Les meilleurs images de Hubble selon Claude Nicollier
HUBBLE DEEP FIELD Claude Nicollier : « C’est la première image du ciel profond obtenue par Hubble. L’idée fut de pointer pendant 10 jours un même endroit du ciel toujours visible depuis l’orbite du télescope spatial. Cela signifie relativement près d’un pôle céleste nord, ou sud. En l’occurrence, il s’agit d’un petit champ dans la constellation de la Grande Ourse. Dans cette petite fenêtre de la voûte céleste (d’environ 2x2 minutes d’arc), on ne voyait pratiquement rien avec un télescope terrestre…On voit sur l’image obtenue par Hubble quelques objets ponctuels, des étoiles, d’où partent des sortes de rayons à cause de l’effet de diffraction. Tous les autres objets sont des galaxies. Ce qui est remarquable, c’est la diversité de leur morphologie ! Pour les objets les plus lointains, les photons (particules de lumière) arrivent au compte-gouttes jusqu’à Hubble. Mais au fil des 10 jours, cela a tout de même donné une image. Je trouve cette image absolument extraordinaire car elle présente clairement la richesse de l’Univers en galaxies, mais nous offre aussi un grand plongeon dans le passé. Les objets les plus lointains visible sur le Deep Field sont distants d’environ 10 milliards d’années lumière; nous les voyons donc tels qu’ils étaient il y a 10 milliards d’années. C’est fabuleux! Du point de vue de l’apport de Hubble en matière de cosmologie et de connaissances en astrophysique, c’est peut-être l’image la plus remarquable. » (NASA)
M16 NEBULEUSE DE L’AIGLE Claude Nicollier : « Hubble a beaucoup été utilisé pour étudier les phases initiales et finales de l’évolution stellaire. La nébuleuse de l’aigle représente bien la toute première phase: c’est une véritable pouponnière d’étoiles. On voit le détail de la formation des étoiles dans la partie haute de cette colonne, en présence de ce qu’on appelle une «photoévaporation» de ce nuage constitué essentiellement d’hydrogène et de poussières: le rayonnement d’étoiles très chaudes conduit à une évaporation du nuage dû à l’intensité du flux lumineux. Certaines parties du nuage sont de plus forte densité, et résistent à cette photoévaporation, et apparaissent donc plus sombres. On le voit bien sous la forme de «doigts» qui pointent vers le haut de l’image. Sur le haut du nuage à gauche, un doigt de forme elliptique s’est détaché du nuage principal. Et en haut à droite du nuage, un autre doigt est en train de se détacher. Or ces doigts, déjà ou non encore détachés, sont des étoiles futures. Donc si l’on comprend un peu le mécanisme de formation des étoiles, on voit sur cette image la dynamique de ce processus. C’est magnifique!» (NASA)
NEBULEUSE DE L’OEIL DE CHAT Claude Nicollier : « Il s’agit ici d’une nébuleuse planétaire, l’une des premières à avoir été découverte, et peut-être la plus belle du genre. Que voit-on ? La fin de la vie d’une étoile, au centre, qui subit des irrégularités dans les réactions thermonucléaires en son cœur, avant que l’astre ne devienne un trou noir ou un objet extrêmement dense mais peu lumineux. On voit comme des bouffées de gaz qui sont émises par cette étoile mourante, sorte de feu d’artifice final de matière éjectée. Ce qui est intéressant, c’est la très grande symétrie de tout l’objet, déterminée essentiellement par ces bouffées de gaz émises dans toutes les directions, certaines étant toutefois préférentielles à cause de la rotation de l’étoile. Les couleurs sont déterminées par les éléments chimiques responsables des émissions lumineuses. L’ensemble est d’une très grande beauté esthétique. » (NASA)
V838 MONOCEROTIS Claude Nicollier : « Ces images sont très intéressantes. En 2002, l’étoile V838 Monocerotis émet un flash de lumière quelque 4000 fois plus importante que sa brillance ordinaire. Pendant quelques semaines, cette étoile est la plus brillante de notre galaxie. On voit sur cette série d’image non pas une expansion de matière, mais plutôt la propagation de cette intensité de rayonnement qui, émis par l’étoile rouge centrale, a petit à petit (à la vitesse de la lumière tout de même) illuminé les régions du grand nuage de matière interstellaire qui l’entoure. Il y a une beauté esthétique stupéfiante dans cette image. Ca parait presque irréel, on a l’impression que l’image a été retouchée avec Photoshop ». Mais il s’agit d’un phénomène astronomique réel, d’un grand intérêt, jamais observé précédemment. (NASA)
M101 GALAXIE DU SOMBRERO Claude Nicollier : « C’est une magnifique image d’une galaxie, avec une symétrie parfaite, qui se situe à 28 millions d’années-lumière de la Terre, et en mesure 50000 de diamètre Cette galaxie a deux composantes. La partie des vieilles étoiles et des amas globulaires, sorte de halo autour du centre, est plus ou moins sphérique et lumineuse. Et le disque, plus jeune, qui est rempli de matière interstellaire (essentiellement de l’hydrogène, et un petit peu d’hélium et de poussières), d’où cette bande sombre à la périphérie. C’est tout à fait classique comme architecture, du type de ce que l’on enseigne dans les cours de base d’astronomie ! » (NASA)
GLOBULES DE BOK Claude Nicollier : « Cette image, esthétiquement très belle, montre des structures encore mal connues : des nuages de matière sombre, sur un fond clair dans la nébuleuse IC 2944, qui sont appelés globules de Bok (du nom l’astronome hollandais qui les a découverts). Ces globules signifient que l’on a une accumulation de matière interstellaire, sous l’effet de l’auto-gravitation. Le tout va devenir de plus en plus dense, et va probablement constituer de jeunes étoiles. La matière, tellement densifiée, va petit à petit s’échauffer au centre. Dans certains cas la température de fusion est atteinte, et le processus de production de lumière et de chaleur démarre, comme dans le Soleil. » (NASA)
NEBULEUSE NGC 3603 Claude Nicollier : « Sur cette très belle image, on voit un groupe d’étoiles extrêmement chaudes au milieu – tout ce qui est blanc et bleu est très chaud. On voit aussi qu’il y a tel vent stellaire qui émane de ces étoiles très chaudes que cela affecte les nuages de matière interstellaire que l’on voit sur la droite. On aperçoit aussi une formation, sorte de colonne, en bas à droite. Formation qui est échauffée dans sa partie haute, à cause du rayonnement très fort des étoiles, qui repousse la matière interstellaire.Cette image est une composition de trois gros carrés (deux en bas, et le troisième en haut à droite), qui ont été imagé par les trois objectifs de la caméra à grand champ (WFPC2), ainsi que d’un petit carré, dans le quart en haut à gauche, qui est venu se rajouter, car prise en très haute résolution par un autre appareil. D’où l’apparition de ce chevron que l’on voit sur plusieurs images de Hubble en haut à gauche. » (NASA)
IMPACTS DE LA COMETE SHOEMAKER-LEVY SUR JUPITER Claude Nicollier : « Hubble a aussi été utilisé pour l’étude de notre système solaire. Cette image présente les impacts (taches sombres) sur la surface de Jupiter des différents morceaux du noyau fragmenté de la comète Shoemaker-Levy. Ce cliché a une signification importante pour nous, car l’on sait que c’est quelque chose qui peut aussi arriver sur la Terre un jour. Certes, le champ gravitationnel (ou le puis gravitationnel) de la Terre est plus faible que celui de Jupiter. Mais c’est une image symbolique d’un des destins possibles de la Terre. C’est pourquoi les nations qui ont aujourd’hui un programme spatial (Etats-Unis, Europe, Japon, Russie, Chine, Canada, Inde) commencent à coopérer pour mettre en place des moyens pour protéger la terre contre de pareils impacts qui auraient des conséquences catastrophiques à l’échelle de notre petite planète. » (NASA)
AMAS DE GALAXIES ABELL 1689 Claude Nicollier : « Voici un bel amas de galaxies. Très intéressant, car il est tellement massif qu’il agit comme une lentille gravitationnelle. A la manière d’une loupe optique déformant l’image des objets situés derrière elle,cet amas altère l’apparence d’objets situés encore plus loin dans le ciel. On voit par exemple sur la gauche des taches allongées bleues: il s’agit de galaxies situées derrière l’amas, et dont le rayonnement subi les effets de cette lentille gravitationnelle. Autrement dit: les rayons lumineux ont été déformés par la présence de l’amas massif. C’est là aussi la manifestation d’un phénomène bien connu, qui a notamment servi à confirmer les théories d’Einstein sur l’espace-temps. » (NASA)
SOUVENIR DE LA MISSION STS-103 DE REPARATION DE HUBBLE Claude Nicollier : « Cette image a été prise en 1999, lors de ma dernière mission, dont le but était d’effectuer divers travaux de réparation sur Hubble. Sur cette photo, on voit deux de mes collègues, John Grunsfield et Steve Smith, en train d’ouvrir les portes de la partie instrumentale de Hubble. Leur travail était d’échanger trois modules gyroscopiques servant à orienter Hubble de manière précise dans l’espace. Je suis moi-même dans la navette, à suivre pas par pas le travail de mes collègues, à lire les procédures, à donner les indications en cas de problèmes. Mais je suis sorti en mission extravéhiculaire le lendemain. Le travail était difficile, car il y avait des instruments qu’il ne fallait absolument pas toucher, comme des « star-tracker » (servant à pointer des étoiles pour orienter le télescope). J’ai d’ailleurs collaboré avec l’équipage qui décolle ce lundi pour leur expliquer certains des problèmes que nous avons rencontré lors de l’installation d’une caméra de pointage, et comment les résoudre.Cette mission, comme la première visite de Hubble à laquelle j’ai participé en 1993, a été pour moi extrêmement gratifiante. Quand on connaît la puissance de productivité de Hubble en terme de résultats scientifiques, j’avais vraiment le profond sentiment, en participant à réparer le télescope, d’accomplir un travail vraiment utile pour la communauté astronomique, mais aussi pour le grand public. » (NASA)
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