Texte - +
Imprimer
Reproduire
revue de presse mercredi 27 février 2013

Natascha Kampusch, ambassadrice de l’art de survivre

Natascha Kampusch devant l’affiche du film. (Keystone)

Natascha Kampusch devant l’affiche du film. (Keystone)

La jeune fille ignoblement séquestrée pendant huit ans et demi dans une cave autrichienne refait surface. Avec le film qui a été tiré de son autobiographie. De quoi rouvrir un dossier douloureux, où pas mal de doutes subsistent encore

Et revoilà Natascha Kampusch. Car le calvaire de la jeune Autrichienne séquestrée entre l’âge de 10 et 18 ans dans une cave par un désaxé mental, a été porté à l’écran par l’Américaine Sherry Hormann, cinéaste sans grand relief qui n’a de loin pas encore marqué l’histoire du cinéma. Le long métrage, intitulé 3096 Jours, sort jeudi en Suisse alémanique après avoir été dévoilé lundi soir à Vienne. Là où les spectateurs sont sortis de la salle choqués, émus, même en larmes pour certains, décrit le Blick, qui a assisté à cette première, où la principale concernée était présente avec ses parents.

Libération, notamment, rapporte sa première réaction, qui a fait le tour du monde: «Je me suis reconnue», a déclaré la jeune femme, aujourd’hui âgée de 25 ans, au quotidien allemand Bild. «Mais la réalité était bien pire. Vous ne pouvez pas la montrer dans un film.» Ce film, on en découvrira la bande-annonce (en allemand) sur le site du Matin, le Spiegel dit de lui qu’il n’est «ni psychologique ni émotionnel» mais simplement réaliste, froid, décrivant la relation complexe dans laquelle se sont installés les deux protagonistes principaux, le bourreau et sa victime.

Une histoire «banalisée»?

Car «il y a toujours des différences entre une version filmée et ce qui s’est réellement passé, [mais c’]est très proche de ce que j’ai vécu», a ajouté Natascha, nous apprend le magazine Elle. L’Autrichienne espère que les «nombreuses personnes qui ne [l]’ont pas crue jusqu’à présent, ou qui ont banalisé l’ensemble de [son] histoire, considéreront les choses différemment» en sortant de la salle de cinéma. Selon Radio France internationale, Barbara Mader, journaliste culture au quotidien autrichien Kurier et très en pointe sur le sujet, devrait notamment y contribuer auprès du public francophone.

Natascha Kampusch fait ici référence aux nombreuses «rumeurs» et autres «doutes» qui entourent son histoire, celle d’une fille «enlevée sur le chemin de l’école à l’âge de 10 ans, en 1998, et retenue pendant huit ans et demi, avant de s’échapper le 23 août 2006, rappelle Le Figaro. Une jeune femme qui, des années après, a toujours du mal à surmonter ce traumatisme: elle a pour la première fois confié dimanche dernier […] qu’elle avait été violée par son ravisseur, Wolfgang Priklopil.» Les autorités n’y ont rien vu, «mais elles l’ont elles-mêmes reconnu: l’enquête a été bâclée».

Le mystère de l’enfant

Et de citer 20 minutes suisse, qui a des doutes sur l’éventuelle grossesse de Natascha Kampusch qui aurait suivi son viol, selon le site Austrian Times, mais aussi aux yeux du journaliste Jochen Prüller, qui suit l’affaire pour le journal Österreich. A l’appui de cette thèse, il y a «dans le long métrage, basé sur son récit écrit, une scène [qui] montre celui qu’elle appelle «le criminel» sortir sa prisonnière de sa cave afin de la contraindre à avoir un rapport sexuel – passage qui ne figure pas dans l’autobiographie, donc, mais pour lequel l’Autrichienne a donné son accord», explique Paris Match.

A Günther Jauch, l’animateur d’un talk-show de la chaîne de télévision allemande Das Erste, l’actrice britannique qui incarne le rôle principal, Antonia Campbell-Hughes, a précisé, très gênée: «Voilà ce qu’il s’est passé, maintenant s’il vous plaît laissez-moi tranquille.» Ce à quoi Natascha Kampusch a ajouté, laconiquement: «Oui.» Mais le public n’a rien pu savoir de plus ni vérifier ce que certains supputent depuis ces révélations scabreuses: que le présumé nouveau-né aurait de plus été enterré dans le jardin de Wolfgang Priklopil. Plus glauque, tu meurs.

La compassion, puis la haine

Du coup, les silences et l’embarras de la jeune femme continuent «de faire l’objet de commentaires haineux», écrit Courrier international, au point que le tabloïd autrichien Kronen-Zeitung a décidé de suspendre tous les commentaires des lecteurs sur son site. «La compassion a peu à peu fait place à l’hostilité et à l’envie, parfois même ouvertement à la haine, reconnaissait Natascha Kampusch» dans l’autobiographie dont est tiré le film. «Ce qu’on me pardonnait le moins, c’est de ne pas avoir condamné mon bourreau, comme l’opinion publique l’attendait.»

Alors, en toute bonne logique, avec la sortie de ce film, la vie de Natascha envahit de nouveau les médias, où elle est à nouveau accusée de vouloir faire de l’argent avec son histoire. Elle y est pointée du doigt, relate le site Atlantico.fr., souvent accusée de ne pas avoir saisi «les occasions de fuir Priklopil. Une enquête est toujours en cours. Elle raconte qu’elle avait fait du shopping avec [lui], et un séjour au ski, mais qu’il n’y avait aucune possibilité d’évasion.»

«Vivre à l’étranger ou me tuer»

Pire: «Certains politiciens et enquêteurs imaginent que Priklopil avait un complice et que Natascha Kampusch n’a pas dit toute la vérité sur ce qui s’est passé pendant les années qu’elle a passées avec lui. «Pour moi, c’est très difficile à supporter, parce que je suis presque poussée à vivre à l’étranger – ou à me tuer», se désole-t-elle.» Et depuis, elle s’est trouvé une profession (de foi?): «ambassadrice de l’art de survivre».

Reproduire
Texte - +