Texte - +
Imprimer
Reproduire
obligations mercredi 01 février 2012

En pleine crise de la dette, les emprunts de société semblent solides

Martin Thommen Responsable des fonds de placement UBS Global Asset Management

L’année 2012 se caractérisera par de faibles taux d’intérêt et un tassement conjoncturel. Les emprunts d’Etat pourront encore souffrir, ce qui rend les obligations d’entreprise particulièrement intéressantes. Elles disposent de réserves de liquidité et de bilans solides

Des déficits devenus chroniques et un endettement public d’une ampleur considérable ont entraîné la mise en place en Europe de politiques d’austérité aux conséquences prévisibles. Les pays de la zone euro cherchent par tous les moyens à réaliser des économies, si bien que la croissance de ces pays sera quasiment nulle en 2012. Le consensus des analystes prévoit une croissance de 0,4% et nombre d’entre eux prévoient même une contraction de l’activité. Ainsi, en décembre, Michael Noonan, le ministre irlandais des Finances, a, pour la seconde fois en un mois, revu à la baisse la prévision de PIB de son pays, en raison de la crise financière qui affecte la zone euro.

Avec de telles perspectives, l’aversion au risque des investisseurs ne peut que croître, ce qui constitue un environnement difficile pour les actions. De plus, la menace de dégradation de la note d’importants pays de la zone euro pèse nettement sur l’évaluation d’emprunts d’Etat réputés «absolument sûrs» il y a peu encore.

Dans un tel contexte, les entreprises hors du secteur financier paraissent aussi solides que des rocs. Elles ont enregistré des résultats appréciables au cours des derniers trimestres et disposent parfois de réserves de liquidités très importantes ainsi que de bilans très solides. Au lieu d’emprunter de manière classique auprès des banques pour se procurer des capitaux, les grandes entreprises émettent des emprunts à grande échelle. Ces obligations, dites obligations d’entreprise ou «Corporate Bonds», ont fait l’objet d’un fort regain d’intérêt lors de la récente crise de la dette. En effet, contrairement aux emprunts bancaires ou d’Etat, elles ne présentent pas de risques systémiques. Elles devraient donc encore profiter de cette stabilité en 2012.

Cela devrait également s’appliquer au segment des «High Yield Bonds», obligations d’entreprise qui offrent un rendement élevé et présentent des risques en proportion. Ces titres se traitent actuellement avec une prime de rendement qui anticipe un risque de défaillance de 7%. Toutefois, le risque de ne pas voir son obligation remboursée (taux de défaillance) n’est actuellement que de 2%. En raison du ralentissement de la conjoncture, UBS table sur une augmentation de ce taux à 3% en 2012. L’évaluation actuelle a déjà pris en compte un scénario très négatif, ce qui ouvre des perspectives très intéressantes.

Il s’agit cependant de valeurs moyennes. Dès lors, si l’on investit dans des obligations d’entreprise, on veillera à répartir le risque entre plusieurs débiteurs, ce qui n’est possible qu’avec des fonds. Force est de constater que le choix des bons débiteurs prendra de plus en plus d’importance ces prochaines années. Les emprunts d’entreprise des Etats périphériques de la zone euro doivent faire l’objet d’un examen très approfondi car les mesures de rigueur draconiennes prises en Grèce, en Espagne, au Portugal et, désormais, en Italie, peuvent peser sur l’activité de leurs entreprises.

Les groupes non cycliques et bien diversifiés seront nettement mieux armés pour faire face au tassement conjoncturel. Même si les résultats des entreprises saines doivent se contracter, ces dernières resteront sur le chemin de la croissance et leurs fondamentaux de crédit devraient demeurer intacts. Les entreprises des services de base et des télécommunications devraient bien tirer leur épingle du jeu et ne pas poser de problèmes en tant que débiteurs. Du point de vue géographique, les multinationales dotées de débouchés mondiaux devraient, elles aussi, mieux s’en sortir que celles fortement axées sur leur marché intérieur.

L’évolution des taux d’intérêt prendra naturellement une importance cruciale dans ces scénarios. Contrairement aux attentes générales, les taux sont actuellement à un niveau plus bas qu’il y a un an. Il est incontestable qu’ils ne peuvent que remonter par rapport à leur plancher record actuel. Or, nul ne sait quand ce sera le cas. Le ralentissement de la croissance dans la zone euro ainsi qu’aux Etats-Unis et, par conséquent, dans les marchés émergents annonce une longue période d’argent bon marché. Ce ne sont plus les craintes d’inflation que les banques centrales ont en point de mire, mais le tassement conjoncturel. De plus, la Fed doit encore garder un œil sur le marché du travail qui ne présente aucun signe de reprise malgré toutes les mesures, si bien que l’on parle d’une reprise sans emploi.

De nombreux indices montrent que les taux devraient rester bas ces prochaines années. Qui investit aujourd’hui dans des obligations d’entreprise a peu de chance d’être confronté dans trois ans à un environnement à haut rendement susceptible de peser sur les fonds. Pour les investisseurs en franc, il convient de tenir compte du risque de change en cas d’engagement dans des obligations d’entreprise. Quant aux investissements en euro, on peut continuer à tabler sur le fait que la Banque nationale suisse pourra maintenir le cours de la monnaie européenne au-dessus de 1,20 franc. Bien que tendu, le filet de sécurité devrait tenir.

Les investisseurs qui souhaitent placer provisoirement leur argent dans des obligations d’entreprise en attendant de savoir si et comment la zone euro parviendra à sortir de l’impasse de la dette et si l’inflation repartira à la hausse pourront satisfaire ces besoins de manière optimale grâce aux «Fixed Maturity Funds». Dans ces fonds, la durée du placement en obligations d’entreprise est fixée à l’avance. Les fonds sont également très diversifiés, sur le plan sectoriel et géographique, mais axés sur des échéances courtes. L’objectif est de conserver les obligations en portefeuille jusqu’à leur échéance et de ne les revendre qu’en cas de hausse du risque de défaillance. Cela étant, l’investisseur n’est pas concerné par d’éventuelles hausses de taux ou fluctuations des écarts de taux car les obligations sont conservées jusqu’à leur remboursement.

Acheter des parts de Fixed Maturity Funds revient à investir dans une obligation unique que l’on gardera jusqu’à son échéance. Seul le profil de risque se présente différemment: le capital est réparti entre des entreprises de divers pays avec des notes de solvabilité différentes. Résultat: lorsque l’une d’elles devient insolvable, les conséquences sont largement indolores. La direction du fonds doit cependant veiller à réduire ce risque autant que possible par une surveillance active. En effet, les professionnels vérifient en permanence que les divers investissements ont toujours leur place dans le fonds.

Reproduire
Texte - +

Services Finance

Publicité