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cinéma jeudi 23 février 2012

Fard aux Oscars

Claudine Mulard Los Angeles

Meryl Streep en Margaret Thatcher, trois heures de maquillage chaque matin. (Pathé)

Meryl Streep en Margaret Thatcher, trois heures de maquillage chaque matin. (Pathé)

Les maquilleurs réalisent toujours plus de prouesses dans les studios hollywoodiens. «La Dame de fer» et «Albert Nobbs» concourent pour l’Oscar du meilleur maquillage

L’année 2011 a été «très bonne pour le maquillage de cinéma», se félicite Leonard Engelman, responsable de la branche «makeup artists and hair stylists» (maquilleurs et coiffeurs) de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Hollywood, en Californie. A la sortie des salles, les spectateurs commentent la ressemblance de Meryl Streep avec l’ancienne première ministre britannique Margaret Thatcher, dans le film La Dame de fer, de Phyllida Lloyd, sorti le 15 février. Ou s’émerveillent de la transformation des actrices Glenn Close et Janet McTeer en personnages masculins dans l’Irlande du XIXe siècle, dans le film Albert Nobbs, de Rodrigo García, sorti cette semaine sur nos écrans.

Rien d’étonnant à ce que ces deux films concourent pour l’Oscar du meilleur maquillage, le 26 février, aux côtés de la seconde partie de Harry Potter et les reliques de la mort, pour lequel les artistes maquilleurs ont eu dix ans, depuis la sortie du premier épisode, Harry Potter à l’école des sorciers, et de gros moyens pour peaufiner leurs techniques. En revanche, l’Académie n’a pas retenu les métamorphoses, moins convaincantes, de l’acteur Leonardo DiCaprio en Hoover, l’ancien directeur du FBI, dans J. Edgar, de Clint East­wood.

Nouveaux matériaux, nouvelles techniques, les performances du maquillage au cinéma ont connu récemment un saut qualitatif, révélé en 2008 avec L’Etrange Histoire de Benjamin Button, de David Fincher. Le visage de Brad Pitt, d’abord très vieux, puis très jeune, a valu au film l’Oscar du meilleur maquillage.

Mais attention, l’Académie d’Hollywood scrute les performances des maquilleurs et s’assure que leur travail n’a pas été retouché par un ordinateur en postproduction. «Nous devons produire des photographies prises pendant le tournage afin d’établir que tout est bien fait à la main», précise Matthew W. Mungle, qui a remporté l’Oscar pour son travail de maquilleur dans Dracula (1992), de Francis Ford Coppola, avec Gary Oldman. Matthew W. Mungle est nommé cette année (avec Martial Corneville et Lynn Johnston) pour les transformations spectaculaires qu’il a fait subir aux actrices Glenn Close et Janet McTeer dans Albert Nobbs, elles-mêmes nommées à ces 84es Oscars pour leur interprétation d’Albert et d’Hubert.

«Le plus difficile, reconnaît Janet McTeer en riant, c’était de jouer un Irlandais sur un plateau de cinéma où ne travaillaient que de vrais Irlandais!» Si l’actrice britannique a réussi à les convaincre, c’est grâce à son jeu, mais aussi grâce au maquillage de Matthew W. Mungle. Dans son atelier au nord de Los Angeles, où sont accrochés des dizaines de masques d’acteurs, cet expert qui a transformé deux femmes en mâles crédibles nous ouvre sa boîte de maquillage. «J’ai allongé les oreilles de Glenn Close avec cette prothèse en gélatine, modifié le nez avec ce morceau de silicone, et j’ai placé un implant derrière les oreilles pour les décoller. Dans un changement de sexe, le travail le plus important est à faire autour de la bouche. Glenn Close porte une prothèse dentaire qui modifie la ligne de sa mâchoire inférieure, et sa diction.»

Et dans La Dame de fer, comment le maquilleur Mark Coulier est-il parvenu à transformer Meryl Streep en Margaret Thatcher? «La seule prothèse portée par l’actrice, quand elle joue Thatcher jeune, va du nez à l’arcade sourcilière. Quand Thatcher avance en âge, ce que j’ai fait est secret. Si je vous le dévoile, les gens vont se mettre à chercher les démarcations. Disons que le visage de ­Meryl Streep est couvert de prothèses sur le cou, les joues et le nez, et que la pose de ce maquillage-là durait trois heures chaque matin.»

Mark Coulier ajoute: «On essaie sans arrêt de nouvelles techniques et de nouvelles matières. Pour La Dame de fer, on a modifié la fabrication du moulage afin d’obtenir des pièces de meilleure qualité. Aujourd’hui, les prothèses en silicone ressemblent à de la vraie peau et bougent de la même manière.» Le résultat est si vraisemblable, pour le spectateur, que l’Académie a demandé à Mark Coulier si des retouches numériques n’avaient pas été effectuées sur le visage de Meryl Streep. «J’ai confirmé que ce n’était pas le cas: les rushes que j’ai vus n’en avaient pas besoin et, en plus, on n’avait pas le budget!»

Pas une seule retouche numérique non plus sur le visage de Leonardo DiCaprio, que la maquilleuse Sian Grigg a vieilli entièrement à la main. Elle a même résisté à la proposition d’un producteur qui suggérait de créer numériquement le crâne chauve du personnage âgé. En neuf jours, elle a fait fabriquer une coiffe-bonnet, d’apparence plus naturelle: «J’ai tenté par tous les moyens possibles d’insuffler ­l’essence de Hoover dans le visage de Leo.»

Nick Dudman a maquillé les gobelins et le personnage de Gripsec (que joue l’acteur Warwick Davis) pour toute la saga Harry Potter. D’où vient sa vocation d’artiste maquilleur? «J’ai voulu faire ce métier parce que, enfant, j’ai été émerveillé par le premier Frankenstein.» Nick Dudman souligne le progrès formidable des matériaux disponibles, qui font que le spectateur oublie le maquillage à l’image. Les acteurs également. «A l’époque du premier Harry Potter, dit-il, le silicone, qui a remplacé la mousse de latex, en était à ses débuts, et c’était un matériau très peu fiable! Mais aujourd’hui le silicone se comporte de façon remarquable. Les acteurs apprécient cette matière qui fait corps avec eux. Elle les réchauffe, ils n’ont pas l’impression de porter un masque.» Le Monde

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