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Soutien à la culture lundi 12 novembre 2012

«L’art peut déjà beaucoup avec peu de moyens»

Mirjam Beerli, directrice, et Alain Robert, président de la Fondation UBS. Selon ses responsables, la fondation reçoit environ 500 demandes de soutien chaque année, dont 40% répondent à ses critères. Par la suite, environ 35% de ces projets recevront une aide. (Dominic Büttner / pixsil)

Mirjam Beerli, directrice, et Alain Robert, président de la Fondation UBS. Selon ses responsables, la fondation reçoit environ 500 demandes de soutien chaque année, dont 40% répondent à ses critères. Par la suite, environ 35% de ces projets recevront une aide. (Dominic Büttner / pixsil)

La Fondation UBS pour la culture célèbre son cinquantenaire. Ses responsables expliquent ses ambitions

Dans quelques jours, la Fondation UBS pour la culture fêtera son demi-siècle d’existence. Pour marquer l’occasion, elle honore six acteurs culturels et institution d’un prix du jubilé (50 000 francs). Parmi les récompensés figurent la professeure de littérature Claire Jaquier, réputée pour son travail autour de Gustave Roud, et la Maison de la littérature ouverte en 2012 à Genève. Les autres lauréats sont Beat Furrer (musique), Lutz & Guggisberg (beaux-arts), Leo Tuor (littérature) et Ruth Waldburger (cinéma). Respectivement président et directrice, Alain Robert et Mirjam Beerli éclairent les ambitions de la fondation au moment où la plus grande banque suisse fait surtout parler d’elle pour sa restructuration.

Le Temps: UBS célèbre les 50 ans de sa Fondation pour la culture alors que ses activités financières sont sous pression. Cette coïncidence lui permet-elle de redorer son image?

Alain Robert: Non. Cela n’a rien à voir. La fondation n’est pas un outil de marketing pour la banque. La fondation a été créée il y a 50 ans pour célébrer l’Union de banques suisses de l’époque. Nos prédécesseurs voulaient marquer leur contribution à la collectivité. C’était en guise de remerciement à la Suisse, à sa société. La banque voulait alors prendre un engagement clair pour la culture. Aujourd’hui nous sommes indépendants, gérons nos activités de manière autonome sans aucune intention commerciale. Il n’y a pas de raison de renoncer à notre cinquantenaire au vu du contexte dans lequel il survient.

– Pourquoi conserver l’appellation UBS? N’y a-t-il pas eu l’idée de la rebaptiser lors de la fusion UBS avec SBS?

A. R.: Nous gardons l’appellation d’origine. La banque soutient cette fondation et lui apporte une certaine légitimité. Elle prend en charge notre infrastructure.

– Votre budget oscille entre 1 et 1,5 million. N’est-ce pas modeste quand on voit les moyens d’autres maisons?

A. R.: La fondation a été dotée d’un capital lors de sa création. Son budget provient exclusivement du rendement du capital. Mais l’argent n’est pas le seul nerf de la guerre. La qualité, le contenu et notre présence ont aussi leur influence. Notre conseil de fondation est composé de spécialistes comme Iso Camartin pour la littérature, Madeleine Schuppli pour les beaux-arts ou Michael Haefliger pour la musique. Nous profitons de leur rayonnement. Nous voulons avant tout être présents dans la durée pour les six domaines privilégiés, soit les sciences humaines, les films documentaires, la littérature, la musique, la restauration de monuments et les beaux-arts. Nous choisissons ensuite des projets susceptibles d’avoir une résonance au moins à l’échelle du pays. Nous dénichons aussi des artistes en devenir. Il faut clairement séparer cela des activités de sponsoring d’UBS telles qu’Art Basel, activités à travers lesquelles le public juge la banque.

– Pourquoi ignorer les arts vivants?

Mirjam Beerli: Nous avons soutenu le théâtre et la danse avant d’arrêter il y a une dizaine d’années. Notre terrain d’action était trop vaste. Ces secteurs bénéficient passablement d’argent public. Mais ce n’est pas là un jugement de valeur. Les divisions retenues permettent d’intervenir de manière large. La protection de monuments sert par exemple à toute une région. La Suisse jouit d’un héritage culturel immense et souvent les communes ou cantons ne parviennent pas à tout financer. Pour donner un exemple, dans le cas de l’abbaye d’Einsiedeln dont la préservation nécessite des moyens gigantesques, nous participons à la restauration du portail.

– C’est moins risqué que de soutenir une œuvre en devenir d’un Thomas Hirschhorn. N’y a-t-il pas là les limites d’une fondation liée à une banque?

M. B.: Contrairement à ce qui se fait en matière de sponsoring, nous soutenons également des artistes qui défendent les valeurs d’indépendance et de créativité que la fondation promeut. Cela dit, nous avons déjà vécu le cas d’écrivains qui, proposés par les membres de notre conseil, ont refusé l’argent de la fondation.

A. R.: Nous demandons avant tout de la substance. Notre conseil de fondation est composé de spécialistes culturels et non de banquiers. Mais si la seule obsession de l’artiste est la pure critique cela perd de sa valeur.

– Les sommes distribuées vont dans l’ensemble de 2500 à 25 000 francs. Comment se fait la répartition?

M. B.: Nous recevons chaque année environ 500 demandes, dont 40% répondent à nos critères. Par la suite, environ 35% de ces projets obtiennent un encouragement de notre part, en fonction des exigences du domaine.

A. R.: Comme dans toutes les institutions pourvoyeuses de moyens, la discussion tourne autour du principe de l’arrosoir. Faut-il viser large, contenter le plus grand nombre, ou définir des cibles particulières? Nous choisissons des projets phares, porteurs, sur lesquels nous mettons la priorité. Parallèlement, nous misons sur des demandes plus modestes mais qui assurent la richesse culturelle. L’art peut déjà beaucoup avec peu de moyens. Dans la composition musicale par exemple, vous faites des choses intéressantes avec 3000 ou 5000 francs. La même chose pour les écrivains.

– La discussion autour de la relation public/privé a redoublé. Que pensez-vous de l’idée selon laquelle la culture devrait d’abord être une affaire de privés, encouragée par la fiscalité?

A. R.: La culture ne peut pas se développer uniquement avec des moyens publics. Il faut des investissements privés, ne serait-ce que pour offrir des garde-fous et assurer une diversité. Cette constellation de partenaires garantit la qualité de la scène suisse. Savoir si l’Etat doit s’investir plus ou pas est une question politique. Il ne nous revient pas d’y répondre.

– Ces dernières années vos dons alloués en Suisse romande représentent bien moins que le tiers des moyens. Les artistes de cette région ne parviennent-ils pas à convaincre vos spécialistes?

A. R.: Nous essayons d’être présents dans toutes les régions linguistiques mais la qualité guide nos choix. Cette année, la Suisse romande est mieux servie, avec un quart du montant attribué.

M. B.: Nombre d’artistes, d’où qu’ils soient, vivent à Zurich. C’est le principal centre culturel du pays. Cela dit, nous avons deux présences romandes parmi les prix exceptionnels du jubilé.

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