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Du numérique à la matière

(Robyn Beck/AFP)

(Robyn Beck/AFP)

Des applications pour smartphone se matérialisent en vrais objets. Coup marketing ou besoin de matière?

D’abord, il faut construire une tour avec des plots en plastique imitation bois. Ensuite y positionner des cochons verts. Puis catapulter des oiseaux en colère pour détruire l’édifice. Cela vous rappelle quelque chose? Angry Birds, l’une des applications pour smartphone les plus téléchargées, a été déclinée en jeu de société. Les célèbres oisillons existent aussi en peluches, comme leurs créatures concurrentes de Cut the Rope, en enceintes pour iPod, en porte-clés, en étui pour téléphones ou en ­T-shirts. Plus récemment et hors du champ évident des produits dérivés, d’autres applications se sont matérialisées. Un designer italien, par exemple, a conçu un véritable appareil photographique avec le look et les effets rétro-nostalgiques d’Instagram (LT du 21.05.2012), autre application phare rachetée début avril 1 milliard de dollars par Facebook.

Coups marketing ou besoin irrépressible du tangible? L’analyse de Stéphane Hugon, sociologue responsable du Groupe de recherche sur la technologie et le quotidien au Centre d’études sur l’actuel et le quotidien, à Paris.

Le Temps: Comment expliquez-vous ce passage du numérique à l’objet?

Stéphane Hugon: Je ne vois pas de différence entre une offre de service numérique et une autre qui serait plus industrielle. La forme diffère mais le fond, qui se résume à l’expérience d’une interaction sociale, reste le même. Cette façon d’opposer le virtuel au réel est une manière de voir très européenne et cartésienne. Et cela provoque des crispations; il n’y a qu’à voir les débats suscités par l’entrée en bourse de Facebook.

– Mais pourquoi ce besoin de matière?

– Afin de rassurer les investisseurs. Pour eux, c’est l’objet qui crée le capital, c’est une valeur qui peut être thésaurisée. A l’inverse, que devient-on si Facebook ferme demain? Qu’est-ce qui reste alors? Nous vivons dans une époque un peu catastrophiste; on s’efforce de penser au pire parce que personne n’aurait imaginé la chute de Lehman Brothers avant 2008. Dans ce monde instable, certains tentent d’épaissir la valeur des choses, bien qu’en réalité, elle ne réside pas là. Mais les produits dérivés sont aussi une course aux bénéfices.



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