et s’habitue progressivement à vous. Si vous avez coutume d’ouvrir les rideaux en arrivant, le système s’actionnera à votre arrivée ou programmera la télévision sur votre chaîne préférée.» Le promoteur vaudois Roland Morisod insiste: «Dans la résidence, la domotique est partout: la sono dans les plafonds, des écrans tactiles dans le hall et le salon avec une DVDthèque de 2000 films en plusieurs langues. Et les appartements sont parfaitement insonorisés.» Ou comment se sentir bien chez soi grâce à la froide robotique…

«Il n’y a pas beaucoup de projets de ce genre sur le marché suisse encore, à l’international un peu plus. Notre concept peut se résumer en design classique, haute technologie et très grande sécurité», ajoute Nicolas Garnier.

Les palaces à la recherche de leur histoire

Quant aux hôtels de luxe, leur mutation semble aller à l’envers d’une uniformisation. Comme l’explique Florence Poli, Executive Assistant Manager de l’Hôtel Richemond à Genève: «Avant 2004, le Richemond était un hôtel «poussiéreux» mais que tout le monde adorait. Il avait un passé, du vécu. Il appartenait à la famille Armleder depuis 1875. Monsieur Armleder accueillait ses clients, c’était une histoire humaine. En 2004, il fut racheté par un groupe hôtelier qui entreprit de lourdes rénovations. Les clients ne s’y sont pas retrouvés car il est devenu un hôtel comme un autre.» Entre-temps, l’hôtel est passé en mains de Dorchester Collection qui possède, entre autres, le Plaza Athénée à Paris. «On souhaite redonner au Richemond ce côté maison dans laquelle on se sent bien. Cet esprit se retrouve au Plaza Athénée: il y a des bibelots, des détails comme des embrasses de rideau travaillées. Toutes les broderies sont de la maison Lesage (brodeur parisien qui fournit les grandes maisons de haute couture, ndlr). On revient aux métiers d’art.» Loin d’un décor de catalogue. C’est ainsi que le Richemond va de nouveau subir quelques transformations courant 2012 pour retrouver un peu de son glorieux passé. «Je me suis toujours dit que le but d’un hôtel était d’offrir une parenthèse temporelle. Maintenant, avec la mondialisation, tout se standardise, il n’y a plus rien de dépaysant», se désole Florence Poli. Avant de conclure en souriant: «Vous savez ce qui est dépaysant? C’est tout simplement de prendre en compte l’environnement: à Paris de faire un hôtel parisien et à Genève, un hôtel genevois…»

Ce souci d’authenticité montre que le confort matériel le plus absolu peut parfois paraître vide de sens quand la touche humaine a disparu, une singularité qui, permettant d’identifier un lieu, le rend familier.

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