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Justice vendredi 12 février 2010

Les tribulations helvétiques d’un fraudeur américain client d’UBS

Le fondateur de la société horlogère Michele Watches, rachetée en 2004 par Fossil, plaide coupable d’avoir caché 10 millions de dollars. L’un de ses gérants l’avait arnaqué en 2003

Les aventures fiscales du fondateur de la société horlogère américaine Michele Watches, qui a plaidé coupable de fraude le 4 février dernier devant une cour de justice de Miami, ont tout du film de série B. Jack Barouh faisait partie des clients d’UBS dont le nom a été livré l’an dernier aux autorités américaines, avec 300 autres, dans le cadre d’un accord permettant à la banque d’échapper à des poursuites pénales. L’histoire, qui porte sur la soustraction d’une dizaine de millions de dollars de fortune au fisc américain entre 2002 et 2007, mêle mauvais conseils, trahison et sociétés-écrans. Le décor navigue entre Miami, Panama, les Caraïbes, Genève et Hongkong.

Le protagoniste de cette affaire est un entrepreneur à succès. D’origine belge, fils d’horloger, marié à une Suissesse, Jack Barouh a créé Michele Watches il y a plus de 30 ans. En 2004, il empochait 50 millions de dollars en cédant son entreprise, qui disposait alors de bureaux à Miami et Genève, au groupe américain Fossil. Cerise sur le gâteau, Jack Barouh continuait à présider aux destinées de Michele Watches. Bref, la réussite à l’américaine.

Négociation

Le hic, c’est que Jack Barouh, pourtant établi en Floride, soustrayait une partie des revenus générés par sa société horlogère. Et ce, depuis 1976, ressort-il de documents de justice dont Le Temps a obtenu copie. Pendant plus de 20 ans, cet argent gris était versé sur des comptes UBS dont le propriétaire était une société offshore panaméenne. Un véhicule opaque nommé Domilou et enregistré au nom d’un gérant de fortune suisse, mais dont l’entrepreneur était le véritable ayant droit.

Les choses se compliquent en 2003. Le gérant-homme de paille à la tête de Domilou détourne sans crier gare 5 millions de dollars ­déposés sur les comptes de Jack ­Barouh. Et les place sur un autre compte UBS détenu par une société-écran panaméenne… inscrite au nom du gérant lui-même et de son épouse.

Dans le monde parallèle de l’évasion, de telles tromperies ne peuvent bien sûr pas se résoudre devant les tribunaux. Car il faudrait au préalable reconnaître être un fraudeur. Seule la négociation avec le félon est envisageable.

Cette délicate intermédiation sera menée par autre gérant de fortune suisse de Jack Barouh, engagé en 2000. L’homme le met en contact avec un avocat helvétique. La somme récupérée – dont les documents de justice ne soufflent aucun montant – sera versée sur des comptes UBS détenus par une nouvelle société offshore, Similen Investment, basée aux îles Vierges britanniques et enregistré au nom de l’homme de loi.

Jack Barouh change son fusil d’épaule en 2007 et décide de transférer ses fonds à Hongkong, en y créant une énième société-écran baptisée Amery Investment, gérée elle aussi par son avocat suisse. La supercherie consiste à «blanchir» petit à petit la fortune cachée en payant à l’entrepreneur une commission annuelle de 600 000 dollars pour un travail de consultant auprès de ce véhicule dénué de toute activité réelle.

Mauvais conseil

Plus tard dans l’année, sentant le vent tourner, le fondateur de Michele Watches s’adresse néanmoins à son avocat et à son gérant pour leur demander leur avis sur une auto-dénonciation au fisc. L’homme de loi le convainc de ne rien faire, notamment en raison «d’un trop grand travail administratif». Il lui assure aussi qu’il ne figure pas sur la liste des clients d’UBS que le fisc américain réclame.

Ces mauvais conseils le conduiront devant la justice. Jack Barouh, septième cas jugé dans l’affaire UBS, risque trois ans de prison et a déjà accepté de payer 5 millions de dollars d’amende. Sentence le 16 avril.

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