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été vendredi 29 juin 2012

Les amoureux des bains publics

(Alessandro della Bella/Keystone)

(Alessandro della Bella/Keystone)

L’été venu, les «badis» sont des repaires incontournables. Chacun a son identité et les baigneurs qui vont avec. Exemples

Le rituel est lancé. Depuis début juin, les espaces aquatiques zurichois – douze entre le lac et les rivières – se transforment en repaires inévitables. The place to be. On se vante loin à la ronde d’en posséder tant, malgré le déficit de 28 millions de francs enregistré par la Ville pour entretenir ses paradis. La tradition du badi est plus que millénaire, rappellent les anciens. Mais chaque été, des animations nouvelles – du yoga aux parties de cartes en passant par l’épilation orientale – s’ajoutent aux joies de l’eau. Parallèlement, la vie nocturne y prend une ampleur susceptible d’affaiblir la brasse des plus sportifs.

Où aller quand l’offre abonde pareillement? Suivre ses habitudes, ses semblables, ou ses intuitions? Les badis ont leur carte de visite, lisible jusque dans le look des visiteurs – plus de 1,3 million l’été dernier. Car, comme le suggère Play Hunter, artiste et critique de mode (sur playlust.net) réputée à l’affût des tendances zurichoises: même au badi, on s’épie. Aucune sélection d’entrée, mais des détails susceptibles de nourrir une typologie urbaine. «Ici, les gens sont encore plus soucieux de leur look que d’être disciplinés au travail», ironise Play Hunter. Démonstration.

Utoquai

L’endroit tout de bois vêtu a été construit en 1890, qualifié de «Palace des badis». Avec vue sur le lac. Respect. Cinq minutes suffisent depuis l’Opéra. Ici, c’est un peu La Piscine d’Alain Delon et Romy Schneider, dont le portrait orne le mur du bar. Oui, les maillots griffés des années 70 connaîtraient un nouveau souffle. Elément qui saute aux yeux, les lunettes. Pas forcément Ray Ban mais optiques, tendance intello. Deuxième aspect: la NZZ plutôt que Gala à côté de nombreux visiteurs. Et l’espace restaurant propose une presse européenne avec El País ou La Gazzetta dello Sport. Sur l’une des parois boisées, une reproduction du J’accuse d’Emile Zola.

Nous voici dans le «easy relax urban, note Play Hunter, où l’argent s’allie à l’intellect pour montrer que les Zurichois aussi savent jouir du farniente». Le matin, les retraités. A midi, les employés des grands médias tout comme les designers ou spécialistes en communication du quartier de Seefeld. Pas rare non plus de croiser des artistes, comme, ce mercredi midi, Manon et ses lunettes noires, icône zurichoise de la performance.

Au bord du lac, ouvert dès
7 heures, entrée 7 francs.
Rens. www.badi-info.ch

Oberer Letten

Faire attention aux chiens. Bas sur pattes, ils zigzaguent entre les bouteilles de bière et les vélos. A partir de 17 h, l’endroit est littéralement envahi. On est ici au cœur de la ville, non loin de la gare. Là où, dans les années 90, la scène de la drogue rendait Zurich tristement célèbre. Aujourd’hui, on y saute dans la Limmat quasi 24 heures sur 24. La vie nocturne a commencé dans ces points d’eau avec la libéralisation des heures d’ouverture des cafés à la fin des années 90. Etudiants et groupes «multikutli», c’est un savant mélange des genres, mais très «proche de la rue», relève Play Hunter. «C’est un peu la génération laptop ou les jeunes créatifs en recherche d’emploi, le tout très très très décontracté.»

Cet été, beaucoup se promènent avec le plus fidèle ami de l’homme. Autres indices de l’époque: le tatouage et les Nike. Tout à coup se détache un polo vert, avec bermuda et chaussures Timberland. «Un style qui ignore les années qui défilent!» s’amuse Play Hunter. Ici, on joue au volley, on improvise sur un mur de graffitis et on grille des saucisses. Mais la décontraction a ses limites: la situation trop «visible» de l’espace réservé aux dames agite les chroniqueurs depuis la rénovation du site ce printemps. On a donc promis des paravents. Point commun avec le badi précédent? Des livres sont mis à disposition gratuitement.

Sur la Limmat, entrée gratuite, bar Primitivo jusqu’à 23 h, voire minuit.

Badi Enge

Aux premières heures de la journée, on entendrait presque les mouches voler, avec vue sur les Alpes. De quoi rester zen jusqu’à l’arrivée des foules, abondantes en soirées. Le Badi Enge, non loin du quartier des assurances, est un îlot de plateformes en bois qui s’avancent sur le lac. Ici, s’amuse Play Hunter, on retrouve les adeptes d’une vie saine, friands de tout ce qui peut faire du bien au corps: yoga, sauna, massages. Les maillots s’affichent aussi Eres avec paréos pour les dames. Chic discret, mais chic quand même. La clientèle est constituée de citadins de 30 à 40 ans, dynamiques et souhaitant vivre sainement – des rangées réservées aux crawleurs sillonnent le lac. Des suiveurs de mode aussi: l’offre s’est enrichie depuis peu de «stand up paddles», pour pagayer debout. Autogérée, l’adresse a des airs méditerranéens avec ses tables basses et ses coussins orientaux. La nuit tombée, on s’y goinfre de musique, on y danse parfois. Du sport, encore.

Sur le lac, entrée: 7 francs.
Rens. www.tonttu.ch

Badi Mythenquai

Alors, où sont-ils? Nous avons vu les chiens, les zones réservées aux femmes, celles pensées pour les virées nocturnes. Mais aucune trace ou presque de la très jeune génération. Or, comme le rappelle Play Hunter, l’eau appartient aux Zurichois dès les premiers cris. «Le passage d’un badi à l’autre est aussi le signe d’une évolution sociale ou générationnelle. On les aborde tous à différentes étapes de sa vie.» Bref, pour les enfants, voici donc un badi sur le lac, voisin du Enge, avec un espace vert plus généreux, des places de jeux, une bibliothèque et surtout… du sable sur 250 mètres.

Sur le lac, 7 francs, gratuit jusqu’à
6 ans. Rens. www.mythenquai.ch

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