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forum humanitaire mondial samedi 03 avril 2010

Kofi Annan: «Nous croyions en notre mission»

Kofi Annan dans le bureau de sa fondation. (Eddy Mottaz)

Kofi Annan dans le bureau de sa fondation. (Eddy Mottaz)

Surendetté, le Forum humanitaire mondial lancé en 2007 a été officiellement enterré mercredi. Rencontre avec son président du conseil d’administration et ancien secrétaire général des Nations unies

Lancé en grande pompe par la Confédération en septembre 2007, le Forum humanitaire mondial (FHM) a annoncé mercredi qu’il cessait ses activités (LT du 1.04.2010). Endettée à hauteur de 1,5 million de francs, la fondation n’a pas réussi à renflouer ses caisses. On l’a dite mal définie, mal gérée et trop dispendieuse. Berne a accepté de prendre à sa charge la moitié des créances et le million nécessaire au paiement des salaires et cotisations sociales durant le préavis de licenciement des douze salariés. Le banquier Ivan Pictet, trésorier du FHM, apporte les 750 000 francs restants. Le point avec Kofi Annan, président du conseil d’administration du Forum.

Le Temps: Comment vous sentez-vous au lendemain de la fermeture du Forum humanitaire?

Kofi Annan: Déçu. Je suis déçu que l’on ait dû cesser des activités et des projets merveilleux, portés par des jeunes gens extrêmement motivés. Il était primordial d’amener la question climatique dans l’agenda politique international, nous l’avons fait. Le changement climatique a un impact aujour­d’hui sur les populations, ce n’est pas un problème d’avenir, c’est tout à fait actuel. Notre campagne Tck Tck Tck pour la justice climatique a d’ailleurs mobilisé 15 millions de personnes. Nous croyions en notre mission, mais des problèmes financiers et un manque de soutien ont malheureusement stoppé notre course.

– Les soucis budgétaires ont-ils été la principale cause de la faillite?

– Des questions de management se sont également posées, certaines erreurs auraient pu être évitées. Nous, membres du Conseil d’administration, aurions pu corriger la situation si nous avions été avertis plus tôt de l’ampleur des problèmes. En juin 2009, nous avons demandé à la direction de réaligner les activités et les dépenses, nous souhaitions aussi une plus grande transparence, mais il était déjà trop tard. Walter Fust, le directeur, n’a pas obtenu de la Confédération la garantie d’emprunt nécessaire, et la situation a continué à s’aggraver.

– Avez-vous vraiment tout fait pour sauver le FHM et trouver des fonds? Les pays partenaires, par exemple, n’ont pas été contactés ces dernières semaines pour une aide subsidiaire.

– C’est une partie du problème. Nous avons approché nombre de donateurs potentiels, publics et privés. Mais, à partir du moment où le fondateur du Forum, à savoir le gouvernement suisse, décide d’éponger la dette à condition que l’organisation ferme ses portes, il est difficile d’aller demander de l’argent à d’autres pays. Les Etats préfèrent évidemment payer pour des programmes que pour des dettes.

– Vous semblez amer…

– Non, je ne suis pas amer, je suis déçu. Les discussions avec le Conseil fédéral ont duré des semaines sans avancer. C’est Ivan Pictet qui a débloqué la situation en offrant de prendre à sa charge une partie des créances. Berne a alors suivi. Monsieur Pictet a été soucieux de l’image de la Suisse, de celle de la Genève internationale et de la réputation des membres du conseil de fondation, nous l’en remercions.

– Walter Fust pointe essentiellement la crise comme responsable de la faillite. Un facteur aggravant?

– Oui, nous sommes mal tombés. Le Forum a été lancé en 2007, et la crise est survenue peu après. Plusieurs pays et sociétés privées, dès lors, ont fait des promesses de soutien qu’ils n’ont pas tenues.

– D’autres reprochent au Forum une absence de définition claire.

– Le mandat était bien défini, notre objectif étant de mettre en relation des gens qui ne se parlent pas habituellement – gouvernements, entreprises, ONG, chercheurs, militaires – et d’amener ces acteurs à œuvrer ensemble dans le domaine humanitaire. Nous avons axé nos programmes sur les populations face au changement climatique, la justice climatique, les réfugiés de l’environnement et la protection des communautés vulnérables.

– Que vont devenir les projets du Forum?

– Le World Economic Forum a évoqué mercredi sa volonté de reprendre les grands thèmes du Forum humanitaire mondial dans son programme. Nous sommes en discussion avec des organisations existantes concernant la poursuite de notre projet «Weather info for all» [ndlr: l’utilisation d’antennes téléphoniques en Afrique comme stations météo afin d’informer les populations les plus vulnérables des intempéries à venir]. Tout le monde a travaillé dur; le personnel est déçu, le conseil également. En réalité, nous sommes déçus de la base au sommet, mais c’est la vie.

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