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vie numérique jeudi 12 avril 2012

Fatwa pas très Net (te)

(AFP)

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Téhéran franchit un pas de plus dans sa lutte contre l’impérialisme américain. Selon plusieurs sites web, le ministère iranien de l’Information et des technologies de communication aurait affirmé vouloir couper son pays d’Internet dans les cinq mois à venir. Info ou intox, la nouvelle suscite l’ire des politiques occidentaux

Pour vivre en toute sécurité, vivons blindés! Tel serait l’adage des autorités iraniennes si l’on en croit les rumeurs insistantes proférées sur la Toile cette semaine. Selon plusieurs sites web, l’Iran doit lancer progressivement, à partir du mois de mai, un réseau national d’information, destiné à remplacer l’Internet dans la gestion quotidienne du système bancaire, des organisations publiques ou semi-publiques pour des «raisons de sécurité». Une annonce aussitôt contredite par le ministère iranien des télécommunications et de la technologie, qui dénonce «une propagande occidentale […] sans fondement et imaginaire.»

L’information, si elle est vérifiée, n’étonne qu’à moitié. Une nouvelle similaire avait déjà circulé l’année dernière. Une seule certitude: si le gouvernement iranien n’avoue pas se couper une bonne fois pour toute d’Internet, il affiche toujours plus sa volonté de contrôle du réseau. Pour ce faire, Téhéran est en train de mettre sur place «un réseau national d’information», prévu pour le mois de mars 2013.

En très résumé, il s’agirait d’une forme d’intranet, semblable à celui existant en entreprise, mais élargi à l’échelle du pays. Une infrastructure semblable, selon le site FastCompany, à la «Grande muraille pare-feu» chinoise mise en place en 2011. L’Iran affiche le même objectif que Pékin: couper toutes communications entre les Iraniens et le reste du monde. Un sacré coup de sang dans la tête des inventeurs du Web qui, il y a quarante ans, fantasmaient sur un réseau de communications libre et universel.

Pionnier parmi les pays musulmans a avoir investi la Toile, l’Iran est aussi le premier Etat à vouloir se détacher du Web. Et cela depuis l’apparition du virus Stuxnet. En juillet 2010, ce vers électronique a infecté 45000 systèmes informatiques, dont 30’000 situés en Iran. Il s’attaque aux systèmes de contrôle industriels vendus par le groupe allemand Siemens, très répandus à travers le monde.

Ces systèmes permettent notamment de gérer le bon fonctionnement des centrales nucléaires, de l’industrie chimique ou des systèmes de distribution d’eau et d’électricité. Une attaque d’une telle ampleur qu’elle ne peut exclure l’implication d’un Etat. Les Etats-Unis? Israël? Depuis, Téhéran est donc passé maître dans l’art de la surveillance et de la censure sur la Toile. Un contrôle qui s’opère des cybercafés aux réseaux privés virtuels (VPN), en passant par le protocole d’adresses https.

L’Iran a démontré dernièrement toute l’efficacité de ses sytèmes de surveillance. Pendant trois jours, entre le 9 et le 11 février dernier, plus de 30 millions d’Iraniens ont été dans l’impossibilité d’accéder à leur messagerie en ligne. Et condamnés à consulter le contenu de pages Web préalablement «nettoyé» par la censure. Une simple «panne» pour Téhéran. Un blocage délibéré des moyens de communication, selon Reporters sans frontières. De quoi donner un avant-goût du futur numérique aux 36 millions d’internautes iraniens.

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