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François hollande mardi 05 février 2013

«Faire des économies, oui; affaiblir l’économie, non»

(AFP)

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Dans son premier discours devant le Parlement européen mardi à Strasbourg, le président français a dessiné les contours de l’Union européenne de demain. Relance économique, solidarité et construction européenne constituent les points forts de sa vision

«Les marchés financiers se stabilisent. La Grèce n’est pas sortie de la zone euro. L’Union bancaire européenne est en gestation. Malgré ces succès dont nous pouvons être fiers, il n’y a pas de quoi se réjouir. La croissance n’est de loin pas de retour. Un jeune Européen sur deux n’a pas de travail. Des millions de personnes ne se sentent pas en sécurité. La mondialisation frappe nos entreprises. La monnaie européenne n’est pas stable. Et l’Europe n’a pas tiré les conséquences de la crise.»

C’est avec ces constats que le président français, François Hollande, a entamé son intervention très attendue devant le Parlement européen mardi à Strasbourg. Prononcé à la veille de Sommet européen prévu ces 7 et 8 février à Bruxelles, qui doit se pencher sur le budget européen 2014-2021, ce discours a livré sa vision stratégique de l’Europe tant sur le plan économique et social que sur le plan de la construction européenne.

Les instruments de cohésion

«Faire des économies, oui. Affaiblir l’économie, non», a d’emblée déclaré François Hollande en appelant au maintien des ressources européennes. Selon lui, le budget de la cohésion, de même que le financement de la politique agricole commune, constituent des instruments de cohésion entre pays et à l’intérieur des pays. C’est dans ce contexte qu’il a pris à partie, sans le nommer, le premier ministre britannique, qui exige des coupes drastiques dans le budget européen. «Nous devons nous adapter à la réalité, coordonner les politiques nationales avec celle de l’Union européenne, tout comme nous devons maîtriser les déficits budgétaires et augmenter notre compétitivité», a-t-il poursuivi…

Tout en se félicitant de la monnaie unique et le rôle qu’il joue dans l’intégration européenne, le président français s’est déclaré favorable à une politique de changes «dont la valeur ne varie pas selon les humeurs du marché. Sinon, on nous impose une parité qui ne correspond pas à la réalité économique et qui annihile les effets de compétitivité.»

Pour la solidarité

Sans donner des détails, le président français a aussi plaidé pour plus d’investissements dans les réformes structurelles, les infrastructures, la recherche et l’innovation, ainsi que dans les énergies renouvelables. Il n’a pas non plus évoqué le fonds de relance de 130 milliards d’euros qu’il avait suggéré peu après son élection au printemps dernier et qui n’a pas vu le jour.

Le chef d’Etat français a fait de la solidarité l’une des pierres angulaires de sa vision stratégique de l’Europe. Il a d’abord lancé un appel aux Etats plus riches pour qu’ils relancent leur marché intérieur, ce qui donnerait une impulsion aux exportations des pays plus démunis. Il a plaidé pour une politique européenne évitant que des générations entières soient sacrifiées sur l’autel de la crise.

Pour les jeunes

«Ce n’est pas seulement une question de transfert, mais aussi de devoir de garantir une formation et un emploi aux jeunes Européens dont un sur deux se retrouve aujourd’hui sans emploi» et «nous devons également ouvrir le chantier des salaires minimaux, tout comme nous devons prévoir des mesures contre les effets dévastateurs de la mondialisation sur nos emplois et accompagner les travailleurs lorsqu’il s’agit de changer de métier», a poursuivi le président socialiste.

Abordant le thème de la construction européenne, François Hollande, sans mentionner le premier ministre britannique, David Cameron, a fait comprendre qu’une Europe à la carte n’était plus possible. Dans le même registre, il a récusé l’idée de vouloir renégocier les traités. «L’Europe n’échappera pas à une restructuration», a-t-il déclaré. Tout en disant non à une Europe à deux vitesses, il a estimé que la coordination renforcée qui permet à un groupe de pays d’aller de l’avant avec l’une ou l’autre mesure, était une voie à suivre pour autant que ces derniers ne s’éloignent pas du socle européen. Le traité de Schengen, la zone euro et la monnaie unique ainsi que la nouvelle taxe sur les transactions financières constituent, selon lui, autant d’exemples des mesures qui ont été adoptées avec succès par un groupe de pays à l’intérieur de l’UE.

«Rétablir la confiance»

Le président français a aussi reconnu que l’Europe, et ses institutions, est en train de perdre de la crédibilité aux yeux de ses citoyens. «Nous devons retrouver les moyens de rétablir la confiance, a-t-il dit. Depuis trop longtemps, l’Europe doute d’elle-même, hésite sur ses choix et met trop de temps avant d’agir.» Il a aussi mis en garde contre l’intérêt national qui prend le dessus sur l’intérêt européen, et des pays qui ne recherchent que leurs avantages individuels au sein de l’UE.

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