Texte - +
Imprimer
Reproduire
Archive mardi 20 mars 2012

Matisse, «un art d’équilibre, de pureté, qui n’inquiète ni ne trouble»

Signé P.-F. S. journal de genève 5 novembre 1954

La nécrologie du peintre français, mort le 3 novembre 1954

« La forte personnalité d’Henri Matisse ne s’est pas affirmée très tôt et il était émouvant de voir […] par quelles incertitudes le peintre avait dû passer avant de trouver sa voie. Né en 1869 au Cateau, dans le nord de la France, Matisse vint à Paris en 1890 pour y faire ses études de droit. Mais bientôt il désertait les cours pour visiter le Louvre et, sans en rien dire à son père, s’inscrivait dans une école de dessin. […]

En 1896, il expose pour la première fois dans un salon des toiles sourdes, terreuses. Puis l’impressionnisme éclaircit sa palette. Son art se développe au gré de ses voyages dans le Midi, de ses rencontres avec Derain, Marquet, Vlaminck. Après une courte incursion chez les pointillistes. Matisse passe au fauvisme, qui lui donnera la passion de la couleur pure pour tout le reste de sa vie. […]

Dans les années qui suivent 1930, […] un voyage en Océanie lui fait comprendre le style sobre et monumental de Gauguin. En 1993, il exécute pour le Docteur Barnes, aux Etats-Unis, une grande décoration murale destinée au musée de Merion, et qui a pour titre: «La Danse». Sur des grands accords gris, roses et noirs, il fait jouer les lignes très pures d’un graphisme sans défaut qui annonce déjà la Chapelle de Vence, exécutée en 1951.

Entre ces deux grandes œuvres s’étend la période la plus heureuse de l’artiste: Matisse a enfin trouvé l’équilibre entre la sérénité de la forme et l’éclat de la couleur. Toutes les œuvres de cette époque dégagent une impression de calme, de fraîcheur et sont composées avec une simplicité de moyens qui cache de longues réflexions. […]

La place de Matisse dans la peinture française contemporaine est extrêmement importante. Son art, le plus élaboré qui soit, est peut-être aussi l’un des plus sensuels […]. Matisse a toujours redouté les sensations fugitives et s’est toujours forcé d’exprimer, par une mise en page savante, des figures stylisées, des accords de ton mûrement étudiés, la permanence, la durée. Il aura été, plus que le poète de la désinvolture, le chantre de la nonchalance: «Je veux un art d’équilibre, de pureté, qui n’inquiète ni ne trouble», disait-il déjà en 1908. Certes, son besoin de discrétion, de retenue, sa recherche du dépouillement ont pu paraître parfois excessifs: les disputes qu’a suscitées la décoration de la Chapelle de Vence sont là pour en témoigner- Disons aussi que certaines illustrations de livres particulièrement sommaires et certains papiers gouachés purement décoratifs n’ont rien ajouté à la gloire de cet artiste admirable. […] Son œuvre n’en reste pas moins un des plus significatifs de notre temps et celui qui, peut-être, a su le mieux illustrer les vers de Baudelaire:«Là, tout n’est qu’ordre et beauté, »Luxe, calme et volupté. »

Reproduire
Texte - +