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élection mardi 04 décembre 2012

Ueli Maurer, le «premier président de l’opposition»

Ueli Maurer sera le premier président de la Confédération issu de la ligne dure de l’UDC. Certains députés ne voteront pas pour lui, mais cela ne devrait pas suffire à empêcher son élection. (Reuters)

Ueli Maurer sera le premier président de la Confédération issu de la ligne dure de l’UDC. Certains députés ne voteront pas pour lui, mais cela ne devrait pas suffire à empêcher son élection. (Reuters)

Mercredi, une fronde réunissant la gauche, une minorité latine du PDC et quelques élus épars de droite refusera de voter pour l’UDC zurichois. Mais personne ne veut vraiment prendre le risque de déclencher une crise institutionnelle

Ueli Maurer sera élu mercredi président de la Confédération pour 2013. Une fronde regroupant des élus de gauche et une minorité latine du PDC, renforcée par d’autres voix éparses de droite, tentera de lui barrer l’accès à cette fonction et votera en principe pour Didier Burkhalter, éventuellement blanc. Il est toutefois peu probable que cela suffise à faire échouer le Zurichois.

Mais l’enthousiasme déclenché par son élection ne dépasse guère les frontières de son parti. Car, comme le dit Jacques Neirynck (PDC/VD), qui avoue ouvertement qu’il ne votera pas pour lui, «Ueli Maurer sera le premier président de l’opposition». Avant lui, tous les membres de l’UDC qui ont accédé à la présidence de la Confédération, de Rudolf Minger à Samuel Schmid en passant par Leon Schlumpf et Adolf Ogi, représentaient la ligne consensuelle. Christoph Blocher a, lui, été banni du gouvernement avant d’accéder à cette charge.

Depuis qu’il a été élu au Conseil fédéral en 2008, Ueli Maurer ne cesse de souffler le chaud et le froid. Il ne rate pas une occasion de rappeler à ses sympathisants qu’il est l’un des leurs. Le récent discours qu’il a prononcé lors de la commémoration de la Journée d’Uster du 22 novembre 1830, lorsqu’une horde de paysans s’était mobilisée en faveur d’une Constitution démocratique pour Zurich, en est l’une des nombreuses illustrations. Fidèle à son habitude, assisté de conseillers habiles dans l’exploitation tactique de dates historiques, Ueli Maurer en a profité pour critiquer vertement les accords bilatéraux.

«Il reste un chef de bande, un démagogue capable de dépasser toutes les bornes», diagnostique Jacques Neirynck. C’est dans ce rôle qu’il est le plus à l’aise. Lorsqu’il a été élu à la présidence de l’UDC, il s’est révélé un redoutable chauffeur de salles, très à l’aise dans l’art d’assassiner avec mépris ses adversaires politiques devant un public conquis d’avance.

Il était alors l’exécutant de Christoph Blocher, et son accession à la présidence sera pour lui une sorte de revanche. «Christoph Blocher est un missionnaire qui ne respecte pas les êtres humains. Ueli Maurer était son larbin. Mais il a souffert de cette différence. Aujourd’hui, il respecte mieux ceux qui ne pensent pas comme lui. C’est pour cela qu’il sera élu», analyse Andreas Gross (PS/ZH). Qui s’empresse de préciser qu’il n’écrira pas son nom sur son bulletin: «La Suisse a besoin d’une source d’inspiration pour avancer. Elle n’a pas besoin d’un homme qui cherche l’avenir dans le passé, qui est incapable de comprendre ce que ce pays attend, qui n’est que le serviteur de son parti et qui a avoué un jour qu’un président de parti devait parfois mentir», critique-t-il.

Si Ueli Maurer est élu, c’est aussi pour éviter une crise institutionnelle à un moment où la Suisse est confrontée à des pressions internationales fortes. Parce qu’il annonce une présidence plutôt tournée vers l’intérieur, Ueli Maurer ne sera pas l’homme à multiplier les contacts présidentiels. Il dit déjà lui-même qu’il se limitera au strict nécessaire. On raconte pourtant que son voyage à Kinshasa, où il représentait la Suisse au Sommet de la francophonie, lui aurait ouvert les yeux sur l’utilité des contacts directs avec des chefs d’Etat étrangers.

Si, avant Ueli Maurer, aucun UDC de la ligne dure n’est jamais devenu président de la Confédération, tel n’a pas non plus été le cas des élus du PS. En 1959, l’Assemblée fédérale n’a pas voulu de Walther Bringolf au gouvernement à cause de son passé communiste. Dans les années 80 et 90, la droite n’a pas pu refuser la présidence à Otto Stich et à Ruth Dreifuss, qu’elle a elle-même élus à la place des candidats officiels du PS, Lilian Uchtenhagen et Christiane Brunner. Pourtant, tous deux ont eux aussi, dans une certaine mesure, joué la carte de la provocation. «Ruth Dreifuss a pu concilier son militantisme et sa fonction de conseillère fédérale parce qu’elle était perçue comme une grand-maman», analyse Andreas Gross.

Cela dit, si le PS rêve de tendre un croche-pied à Ueli Maurer, c’est surtout pour se venger de l’UDC qui, il y a tout juste deux ans, avait contribué au mauvais résultat de Micheline Calmy-Rey. La Genevoise, qui avait un autre sens de l’Etat qu’Ueli Maurer, n’avait recueilli que 106 misérables voix. Cela avait suffi pour qu’elle devienne présidente en 2011. Mais c’était un camouflet.

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