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france jeudi 05 avril 2012

François Hollande détaille ses réformes

Ségolène Royal sur scène avec son ex-compagnon François Hollande. La première mesure du socialiste est hautement symbolique: il réduira de 30% la rémunération du chef de l’Etat et des membres du gouvernement, composé d’autant de femmes que d’hommes. (Reuters)

Ségolène Royal sur scène avec son ex-compagnon François Hollande. La première mesure du socialiste est hautement symbolique: il réduira de 30% la rémunération du chef de l’Etat et des membres du gouvernement, composé d’autant de femmes que d’hommes. (Reuters)

Le socialiste dévoile les mesures qui seront prises les six premiers mois après son élection. Symbolisant l’unité du parti, son ex-compagne Ségolène Royal a ouvert le meeting de Rennes

A moins de trois semaines du 22 avril, François Hollande a entamé une nouvelle phase de sa campagne. Dépassé par Nicolas Sarkozy au premier tour dans de nombreux sondages, le candidat socialiste a lancé la contre-offensive mercredi. Le calendrier ne doit rien au hasard: il brûle la politesse à Nicolas Sarkozy, qui présentera son projet ce jeudi après-midi.

Annonce des 35 premières mesures qu’il prendra s’il est élu le 6 mai, passage de témoin en meeting avec Ségolène Royal, qui fut à la fois son ex-compagne et la candidate de 2007, avant une tournée de trois jours dans les quartiers sensibles: le programme est chargé. «Il s’agit de sortir du faux plat que connaît la campagne depuis la tragédie de Toulouse, de créer un enthousiasme chez les abstentionnistes et les Français désenchantés par la politique», explique Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du candidat.

Les 32% d’abstentionnistes potentiels: c’est à eux que Ségolène Royal s’est adressée à Rennes, devant 18 000 personnes, dans un vibrant appel à se rendre aux urnes. Les jeunes des banlieues, «les invisibles», les femmes en situation précaire, «la France métissée», «personne ne doit laisser à d’autres sa place d’électeur», a lancé l’ancienne candidate. «Lors d’une élection, la voix d’une caissière vaut autant que celle d’un patron du CAC 40.»

La «première année du changement» a ensuite été précisée par François Hollande qui veut rendre concret son slogan. La feuille de route a notamment été préparée par l’ancien premier ministre Laurent Fabius, qui planche depuis plusieurs mois sur la première année de présidence en cas d’alternance. La première mesure que prendra François Hollande est hautement symbolique: le socialiste réduira de 30% la rémunération du chef de l’Etat et des membres du gouvernement composé d’autant de femmes que d’hommes; il fera également signer une charte de déontologie aux ministres, pour ancrer l’«exemplarité au sommet de l’Etat». Une manière de rappeler que Nicolas Sarkozy s’était, lui, augmenté son salaire de 172%. Avec cette mesure, François Hollande prend aussi clairement ses distances avec les rémunérations considérées comme «indécentes» des dirigeants; la dernière polémique a atteint le patron de Publicis, Maurice Lévy, et son bonus différé de 16 millions d’euros. En promettant l’exemplarité, le socialiste marque encore le contraste avec les différentes affaires; celles-ci forment un halo autour du pouvoir, en particulier l’affaire Bettencourt qui s’est rapprochée du chef de l’Etat ces derniers jours.

Deuxième train de mesures dévoilées par François Hollande, celles qui touchent au pouvoir d’achat. Le candidat promet un blocage des prix des carburants durant trois mois, une augmentation de l’allocation de rentrée scolaire de 25%, le retour de la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans et ont cotisé 41 annuités. En revanche, la négociation avec les partenaires sociaux pour une réforme globale des retraites démarrera à la fin de l’été.

Troisième chapitre: les réformes fondatrices du quinquennat. Elles seront lancées durant la session extraordinaire du parlement, en juillet. A l’agenda: le projet de loi de programmation des finances publiques fixant la trajectoire de retour à l’équilibre à 2017; la réforme fiscale qui comprend notamment une tranche d’imposition à 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros ou la suppression de certaines niches fiscales; la réforme bancaire qui prévoit la séparation des activités de dépôt et des activités spéculatives des banques, ainsi que la lutte contre les paradis fiscaux.

Pour améliorer la croissance et l’emploi, une conférence nationale sera organisée mi-juillet. Ses missions prioritaires: l’emploi des jeunes et des seniors, la formation ainsi que l’encadrement des licenciements boursiers. Un «débat national» sera également lancé sur la «transition énergétique». Ensuite, à partir du mois d’août et de la rentrée, commenceront d’autres chantiers: le nouvel acte de décentralisation, la création de la banque publique d’investissement, le recrutement de nouveaux enseignants, la création des emplois d’avenir et du contrat de génération.

La droite s’est déchaînée avec force superlatifs contre ce programme. La ministre du Budget, Valérie Pécresse, a dénoncé un projet «qui porte un coup fatal au désendettement de la France». «François Hollande a cédé à l’ivresse incontrôlée de la dépense. Qui va payer?» demande-t-elle. Selon le chiffrage de l’UMP, qui ne tient pas compte des nouvelles recettes prévues, le programme du socialiste coûterait jusqu’à 50 milliards d’euros.

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